Finalement autorisée, l’exécution de Christa Pike aux États-Unis a échoué malgré deux injections létales
Cette femme de 50 ans, condamnée à mort dans le Tennessee, a survécu à la procédure autorisée in extremis par la Cour suprême des États-Unis. Elle est à l’hôpital dans un état incertain.
International 01/10/2026 08:01 Actualisé le 01/10/2026 08:11
Cette femme de 50 ans, condamnée à mort dans le Tennessee, a survécu à la procédure autorisée in extremis par la Cour suprême des États-Unis. Elle est à l’hôpital dans un état incertain.
Par Timothée Barnaud avec AFP

HANDOUT / AFP
Cette photo fournie par le Département de l’administration pénitentiaire du Tennessee, datée du 12 janvier 2023, montre Christa Pike, meurtrière américaine condamnée à la peine de mort. Son exécution a échoué le 30 septembre 2026.
C’est le dernier rebondissement d’une affaire judiciaire déjà hors du commun. Alors que la Cour suprême avait autorisé in extremis la condamnation à mort d’une femme dans le Tennessee, ses avocats ont indiqué ce jeudi 1er octobre que l’exécution avait échoué, et qu’elle était « encore en vie ».
Christa Pike était condamnée à la peine capitale pour un meurtre commis en 1995. Malgré deux injections létales, la première femme exécutée depuis deux siècles dans cet État est actuellement « soignée à l’hôpital », indique son avocat. Le HuffPost fait le point sur cette histoire chaotique et loin d’être terminée.
• Que s’est-il passé dans la nuit de mercredi à jeudi ?
Christa Pike, âgée de 50 ans, devait être exécutée ce mercredi à 10h, heure locale. Alors qu’une cour d’appel avait suspendu l’injection létale à peine une heure avant qu’elle ne commence, la Cour suprême a annulé ce sursis dans la foulée et confirmé sa condamnation à mort.
Les autorités de l’État du Tennessee ont donc administré deux doses d’injection létale à Christa Pike ce mercredi soir (heure locale), ont indiqué ses avocats. Mais celles-ci n’ont pas fonctionné, ont témoigné plusieurs témoins auprès de NBC News, affirmant que la femme était « toujours en vie » et ronflait de façon audible.
Des informations confirmées par ses avocats, qui ont indiqué que l’exécution avait bel et bien « échoué », et que Christa Pike a été transportée dans un hôpital voisin pour y être soignée. Son état de santé reste encore incertain.
Tori Gessner, journaliste pour le média local WKRN à Nashville, qui a déjà assisté à cinq exécutions dans le Tennessee, a déclaré que « rien de ce qui s’est passé aujourd’hui n’était normal, ni habituel. Absolument rien. » dans une conférence de presse. Les autorités pénitentiaires n’ont fait aucun commentaire dans l’immédiat, ni répondu aux sollicitations de l’AFP.
• Est-ce déjà arrivé ?
Auprès de l’Associated Press, Robin M. Maher, directrice exécutive de l’observatoire spécialisé Death Penalty Information Center (DPIC), a déclaré que ce qu’avait vécu Christa Pike était « singulier et sans précédent ».
Selon elle, sept personnes ont déjà survécu à une condamnation à mort par injection létale. Mais c’était à chaque fois car l’équipe d’exécution n’était pas parvenue à accéder à une veine pour administrer la substance létale - ce qui s’est d’ailleurs produit plus tôt cette année au Tennessee -. Personne n’était en revanche « resté en vie après avoir reçu les substances utilisées dans ce type d’exécutions », rapporte Robin M. Maher auprès de l’agence de presse américaine.
Le gouverneur du Tennessee, Bill Lee, a déclaré avoir ordonné une enquête pour déterminer ce qui s’était passé. Il a également suspendu la seule exécution restante prévue cette année dans l’État.
• Pourquoi Christa Pike était condamnée à mort ?
Christa Pike avait été condamnée à la peine capitale pour le meurtre en 1995 de Colleen Slemmer, 19 ans, dans une affaire de rivalité amoureuse. Les avocats de Christa Pike affirmaient que sa défense lors de son procès en 1996 n’avait pas invoqué les circonstances atténuantes dont elle aurait dû bénéficier, notamment les traumatismes et les violences, en particulier sexuelles, subies depuis son plus jeune âge.
L’État du Tennessee avait pour la première fois reconnu ses violences en août dernier, sans changer sa décision. Mais c’est pour cette raison qu’une cour d’appel avait suspendu l’exécution, avant qu’elle ne soit rétablie par la Cour suprême.
Christa Pike était la première femme à être exécutée au Tennessee depuis 200 ans, et l’une des très rares femmes condamnées à mort aux États-Unis. Au total, 18 femmes ont été exécutées aux États-Unis depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976, soit à peine plus d’1 % des exécutions, selon le Death Penalty Information Center (DPIC).
La dernière exécution d’une femme aux États-Unis remonte à celle, en 2023 dans le Missouri d’Amber McLaughlin, qui était également la première femme transgenre à être exécutée dans le pays.
• Que va-t-il se passer désormais ?
Selon le droit américain, la condamnation à mort de Christa Pike est en principe toujours maintenue. Une journaliste pour le Los Angeles Magazine confirme cette information, expliquant sur X que « si Christa Pike ne meurt pas avant minuit, le Tennessee devra passer par le processus légal pour obtenir et fixer une nouvelle date d’exécution ». Or, minuit est bien passé dans le Tennessee ?
Néanmoins, le huitième amendement de la Constitution américaine interdit d’infliger « des peines cruelles ou inhabituelles ». Ses avocats avaient déjà mis en avant que l’exécution par injection létale pourrait être une torture pour elle en raison de ses « petites veines » et d’autres soucis de santé.
« Nous ne tirons aucune satisfaction du fait d’avoir eu raison, mais les préoccupations soulevées par Mme Pike se sont avérées fondées : difficulté d’accès aux veines, veines rompues, pentobarbital dégradé, absence de soins médicaux d’urgence lorsque les choses tournent inévitablement mal, le tout sous l’égide d’un protocole qui demeure enveloppé de secret », ont d’ailleurs dénoncé ses avocats.