Gironde. « Seulement quelques heures de sommeil » : le lourd tribut payé par les pompiers face à l’incendie
Après plus de 10 jours de lutte acharnée contre les flammes dans le Sud-Ouest, les pompiers sont épuisés. Au total, 3 300 soldats du feu venus de toute la France ont été mobilisés pour venir à bout du feu hors ...
Après plus de 10 jours de lutte acharnée contre les flammes dans le Sud-Ouest, les pompiers sont épuisés. Au total, 3 300 soldats du feu venus de toute la France ont été mobilisés pour venir à bout du feu hors norme de Gironde, qui a dévasté 42 000 hectares. Ils semblent voir enfin le bout du tunnel, car l’incendie est désormais « fixé », a annoncé ce samedi Laurent Nuñez.
Mais les corps ont été mis à rude épreuve. « C’est comme une étape du Tour de France, l’effort physique a été intense », résume le lieutenant-colonel Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. « Leur engagement a parfois duré une semaine, voire 10 jours, avec des journées pouvant atteindre 12 heures de travail, entrecoupées de courtes périodes de repos et de seulement quelques heures de sommeil », explique Manuel Coullet, secrétaire général de Sud Sdis (Services départementaux d’incendie et de secours), dont le syndicat demande davantage de moyens humains pour assurer des rotations plus fréquentes.
Le corps à l’épreuve, l’esprit sous tension
Les pompiers ont également dû composer avec des conditions de travail particulièrement éprouvantes. « Et ce, dès le trajet entre leur caserne et le lieu d’intervention, effectué dans des camions peu confortables parfois pendant de longues heures, notamment pour les équipes venues du nord de la France », souligne Manuel Coullet. Une fois sur place, ils ont dû évoluer sous une chaleur étouffante, avec un équipement pouvant dépasser une vingtaine de kilos. À cette fatigue physique s’est ajoutée une forte pression mentale. Lutter contre un incendie d’une telle ampleur exige une concentration permanente pour prendre les bonnes décisions dans un environnement extrêmement changeant. Sans compter la charge émotionnelle. « Si tous avaient envie d’en découdre face à ce feu, certains étaient désabusés car ils avaient l’impression que leur action était vaine », témoigne Éric Brocardi.
Pour veiller sur leur état de santé, les pompiers peuvent compter sur un poste médical avancé, qui accueille systématiquement les colonnes à leur sortie du feu. « Les infirmiers contrôlent la tension, recherchent d‘éventuelles intoxications aux fumées et évaluent les effets de la chaleur. Ils décident ensuite si les pompiers sont aptes à repartir ou non », explique Manuel Coullet. Malgré cette surveillance, certains ne sont pas sortis indemnes de leur intervention. Selon le dernier bilan communiqué samedi par la préfecture de Gironde, plus de 330 pompiers ont été pris en charge médicalement. « Il s’agit le plus souvent de coups de chaleur, d’intoxications aux fumées ou d’entorses », précise le syndicaliste.
Le défi du retour à la vie normale
Pour ceux qui vont enfin pouvoir souffler, un autre danger guette : le contrecoup psychologique. « Ils peuvent décompenser en ayant l’impression de ne plus être aussi utiles », indique Éric Brocardi. « Ne pas avoir réussi à sauver une maison peut être traumatisant », ajoute Manuel Coullet.
Les soldats du feu ont également été profondément marqués par la mort de quatre de leurs collègues depuis le début de la saison. Le débriefing organisé systématiquement à l’issue de chaque engagement doit leur permettre de mettre des mots sur ce qu’ils ont vécu. Presque tous les SDIS de France disposent aussi d’une cellule de soutien psychologique. « Désormais, ce n’est plus tabou pour un pompier de consulter un psychologue », se félicite Éric Brocardi. « La gratitude qu’ont exprimée beaucoup de Français envers les pompiers sur le terrain comme sur les réseaux sociaux, va aussi les aider à reprendre le cours de leur vie », poursuit-il.
D’autres, en revanche, n’ont pas encore eu le temps de souffler : des milliers de soldats du feu sont encore mobilisés sur les nombreux incendies actifs dans l’Hexagone. Environ 1 500 d’entre eux étaient samedi dans le Var, où la situation reste des plus précaires.