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« Françoise a été sa seule grande histoire d’amour… » Marie-Paule s’est fait la Belle, Serge Lama se souvient

Attitude souriante de la chanteuse Marie-Paule Belle et de son ami Serge Lama, posant les yeux dans les yeux au domicile de Serge Lama, à Paris le 9 novembre 2023, à l'occasion du lancement du nouvel album de M...

Attitude souriante de la chanteuse Marie-Paule Belle et de son ami Serge Lama, posant les yeux dans les yeux au domicile de Serge Lama, à Paris le 9 novembre 2023, à l'occasion du lancement du nouvel album de Marie-Paule Belle "Un soir entre mille" (Panthéon/Universal).

Attitude souriante de la chanteuse Marie-Paule Belle et de son ami Serge Lama, posant les yeux dans les yeux au domicile de Serge Lama, à Paris le 9 novembre 2023, à l'occasion du lancement du nouvel album de Marie-Paule Belle "Un soir entre mille" (Panthéon/Universal).

© Julien FAURE/PARISMATCH/SCOOP

EXCLUSIF. Il était l’un des intimes de la chanteuse disparue ce samedi 25 juillet. Il l’évoque avec nous une dernière fois.

Paris Match. Comment allez-vous ?

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Serge Lama. Comme quelqu’un qui perd une amie très chère… Marie-Paule est entrée dans ma vie dans les années 1970, en faisant ma première partie. Au départ elle était en « vedette anglaise ». Mais très vite, elle est passée en « vedette américaine », donc elle chantait juste avant moi. Je le regardais tous les soirs progresser, s’améliorer depuis le côté de la scène. À partir de là, nous sommes devenus intimes.

Vous étiez pourtant deux caractères bien différents.

Oui, mais nous pouvions tout nous dire. Et nous avions tellement de choses à nous dire… (il marque un temps). Avec Marie-Paule nous avons parlé de choses profondes, de choses drôles, nous avons énormément rigolé. C’était quelqu’un d’extrêmement triste, qui était extrêmement drôle.

D’où venait cette tristesse ?

C’est quelqu’un qui n’a jamais eu l’entourage qu’il aurait fallu pour mener une belle carrière. Même quand elle vivait avec Françoise Mallet-Joris, Françoise était prégnante. Il lui aurait fallu un auteur qui lui fasse chanter d’autres mots, qui aille plus vers le peuple, qui touche plus le « populaire ». Ce que Barbara – que Marie-Paule adorait, a su faire.

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« Les labels ne s’intéressent à vous que lorsque vous vendez des disques »

Vous n’avez pas essayé d’être cet auteur ?

J’ai écrit quelques textes pour elle, mais ma plume était trop virile pour elle, soyons honnêtes. Dans le cas de Marie-Paule, « La Parisienne » est sa seule chanson populaire. Le pire, c’est qu’elle faisait semblant de ne pas s’en rendre compte. Elle était très lucide, très intelligente, elle se voyait mal dire aux gens qu’elle avait autre chose que « La Parisienne ». Non, ce qui lui a manqué c’est une Simone Marouani, qui aurait déblayé le terrain pour elle, qui lui aurait trouvé des auteurs qui touchent le grand public.

D’ailleurs si elle publie de nombreux albums dans les années 1970, elle n’en a sorti que 5 entre 1989 et 2023.

Parce que les labels ne s’intéressent à vous que lorsque vous vendez des disques, c’est l’injustice de ce métier, l’injustice de la vie aussi. Et au fond, elle n’a pas eu l’occasion de faire le grand disque qu’elle aurait pu faire. Alors qu’elle avait une telle force en elle, dans la vie, sur scène. C’est ce qui a manqué à ses chansons, parfois trop en demi-teintes.

Elle a aussi l’une des premières chanteuses à parler ouvertement de son homosexualité dans une époque où l’on préférait s’en cacher. En aviez-vous parlé ensemble ?

L’avouer n’a pas été facile pour elle. Mais saluons aujourd’hui son courage. Parce que le fait d’en parler a vraiment été libérateur pour elle, à tous les niveaux. Une fois encore, ça aurait pu être un thème pour une excellente chanson, différente, qui aurait pu évoquer cela en biais, tout en restant droite.

