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Proust, Pagnol… Les dix coups de cœur de Midi Libre au Festival off d’Avignon

Rapports mère-fille, examen de conscience, Proust, Pagnol… Dans l’avalanche de près de 1 800 productions présentées au festival d’Avignon jusqu’au 25 juillet, Midi Libre vous aide à faire un choix.

Rapports mère-fille, examen de conscience, Proust, Pagnol… Dans l’avalanche de près de 1 800 productions présentées au festival d’Avignon jusqu’au 25 juillet, Midi Libre vous aide à faire un choix.

Chloé Oliverès, dans "Mon côté Wertheimer".
Chloé Oliverès, dans "Mon côté Wertheimer". MARINA VIGUIER

1. Folles de mères en filles ?

Se prendre la tête en riant ? La comédienne Chloé Oliverès réussit ce tour de force avec talent et finesse dans Mon côté Wertheimer. Le titre du spectacle renvoie à son nom de famille côté maternel. Ce côté-là, dépressif et névrosé, qui lui colle à la peau par atavisme familial.

Elle part sur les traces de son arrière-grand-mère Victorine, internée à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne à Paris. Sans compter les affres de sa grand-mère et de sa propre génitrice. Elle interpelle le public : "C’est quoi les gestes barrières pour se protéger de sa mère ?". Des angoisses transmissibles, au point que la maman de Chloé avait lancé aux sages-femmes après avoir accouché : "Est-ce qu’elle est normale ?". C’est notre coup de cœur du Off cette année, existentiellement humoristique, humoristico-existentiel.

Le spectacle "Terreur" commence à l’extérieur, devant l’entrée du théâtre.
Le spectacle "Terreur" commence à l’extérieur, devant l’entrée du théâtre. ARNAUD BOUCOMONT

2. À la barre, examens de conscience

La compagnie Hercub, qui avait enchanté Avignon avec Lebensraum il y a plus de trente ans, continue à interroger les consciences. Avec Terreur, un texte signé Ferdinand Von Schirach, elle fait voter le public au terme d’un procès d’assises.

Une pilote d’avion de chasse avait le "choix" : ouvrir le feu sur un avion de ligne détourné par des terroristes, en tuant 164 passagers, ou prendre le risque que l’avion aille s’écraser dans un stade bondé de 70 000 personnes. Elle a choisi la première option. Et vous ?

La pièce "Marius" de Marcel Pagnol revisitée par Jean-Philippe Daguerre.
La pièce "Marius" de Marcel Pagnol revisitée par Jean-Philippe Daguerre.

3. Marius, Pagnol et Jean-Philippe Daguerre

On a eu un peu peur au début. Le classicisme du metteur en scène Jean-Philippe Daguerre calé dans les mots d’une pièce emblématique de Marcel Pagnol, Marius, n’allait-il pas accoucher d’une production par trop académique ? Mais Daguerre et ses comédiens ont suffisamment de talent pour franchir l’obstacle.

Au menu de cette comédie dramatique, César et Panisse façon clowns qui se chamaillent ; Honorine en cerise comique sur le gâteau ; ce duo mythique, Marius et Fanny, cet amour déchirant, déchiré ; et puis la mer qui appelle, qui torture. À l’heure des saluts, la comédienne Juliette Béhar, pas encore sortie de son rôle, a les yeux embués de larmes.

Marie Thomas dans "Retour aux souches".
Marie Thomas dans "Retour aux souches". Midi Libre

4. Une clown qui vous parle du monde

Une comédienne formidable, Marie Thomas, joue Le retour aux souches, un spectacle drôle, touchant, humain, absurde juste ce qu’il faut, avec des mots décalés pour mieux embarquer la langue, le cœur et l’esprit !

Le texte est tiré de l’œuvre de Marc Favreau, comédien québécois qui avait popularisé le personnage de Sol, clown des temps modernes qui disserte sur le monde à sa façon, bringuebalante et emberlificotée.

