Fréchette présente un cadre financier « responsable »
La Coalition avenir Québec (CAQ) a présenté dimanche un cadre financier « qui fait le choix de la responsabilité et de l’action ». Celui-ci ventile le coût (9,7 milliards $) des promesses électorales du parti e...
La Coalition avenir Québec (CAQ) a présenté dimanche un cadre financier « qui fait le choix de la responsabilité et de l’action ». Celui-ci ventile le coût (9,7 milliards $) des promesses électorales du parti et explique comment elles seront financées.
Notre plan permet d’avancer sur ce qui compte pour les familles, les aînés, les travailleurs et nos entreprises : le coût de la vie, nos services publics et nos infrastructures, a indiqué Mme Fréchette, en compagnie du ministre des Finances, Eric Girard.
Dans ce document, intitulé Avançons, la CAQ prévoit financer 9,7 milliards $ d'engagements électoraux sur 5 ans (incluant le service de la dette), tout en maintenant le retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030. Ces promesses électorales sont trois fois moins importantes que celles de son prédécesseur, François Legault, en 2022.
Le parti compte principalement financer ses engagements électoraux en puisant dans la réserve pour éventualités (inutilisée depuis 2 ans) et grâce aux transferts fédéraux. Toutefois, la reconduction de plusieurs ententes en santé (nouvelle fenêtre) n’a pas encore été annoncée par Ottawa.
On s’attend à ce qu’elles le soient [reconduites], a répondu Mme Fréchette en conférence de presse.
Une augmentation de 2 % du rendement des sociétés d'État est aussi attendue.
Voici les coûts des principaux engagements annoncés jusqu’ici :
- Soutien à domicile : 1 milliard $ de bonification sur 4 ans
- Soutien aux régions : 304 millions $
- Construction de 2000 logements abordables pour les aînés : 241 millions $
- Engagements à venir : 8 milliards $
Le cadre financier prévoit aussi des investissements de 180 milliards $ au titre du Plan québécois des infrastructures, dont 75 % seraient consacrés au maintien d’infrastructures existantes (contre 65 % actuellement). Il s'agit d'une hausse de 13 milliards sur 10 ans.
Aucune réduction d'impôt n'est prévue pour les citoyens tant que l'équilibre budgétaire ne sera pas atteint, a précisé Mme Fréchette.
La route vers l’équilibre budgétaire en 2029-2030 sera cahoteuse, a déjà indiqué la vérificatrice générale du Québec (VGQ), Christine Roy. Cette dernière chiffrait les efforts financiers à réaliser à plus de 5 milliards $ sur 2 ans, le tout dans un contexte de ralentissement économique, de stagnation de la population et donc de ralentissement des revenus de l’État. Sans parler de la guerre commerciale avec les États-Unis.
Selon la vérificatrice générale, les efforts budgétaires envisagés sont d’une ampleur jamais vue depuis 10 ans, une époque où l'on décriait le gouvernement Couillard pour ses mesures d’austérité.

La vérificatrice générale du Québec, Christine Roy (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Toutefois, Mme Fréchette a tenu à rassurer la population : On n’entrera pas en période d'austérité, car les services aux citoyens ne seront pas touchés. La cheffe de la CAQ convient toutefois qu’on entre dans un contexte financier serré.
En conférence de presse, Christine Fréchette a justifié le fait de présenter son cadre financier aussi tôt dans la campagne par la volonté de démontrer que la CAQ fait des promesses qui respectent la capacité de payer des Québécois.
Elle a d'ailleurs mis ses opposants au défi de chiffrer leurs promesses électorales et d'expliquer comment ils les financeront. Quand je regarde les engagements des autres partis, je me questionne sur leurs cadres financiers, a dit Mme Fréchette, en nommant entre autres le Parti conservateur du Québec (PCQ) et le Parti québécois (PQ).
Interventionniste et dépensière
Malgré la publication précoce du cadre financier de l’équipe Fréchette, le PCQne compte pas changer son plan de match.
Vous allez certainement avoir le cadre financier bien avant le premier débat [le 15 septembre], a déclaré le chef du parti, Éric Duhaime.

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Ce dernier juge que le cadre financier de Christine Fréchette ne la distingue pas vraiment de ses prédécesseurs. Clairement, Mme Fréchette se positionne encore une fois comme une interventionniste, comme une dépensière. Et nous, on est des conservateurs, on est un peu gratteux et on veut laisser l'argent dans le portefeuille du monde.
Même son de cloche du Parti québécois. Ce qu'on va surveiller, c'est est-ce que les promesses électorales juteuses qu'on voit depuis le début de l'été de la part de la CAQ sont bel et bien comptabilisées dans ce cadre-là, a déclaré de son côté le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon.
Chez Québec solidaire, Ruba Ghazal juge ce cadre financier irresponsable. Avec un taux de croissance des dépenses à 1 %, on entre dans les pires années de Philippe Couillard et son austérité libérale, c’était 2 %, a déclaré la co-porte-parole solidaire. Ce taux est prévu pour la période 2028-2029.
Ruba Ghazal. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Par ailleurs, QS déplore que la CAQ puise une bonne partie de l’argent pour ses promesses électorales dans la réserve budgétaire, alors qu’on est en pleine guerre tarifaire avec Donald Trump [...] et que des entreprises sont à risque de fermer.
Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ), a déploré la calculatrice défectueuse de la CAQ et le montant de ses promesses, trop élevé, compte tenu de l'état des finances publiques et de l'effort nécessaire pour atteindre l'équilibre budgétaire.
Le chef du PLQ juge par ailleurs que le dévoilement du cadre financier de la CAQ arrive trop tôt dans la campagne, compte tenu du contexte économique actuel. Il promet que son parti présentera des promesses électorales de qualité et rigoureuses, loin de la politique spectacle.

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Le reportage de Sébastien Desrosiers