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Guerre en Ukraine. Le limogeage du ministre de la Défense plonge Zelensky dans une crise politique inédite

Des centaines de personnes se rassemblent depuis cinq jours à Kiev, brandissant des pancartes en carton et chantant l'hymne national, malgré les frappes aériennes russes nocturnes. Le mouvement a d'abord surgi ...

Des centaines de personnes se rassemblent depuis cinq jours à Kiev, brandissant des pancartes en carton et chantant l'hymne national, malgré les frappes aériennes russes nocturnes. Le mouvement a d'abord surgi spontanément jeudi matin en soutien à Mykhailo Fedorov, 35 ans, ministre de la Défense réformiste et féru de technologie, démis mercredi lors d'un remaniement après s'être heurté à plusieurs reprises au haut commandement, ses efforts de modernisation des forces armées l'ayant régulièrement opposé à l'institution militaire. « Cela durera aussi longtemps qu'il le faudra, cela prendra fin lorsque notre président nous donnera une réponse », a déclaré une manifestante.

Il s'agit de l'une des crises politiques les plus graves qu'ait connues l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe en 2022. « La situation est sans aucun doute sérieuse. Nous voyons la liste des revendications s'allonger », relève Oleksandre Salijenko, expert du mouvement civique Chesno. Face à une contestation qui ne faiblit pas, Volodymyr Zelensky enchaîne les réunions avec ses conseillers et les hauts responsables militaires pour tenter de satisfaire toutes les parties et d'éviter les divisions. Deux questions dominent : le retour éventuel de M. Fedorov et le sort du commandant en chef des armées, Oleksandre Syrsky. Aucune décision n'était attendue lundi, selon la présidence.

Lors d'une conférence de presse cinglante jeudi, M. Fedorov a accusé le général Syrsky d'être à l'origine d'un ultimatum lancé à M. Zelensky pour orchestrer son éviction, et réclamé sa destitution. Agé de 60 ans et en poste depuis 2024, Oleksandre Syrsky se voit reprocher par ses détracteurs une vision jugée trop traditionnelle des opérations et un manque d'égards pour la vie des soldats. En signe de soutien, le colonel Pavlo Elizarov, numéro deux de l'armée de l'air, a démissionné, une décision critiquée par le haut responsable militaire Mykhailo Drapaty. Dans les rues comme sur les réseaux sociaux, les partisans du ministre déchu scandaient « Syrsky, dehors ! ».

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Au moins quatorze morts en une journée

Cette crise se déroule sur fond de guerre qui, plus de quatre ans après le début de l'offensive russe, fait un nombre toujours croissant de victimes civiles des deux côtés du front. En Russie, dans la région frontalière de Belgorod, une attaque de drone ukrainien a visé un autocar à Chebekino, à moins de dix kilomètres de la frontière : cinq civils ont été tués, quatre femmes et un garçon, et 23 autres blessés, dont trois dans un état extrêmement grave, selon le gouverneur Alexandre Choumaïev, qui accuse Kiev d'avoir délibérément pris pour cible le véhicule. Une autre frappe ukrainienne contre une station de lavage automobile à Belgorod a fait un mort plus tard dans la journée, portant à six le nombre de tués dans la région.

En Ukraine, les bombardements russes ont fait au moins huit morts et une quarantaine de blessés lundi. Dans la région d'Odessa, une frappe sur une « entreprise civile » a tué trois personnes et en a blessé six, laissant des véhicules carbonisés. Deux morts ont été recensés à Pavlograd, dans la région de Dnipropetrovsk, deux à Kramatorsk, dans le Donetsk, un à Zaporijjia, et sept blessés à Kherson, d'après les autorités régionales. La nuit précédente, une attaque de drones ukrainiens de grande ampleur sur Moscou et sa région avait fait dix blessés, dont trois ressortissants chinois. Samedi déjà, deux centres logistiques du géant du e-commerce Wildberries avaient été frappés en Russie, faisant au moins huit morts.

Un cargo visé au large d'Odessa

Le trafic maritime civil n'est pas épargné. L'Inde a annoncé lundi la mort de quatre de ses ressortissants, un cinquième étant hospitalisé dans un état critique, dans l'attaque du cargo MV Golden Leo alors qu'il quittait le port d'Odessa. Le navire, propriété d'une société turque et chargé de céréales, comptait 17 membres d'équipage, dont des Syriens et des Indiens. Kiev impute la frappe à des missiles russes. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, a fait état de cinq morts, dont un pilote maritime ukrainien, de huit membres d'équipage évacués et de cinq disparus. On ignore si les quatre Indiens tués figuraient parmi ces derniers.

New Delhi, l'un des premiers pourvoyeurs de marins de la flotte marchande mondiale avec plus de 320 000 professionnels actifs en 2025, a jugé l'attaque « déplorable ». La semaine passée, l'Inde avait déjà exhorté ses armateurs à ne plus emprunter le détroit d'Ormuz sur fond d'intensification des combats entre les Etats-Unis et l'Iran, après la mort d'au moins deux marins indiens dans des attaques contre des navires.