Thomas Drelon dans "J’ai huit ans et je m’appelle Jean Rochefort".
Thomas Drelon dans "J’ai huit ans et je m’appelle Jean Rochefort". Midi Libre

5. Rosalie dans la peau de Jean Rochefort

C’est un roman qui a donné envie à Thomas Drelon d’adapter au théâtre J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort, d’Adèle Frugère. Il incarne les personnages que les gosses et les comédiens s’inventent. Drelon campe Rosalie, ses copains d’école, son grand-père et Jean Rochefort avec un tact, un art du jeu, une drôlerie et une sensibilité épatantes.

Cédric Chapuis dans "Une vie sur mesure".
Cédric Chapuis dans "Une vie sur mesure". LAURENCE DESMOULIN

6. Cédric Chapuis, le rythme dans la peau

Cédric Chapuis est aussi bon comédien qu’il est bon musicien. Avec Une vie sur mesure, il embarque le spectateur dans ses souvenirs d’enfance… Il n’a alors, lui le cancre moqué, qu’une idée en tête : les notes et les sons. "Autiste" ? Non, "artiste". Il récupère le gramophone de mamie et ses disques de jazz, joue sur des barils de lessive, batterie de fortune avant que ses parents lui en achètent une d’occasion. Dans la peau d’un Pierrot – tout de blanc vêtu – que d’aucuns prennent pour un nigaud, Cédric Chapuis convoque sa belle âme de minot. On vous le conseille en famille.

Jean-Jacques Vanier dans "A la recherche de la Recherche".
Jean-Jacques Vanier dans "A la recherche de la Recherche". Midi Libre

7. Jean-Jacques Vanier, loufoque dans l’âme

Jean-Jacques Vanier joue de l’absurde pas si bête depuis bientôt 40 ans. Il a fait son premier festival d’Avignon en 1989. Cette fois-ci, avec À la recherche de La Recherche, il s’attaque à… Marcel Proust et son temps perdu. Son spectacle mêle les souffrances du jeune Marcel et les jupes des filles que le jeune Jean-Jacques soulevait. Il convoque un chauffeur de bus. Des passagers qui hurlent.

Le public aussi, de rire. C’est au théâtre du Petit chien (10 h, relâches les 14 et 21 juillet). Jean-Jacques Vanier présente aussi un pot-pourri de sketches et d’extraits de spectacles, forcément plus décousu, intitulé Et c’est tant mieux, à L’oriflamme (14 h 30, relâches les 16 et 23 juillet).

Bernard Crombey, dans Monsieur Motobécane.
Bernard Crombey, dans Monsieur Motobécane. Midi Libre

8. Plongée dans la paysannerie française

Dans Monsieur Motobécane, Bernard Crombey campe un idiot du village soupçonné de pédophilie. On est tenu en haleine du début à la fin, au fil d’une langue picarde à couper au couteau. On navigue entre l’incarnation et le conte, à la limite du malaise.

Elya Birman, dans Les travailleurs de la mer.
Elya Birman, dans Les travailleurs de la mer. PHILIP FLATAU

9. Les mots maritimes de Victor

Des 700 pages du roman Les travailleurs de la mer, Elya Birman tire un seul en scène d’une heure quinze efficace et sensible : Gilliatt, un pêcheur solitaire et marginalisé de Guernesey, aime une jeune femme, Déruchette, en secret. Un navire s’échoue. Déruchette est prête à épouser celui qui sauvera l’épave. Gilliatt va s’y atteler corps et âme, contre vents et marées, dans le froid et la faim. "L’épuisement des forces n’épuise pas la volonté", écrit Hugo.

Les Épis noirs créent à Avignon la pièce 2789.
Les Épis noirs créent à Avignon la pièce 2789. GRIZZLIX

10. La nouvelle moisson des Épis noirs

Pierre Lericq est un être à part, chef de bande fort et fragile, auteur, metteur en scène et comédien, pilier avec Manon Andersen de la troupe des Épis noirs, qui ravit le festival off depuis trois décennies. Avec 2789, il convoque l’histoire de France depuis la Révolution française, en même temps qu’il fait sa propre révolution intérieure, sa catharsis personnelle et théâtrale. Et qu’il exhorte à l’utopie et l’amour. Le spectacle, en création à Avignon, doit encore s’affiner mais l’esprit ébouriffant des Épis souffle encore, sur fond de chansons entraînantes et d’humour décalé.