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Golo et Ritchie : rendez-vous en terre reconnue avec Laurel et Hardy de l’Essonne

Alors que le second volet de leurs aventures au cinéma fait le bonheur des spectateurs, nous avons retrouvé le duo star des réseaux sociaux sur leurs terres, dans la cité de la Grande Borne à Grigny. Pour une longue balade et un Kebab en commun. Reportage sur un phénomène.

Ritchie et Golo à Grigny, dans l'Essonne.

Ritchie et Golo à Grigny, dans l'Essonne.

© Mister Fiifou

Alors que le second volet de leurs aventures au cinéma fait le bonheur des spectateurs, nous avons retrouvé le duo star des réseaux sociaux sur leurs terres, dans la cité de la Grande Borne à Grigny. Pour une longue balade et un Kebab en commun. Reportage sur un phénomène.

Trente secondes. C’est le laps de temps maximum où l’on peut papoter avec Golo et Ritchie à la Grande Borne, sur leurs terres, avant d’être forcément interrompus. Par les potes de la cité. Par des automobilistes aussi qui les reconnaissent et ouvrent leur fenêtre pour les saluer. Par chauffeur de bus RATP qui n’hésite pas, pour l’occasion, à effectuer un arrêt non prévu, tout heureux de voir les stars du coin.

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Jusqu’aux policiers de la BAC qui patrouillent non loin, gilet pare-balles et armes en bandoulière. « Vous pensez qu’ils seraient d’accord pour faire un selfie avec nous ? » ose à peine demander l’un des fonctionnaires de police. Le phénomène Golo et Ritchie, expliqué en une simple phrase…

Golo et Ritchie sont deux jeunes quadras, deux enfants de Grigny. L’un est un hâbleur à la tchatche ininterrompue, portable à la main qui multiplie les vidéos comme vous regarderiez votre montre. Un jeune comme un autre, derrière lequel se cache une personnalité beaucoup plus riche qu’il ne veut le laisser paraître. Ritchie, lui, est plutôt discret, quand il nous retrouve à l’ombre d’un arbre de sa cité. 

Ritchie et Golo à Grigny, dans l'Essonne.

Ritchie et Golo à Grigny, dans l'Essonne.

© Mister Fiifou

Atteint d’un trouble autistique, il vit dans son monde et regarde, souvent interrogatif, celui des autres. S’isole parfois quand il y a trop de monde, trop de sollicitations. Mais qui peut, d’une réplique, d’une saillie, faire croire que Michel Audiard est encore de ce monde. Sans filtre, percutant dans sa propre logique. Imparable. Son truc, ce sont les vélos. Il en a des dizaines. Même si son garage où il les entrepose a été déménagé. Le goûter, c’est à 15h chez lui. Qu’il pleuve qu’il vente, qu’il neige. Ensemble, ils comptent deux millions d’abonnés sur les réseaux sociaux. Qui goûtent les vidéos de ces Laurel et Hardy de l’Essonne. 

La première remonte en 2019. Golo est déjà fait déjà des vidéos sur son quotidien. Il croise Golo, qu’il connait depuis l’enfance, et lui demande de l’emmener à l’épicerie du coin sur son vélo. Scène de la vie ordinaire magnifiée par le bagou des deux garçons. Succès immédiat, amplifié par le confinement où beaucoup de gens les découvrent en scrollant pour passer le temps. Des millions de vues. « On n’a pas vraiment compris pourquoi les gens ont accroché » sourit Golo. Mais le duo prend forme et ne va plus s’arrêter. Golo sait comme personne faire réagir Ritchie, provoquer chez lui une réplique définitive dont il a le secret. Deux rigolos, deux jeunes de leur époque qui font des vidéos pour exister et montrer l’envers du décor de la banlieue, loin des images de pauvreté et de violence. Mais chez eux, il y a toujours une tendresse sous-jacente, une poésie des faubourgs. Un ton unique en fait, hors du flot des vidéos qui inondent les réseaux sociaux en se ressemblant toutes. Golo aime Ritchie, l’aide à se dépasser, à s’ouvrir. Ce succès va faire des envieux, évidemment. « On m’a accusé de profiter de Ritchie ou de me moquer de lui. Il a fallu du courage pour continuer. Car arrêter, c’était donner raison à ceux qui m’accusent. On travaillait déjà avant tout cela donc l’argent, ce n’est pas le moteur. Ce n’est pas ça qui va nous faire bugger… ».

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Une âme de bon samaritain

Golo et Ritchie  à Grigny, dans l'Essonne.

Golo et Ritchie  à Grigny, dans l'Essonne.

