Fin des mesures de fermeture nocturne dans le quartier nord : le MR cible l’immigration, l’opposition accuse les libéraux de “masquer leur échec politique”
Alors que le MR pointe un laxisme dans la politique autour de l'immigration illégale pour expliquer les problèmes de sécurité dans le quartier Nord, l'opposition dénonce un "raccourci qui risque d'alimenter les discours racistes".
On s'en doutait à la lecture de l'ordre du jour du conseil communal de Schaerbeek de ce mercredi : aucune mention des mesures de fermeture nocturne des commerces dans le quartier nord, à cheval sur Schaerbeek et Saint-Josse, alors que la mesure arrive à échéance à la fin du mois. Et pour cause : c'est désormais confirmé, Schaerbeek ne prolongera pas une nouvelle fois la mesure "Nuit calme".
Le rapport de police qui avait justifié le dernier renouvellement de ce couvre-feu commercial au début de l'été avait déjà suscité des interrogations. En effet, la criminalité avait bien baissé entre 1 h et 6 h, pendant la fermeture imposée aux commerces. Mais la diminution n'était pas drastique et on observait surtout un report des actes criminels en dehors de ce créneau.
De plus, certains commerçants mais également des associations qui accompagnent des travailleuses du sexe, également concernées par la fermeture, avaient tenté de suspendre la mesure. Ils avaient été déboutés mais l'auditeur du Conseil d'État avait tout de même mis en garde les communes sur le respect de la proportionnalité de la mesure par rapport à l'objectif visé en cas d'éventuelle nouvelle prolongation.
Le nouveau rapport de police sur la mesure, présenté ce lundi, est "équilibré", selon le bourgmestre faisant fonction de Schaerbeek, Martin De Brabant (MR). "Les nuits sont plus calmes dans le quartier, mais la criminalité dans son ensemble n'a pas diminué", explique-t-il à Belga. Selon lui, la criminalité, la consommation et le trafic de drogues ont désormais principalement lieu durant la journée. "Ce n'est pas le but. Je ne proposerai pas de prolonger les mesures", affirme l'édile. "Nous réfléchissons à des solutions plus durables sur tous les plans dans le quartier."
Le bourgmestre nous confiait il y a quelques mois ne pas vouloir travailler éternellement sur la base d'arrêtés de police temporaires, d'une durée de trois mois, qui doivent donc être à nouveau justifiés à chaque renouvellement. Une piste pourrait être l'adoption d'un règlement général sur le "commerce", plus pérenne.
L'arrêté pour la fermeture nocturne reste toutefois en vigueur jusqu'à la fin du mois.
À Saint-Josse, où le bourgmestre défendait encore il y a quelques mois la fermeture des commerces, "réclamée par les riverains qui retrouvent le calme la nuit", on nous glisse que la mesure ne serait pas reconduite non plus, sans confirmation officielle à ce stade. De toute manière, le périmètre concerné par le couvre-feu se situait très majoritairement sur le territoire de la commune de Schaerbeek.
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Mais le thème de la sécurité dans le quartier nord ne s'arrête pas pour autant. Le MR a, pour sa part, trouvé sa nouvelle cible : "Dans ce quartier extrêmement problématique, personne n'a encore jamais vraiment nommé la racine du mal. Moi, je veux nommer les choses : le problème, c'est la migration illégale. Et elle n'est pas prise en charge," expliquait Martin De Brabant dans La Libre Belgique ce lundi. "J'ai appliqué toute la check-list des mesures de police administrative à ma disposition. Que l'on me dise quelle mesure manque et je la prendrai, poursuivait-il. La police fait son travail, mais multiplier les effectifs est inutile si les personnes arrêtées sont relâchées aussitôt et que les décisions d'éloignement ne sont pas exécutées par le Fédéral."
Georges-Louis Bouchez en a rajouté une couche après une visite dans le quartier ce lundi soir : "Ce que j'ai vu dépasse l'entendement, assure le président du MR, accusé par Ecolo Saint-Josse d'avoir "fait une visite du quartier comme on visite une réserve".
"Je veux nommer les choses: le problème dans le quartier nord, c'est la migration illégale", dénonce le bourgmestre MR de SchaerbeekLe chef de file des libéraux développe : "Des gens qui se droguent au crack en rue, qui défèquent, du trafic d'êtres humains dans le cadre de la prostitution, des habitants qui ont peur et n'osent plus sortir de chez eux. Bref, une zone qui échappe aux autorités. La raison est un manque de volontarisme et de courage politique et de coordination des services publics mais aussi un laxisme insupportable face à l'immigration illégale qui est une main-d'œuvre facile pour cette criminalité".
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Dans les rangs de l'opposition schaerbeekoise, on fulmine : "Martin De Brabant joue la carte du trumpisme pour masquer l'échec de la politique du MR," dénonce le PTB par la voix de la cheffe de file locale Leïla Lahssaini. "S'il y a une racine du mal à la situation déplorable dans laquelle se trouve le quartier Nord, c'est plutôt l'abandon d'un quartier populaire. Bien sûr que les actes criminels doivent être sanctionnés. Il faut aussi éviter que des personnes exilées soient une proie pour les réseaux criminels et tombent sous leur emprise, en proposant un accueil et des perspectives en Belgique plutôt que de les laisser errer dans les rues. Le gouvernement MR fait le contraire en fermant des milliers de places d'accueil. Le résultat est toujours plus de personnes sans abri dans les rues de Bruxelles et toujours plus de misère pour les habitants. Le MR, continue de semer le racisme alors qu'ils refusent de prendre des mesures sérieuses pour s'attaquer à l'insécurité liée au trafic de drogue (renforcer la douane, donner des moyens à la police judiciaire, s'attaquer au blanchiment d'argent…)."
69 fusillades, des blessés, des balles perdues, plus de 100 tireurs interceptés à Bruxelles : "Ces violences ne vont pas se calmer"Du côté du groupe 1030 Ensemble, Georges Verzin appelle aussi à plus d'humanité : "Riverains, commerçants, migrants… Chacun a droit à la tranquillité, à la sécurité et à un cadre de vie digne. De nombreux migrants, souvent abandonnés sans hébergement, sans accompagnement et sans perspectives, se retrouvent condamnés à l'errance et à ses dérives. Cette situation relève d'abord de la responsabilité du pouvoir fédéral. Nous refusons de réduire ce problème à une simple question d'immigration ou de sécurité. Criminaliser l'immigration est un raccourci qui risque d'alimenter les discours racistes et les divisions."
Plus largement, le quartier va bénéficier prochainement d'aménagements, notamment avec Beliris, qui vient de commencer à remettre en état le tronçon de la rue d'Aerschot éventré par le chantier du métro 3. Schaerbeek a aussi lancé un plan à 500 000 euros pour la réparation des trottoirs et de la voirie, la modernisation de l'éclairage public, le renouvellement de la signalisation, la végétalisation et l'installation de mobilier urbain de qualité. Il s'agit ici d'une première étape. Un plan global pour le quartier nord est en cours de confection à Schaerbeek. Il proposera des mesures en matière de sécurité, de prévention, de politiques sociales et d'aménagement du territoire.
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