« Je passe à côté de ma vie », raconte Florence Porcel depuis sa plainte contre PPDA
Florence Porcel a été la première femme à porter plainte pour viols contre Patrick Poivre d’Arvor en 2021. Cinq ans plus tard, elle publie le livre « Parler ou se taire. Ce qu’il en coûte de s’attaquer à des hommes puissants ».
France 09/09/2026 07:42 Actualisé le 09/09/2026 07:49
Florence Porcel a été la première femme à porter plainte pour viols contre Patrick Poivre d’Arvor en 2021. Cinq ans plus tard, elle publie le livre « Parler ou se taire. Ce qu’il en coûte de s’attaquer à des hommes puissants ».
Par Maëlle Roudaut avec AFP

JOEL SAGET / AFP
L’auteure française Florence Porcel pose lors d’une séance photo à Paris, le 30 mars 2023.
Depuis que Florence Porcel a déposé plainte pour viol contre Patrick Poivre d’Arvor, en 2021, 45 autres femmes ont accusé devant la justice l’ancien présentateur vedette de TF1 de les avoir violées, agressées ou harcelées sexuellement. Mais parler a aussi un coût, encore bien trop lourd à ce jour, explique la journaliste dans son nouveau livre.
« Je passe littéralement à côté de ma vie », confie Florence Porcel dans un entretien accordé à l’AFP. « Je n’ai plus de vie personnelle, du fait des traumatismes, et je n’ai plus de carrière », les propositions de travail s’étant taries après la fuite dans la presse, sans son consentement, de son dépôt de plainte, affirme-t-elle.
Une forme de « mort sociale » que déplore l’écrivaine. D’autant qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. C’est ce qui résulte d’une longue enquête, qu’elle mène depuis trois ans, et qu’elle détaille dans son nouveau livre « Parler ou se taire. Ce qu’il en coûte de s’attaquer à des hommes puissants », publié mercredi 9 septembre chez Hugo Publishing.
Dans cet ouvrage, l'écrivaine livre son témoignage, mais aussi celui de quatorze autres plaignants, ayant osé parler contre des hommes puissants tels que l’acteur Gérard Depardieu, le ministre Gérald Darmanin ou l’animateur Stéphane Plaza, rapporte Mediapart.
« Nous ferions “ça” pour la gloire et l’argent »
Cette enquête mène à une conclusion « douloureuse » : dénoncer une personnalité pour des violences sexistes, sexuelles ou conjugales est « une mort sociale, un suicide professionnel et un anéantissement réputationnel pour les victimes ». « Nous ferions “ça” pour la gloire et l’argent, nous aurions dû parler plus tôt si c’était vraiment vrai, nous voudrions briser leurs vies pour le plaisir de nuire, nous nous servirions du tribunal médiatique », égrène Florence Porcel.
Elle s’appuie sur les témoignages de treize femmes et un homme, nés entre les années 1970 et 2000, connus ou inconnus du grand public, d’origines sociales et géographiques diverses, ont pour point commun d’avoir mis en cause une personnalité. C’est un échantillon « le plus diversifié possible » pour être « représentatif », explique Florence Porcel.
Parmi ces témoins, la députée Sandrine Rousseau, qui a porté plainte en 2016 pour agression sexuelle contre l’ex-député écologiste Denis Baupin ou encore la comédienne Charlotte Arnould, qui accuse l’acteur Gérard Depardieu de l’avoir violée.
« Florence documente nos ressentis et c’est très fort. Car, nous, les victimes, on a toujours été assignées au ressenti, mais son livre nous sort de là pour dire : c’est un système », affirme Sandrine Rousseau, contactée par l’AFP. « Florence y va fort », en donnant « des recommandations osées » pour un autre traitement médiatique, salue Charlotte Arnould.
Plus de chances de ne pas se tromper en croyant les victimes
Dans son livre, où elle développe son suivi statistique de nombreuses affaires de violences sexuelles, Florence Porcel veut mettre à mal de « fausses croyances » sur les plaignants et lutter contre « une défiance de principe » à leur égard. « Quand on apprécie » une personnalité, « quelqu’un dont on a lu tous les livres ou qu’on voit tous les jours à la télé, évidemment qu’on s’attache, et que c’est humain d’en vouloir aux personnes qui les attaquent », concède-t-elle.
Mais, statistiquement, le grand public a plus de chances de ne pas se tromper en croyant les victimes, affirme-t-elle : selon une étude sur des viols en Europe de la chercheuse britannique Liz Kelly, citée dans le livre, « les fausses allégations représentent 6 % des cas ».
Porter plainte, c’est « un désir absolu de justice, une manière de se reconstruire, le seul moyen d’avancer après les violences », écrit Florence Porcel. « Mais faire appel à la justice, c’est aussi mettre sur "pause" une partie de nous-mêmes : pendant toute la durée de la procédure, nous devons cohabiter en permanence avec le soi du passé, celle qui a été violentée et qui est lourde à porter ». « C’est un entre-deux très inconfortable, pesant, anxiogène et épuisant ».
L’autrice ne craint-elle pas de décourager de saisir la justice ? « J’ai parfaitement conscience que je ne dresse pas un tableau très reluisant, mais cela me paraît d’utilité publique d’informer », répond Florence Porcel. Surtout, l’autrice espère « un avant et un après » son livre : « Si on change de paradigme, on change le monde ».