© Mister Fiifou

Derrière son look casquette et jogging, malgré une adolescence sur le fil du rasoir, Golo a une âme de bon samaritain. Même s’il n’en parle jamais, même si ça le met mal à l’aise. La monétisation du duo profite à tout le monde. Et quand il le faut, il vient aide en aide aux femmes isolées de la Grande Borne. Ou à l’achat de fournitures scolaires à la rentrée. Discrètement. Ce que ne sait sûrement pas la petite fille qui regarde le duo passer sous ses fenêtres, sourire aux lèvres. Ils échangent quelques mots, lui demande si elle n’a pas trop chaud dans l’appartement sous cette satanée canicule. Les immeubles de la Grande Borne sont en cours de rénovation. Fenêtres changées, peinture fraîche. « Mais les cages d’escalier, ce sont toujours les mêmes ». Comment se considèrent-ils tous les deux ? Comme des frères ? « C’est un sage. Mais des fois, il se la raconte. C’est un ami, pas un frère » lance Ritchie. Avant de toucher son bras pour lui dire son affection fraternelle. À sa façon.

Après deux heures de ballade, la faim se fait sentir. Direction le kebab du coin. On prend une table de jardin, des chaises sur un bout de trottoir et la discussion se poursuit. Sur leur arrivée au cinéma cette fois. Un premier film, docu-fiction qui les suit traverser la France à vélo, gravir le Mont Ventoux et rencontrer des nonnes. Entre autres. Le succès inattendu de cette « Grande Vadrouille » version 2.0 durant l’été 2024 a marqué les esprits avec près d’un demi-million de spectateurs pour un budget d’à peine trois cent mille euros. Preuve que l’humour et la poésie de Golo et Ritchie parle à tout le monde. Et partout. « Nous, ça n’a rien changé à ce qu’on est. On a continué à faire des vidéos, à interagir avec Ritchie. On reste dans notre élément, confie Golo. Faire rire, parler un peu de nos différences, de l’autisme aussi ». De la pédagogie qui ne s’assume pas mais bien réelle.

Une célébrité qui ne se dément pas 

L’idée de les suivre et d’en faire un film vient d’un trio : Martin Fougerol, réalisateur de clips renommés pour U2, The White Stipes ou Kylie Minogue, Ahmed Hamidi (scénariste des Guignols ou coauteur du « Grand bain » avec Gilles Lellouche) et le producteur Hugo Sélignac (« L’amour ouf », « Bac Nord »). Golo et Ritchie avaient déjà eu des propositions de producteurs, qu’ils avaient refusées. Là, le courant est passé. « On leur a proposé autre chose. Déjà de prendre du temps avec eux, ici, dans le quartier » se souvient Hamidi. Golo confirme : « tout le monde les connaît aujourd’hui à la Grande Borne. Ils peuvent se balader tranquille ». Le déclic va venir d’une proposition des deux réalisateurs : « on connaissait leur amour du vélo alors on leur a proposé une histoire, celle de traverser la France. Pour mieux connaître les vrais Golo et Ritchie, pas le duo sur Internet mais qui ils sont vraiment » poursuit Martin Fougerol. 

Ritchie et Golo à Grigny, dans l'Essonne.

Ritchie et Golo à Grigny, dans l'Essonne.

© Mister Fiifou

On voulait quitter la cité. Ensuite, on s’est contentés de filmer le voyage. Sans scénario, sans répliques. On les observait et on les filmait. Pour eux, c’était aussi de parler des quartiers autrement, ou du handicap, mais sans être larmoyants ». Rien qui n’a été tourné dans les deux films n’a été répété ou refait. Et c’est ce qui fait toute la différence, qui suscite la tendresse, les vacheries et même une vraie poésie. « Pour deux films autour d’une heure quinze, on a passé plus de trois mois à visionner des centaines d’heures d’images » raconte encore Ahmed Hamidi. « C’est une aventure qui nous appartient à tous les cinq, Golo, Ritchie, Martin, Ahmed et moi. Et c’est une belle aventure, souligne de son côté Hugo Selignac. Il y a une vraie fierté de montrer la banlieue différemment, de manière presque solaire. Il y a quelque chose de généreux, solidaire, bienveillant. Il y a cette phrase du duo qui me fait toujours beaucoup rire : ’pour nous dans les cités, handicapé ou pas, si tu te manques, tu te frappes !' On est autant dans l’humour que dans l’entraide ».

Deux films au compteur pour l’heure, une célébrité qui ne se dément pas dans le monde d’Internet où la célébrité est plus que jamais fugace. Mais Golo a la tête sur les épaules alors que la pause déjeuner se termine. « On n’est pas des stars, martèle-t-il. Omar Sy, c’est une star. Mbappé, c’est une star. Nous, on ne fait qu’être comme on est. Mais ce qui fait plaisir, c’est que ça parle aux gens, à Paris et en province, à toutes les générations. Et c’est ça le plus dur ». Ritchie écoute et surenchérit : « on est comme je suis… » !