« Ce jour-là, j’ai su que c’était pour la dernière fois »

Comment pourriez-vous qualifier sa relation avec Françoise Mallet-Joris ?

Serge Lama et Marie-Paule Belle étaient des amis de toujours. Marie-Paule Belle retrouve sur scène Serge Lama le temps d'une chanson,

Serge Lama et Marie-Paule Belle étaient des amis de toujours. Marie-Paule Belle retrouve sur scène Serge Lama le temps d'une chanson, "Celui", le jour de son anniversaire à l'Olympia à Paris. Le 11 février 2018.

© ALAIN GUIZARD / BESTIMAGE

Elle a d’abord été son élève, sage, presque trop, en tout cas dirigée par Françoise. Et à la fin de la vie cette dernière c’était l’inverse. Françoise a eu une fin de vie très difficile, elle était devenue un légume, elle était complètement à la ramasse et Marie-Paule a eu cette force incroyable d’être là pour elle. Alors qu’elles étaient séparées depuis de nombreuses années. Mais en souvenir de ce qu’elles avaient vécu, elle a été cette femme qui a beaucoup donné, et qui lui a appris à mourir.

Était-elle une bonne amie ?

Oui. Et je peux l’affirmer parce qu’il y a eu une période où nous nous sommes éloignés. Et quand on a fini par se revoir, nous avons tous les deux compris que c’était essentiel d’être ensemble. Elle était une femme de clan et je faisais partie du sien. Au même titre qu’elle faisait partie du mien. On se téléphonait, on s’envoyait des petits mots.

Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ?

Il y a neuf mois. Ce jour-là, j’ai su que c’était pour la dernière fois. Je l’ai bien regardé, je l’ai mangée du regard parce que mine de rien, on se happait. On s’est étreint longuement parce qu’on savait tous les deux qu’on ne se reverrait plus. J’ai trouvé ça très courageux pour elle d’aller sur scène au mois de mai, malgré sa maladie. Je me doutais bien qu’elle aurait du mal à se remettre d’une telle déflagration. Faire ses adieux à la scène ce n’est pas évident. Mais elle avait voulu ce dernier tour de chant. J’étais heureux pour elle de ce succès.

Vous lui parliez au téléphone ces derniers temps ?

Oui. Je l’ai eu il y a dix jours, sa voix était bonne. Mais elle m’avait dit qu’elle n’avait plus envie de voir qui que ce soit, elle était bien chez elle, dans sa petite chambre. J’avais compris que les choses iraient vite… Mais je la retrouverais, car elle était convaincue, comme moi, qu’il y a quelque chose après la vie.

« Elle a eu des moments heureux, avec Françoise »

A-t-elle une vie heureuse ?

Marie-Paule Belle et Serge Lama en 1978.

Marie-Paule Belle et Serge Lama en 1978.

© Bestimage

Elle a eu des moments heureux, avec Françoise. Des grandes rigolades, des périodes où elle allait bien. Mais je ne dirais pas qu’elle a été heureuse toute sa vie. Elle a souffert du manque de reconnaissance du métier, de toutes ces petites choses qui vous empêchent de vivre au quotidien. Elle a souvent été dans le manque Marie-Paule, elle adorait sa mère par exemple, elle regrettait vraiment qu’elle ne soit plus là. Beaucoup de gens qu’elle a aimés sont partis. Et ça lui rendait la vie difficile.

Elle n’a pas retrouvé l’amour après Françoise Mallet-Joris ?

Françoise a été sa seule grande histoire d’amour… Cette histoire a été son sommet, son indépassable Annapurna. Ça a été fort violent entre elles. Et la détresse qui en a découlé a été aussi très grande et très forte. Alors elle a eu la force d’être une amie merveilleuse, généreuse, affectueuse. C’est quelqu’un qui avait une vraie force d’amour.

Irez-vous à ses obsèques ?

Non. Je ne peux plus me déplacer et j’ai eu mon compte d’obsèques de gens que j’aimais… Et puis on n’a pas besoin de ça, Marie-Paule et moi pour savoir qu’on s’aimait. Elle sait que je suis là où elle est. Elle sait tout.

Une chanson pour la résumer ?
« Quand nous serons amis ». Parce que « quand nous serons amis, tout ira bien ». Tout le monde vit ou a vécu cette histoire-là. À commencer par elle et moi.