Face aux tarifs douaniers américains, les entreprises québécoises…
Alors que les nouveaux droits de douane américains menacent de fragiliser davantage les entreprises québécoises, plusieurs organisations du milieu estiment que les programmes d’aide annoncés par Québec ne suffi...
Alors que les nouveaux droits de douane américains menacent de fragiliser davantage les entreprises québécoises, plusieurs organisations du milieu estiment que les programmes d’aide annoncés par Québec ne suffiront pas et appellent le gouvernement à envisager davantage de mesures.
« Les mesures d’aide, ça ne peut pas être des prêts, parce que quand vous n’avez plus de liquidités pour payer vos clients, vos fournisseurs, vous n’avez pas davantage de capacité d’endettement », a soutenu Véronique Proulx, p.-d.g. de la Fédération des chambres du commerce du Québec (FCCQ), en entrevue avec Le Devoir. « Ça ne suffit pas, ça prend vraiment de l’argent non remboursable. »
La première ministre québécoise, Christine Fréchette, a déjà annoncé samedi deux programmes d’aide, sous forme de prêts, destinés aux entreprises touchées par les nouveaux tarifs douaniers américains de 50 %, qui concernent quelque 28 milliards $ de marchandises canadiennes.
Le premier programme, FORCE, s’adresse aux firmes du secteur manufacturier et primaire dont le chiffre d’affaires atteint plus de deux millions de dollars et qui sont touchées par des tarifs douaniers de 25 % et plus. Un moratoire de 24 mois sera instauré sur le remboursement du prêt, et 12 mois seront exempts d’intérêts.
Les petites et moyennes entreprises (PME) pourront quant à elles obtenir des prêts pouvant atteindre 150 000 $, associés à un moratoire de 12 mois sur le remboursement. Ce deuxième programme sera géré par les municipalités régionales de comté (MRC).
« Il va falloir aller plus loin, ce ne sera certainement pas suffisant », a insisté Mme Proulx.
Mesures d’aide
Même son de cloche du côté de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).
La FCEI salue la rapidité de la réaction du gouvernement québécois, mais se montre « préoccupée » par la forme des aides financières annoncées. « Lorsqu’une entreprise perd brutalement des revenus, une dette supplémentaire ne remplace pas des ventes perdues », a déclaré François Vincent, son vice-président pour le Québec, qui s’inquiète aussi des critères d’admissibilité des programmes.
« Dans un monde idéal, ça aurait été des sommes non remboursables », a déclaré pour sa part Francis Prévost, directeur des affaires publiques et gouvernementales de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), en entrevue avec Le Devoir. « Mais on doit quand même souligner que les modalités des prêts sont quand même très favorables aux entreprises manufacturières. »
La FCEI et la FCCQ demandent davantage de mesure d’allègement pour les entreprises. Mme Proulx a évoqué des mesures similaires à celles mises en place pendant la pandémie de la COVID-19, principalement par Ottawa, telles que des subventions salariales et des allègements fiscaux. La FCEI estime que les PME ont aussi besoin « de liquidités immédiates, d’allégements fiscaux et d’une réduction de la paperasserie afin de traverser cette période d’instabilité ».
M. Prévost a affirmé de son côté que « toutes mesures » pour venir en aide aux entreprises manufacturières, qui sont « en ligne de front de la guerre commerciale », sont « les bienvenues » et que les subventions salariales, entre autres, « font partie des demandes ».
En point de presse à Mirabel pour annoncer la candidature de Marjolaine Ferron, Christine Fréchette a affirmé être prête à « ajuster » les programmes d’aide en cas de besoin. « Si la situation qui est vécue par les PME au Québec est trop distincte de l’approche qu’on prend pour les aider, on va rectifier le tir », a-t-elle assuré.
Perte d’emploi
Le Québec est la deuxième province, après la Colombie-Britannique, à être la plus touchée par cette nouvelle salve de tarifs douaniers. Selon Statistique Canada, plus de 10 % de ses exportations vers les États-Unis sont exposées à ces droits de douane, qui viennent s’ajouter à ceux qui étaient déjà en vigueur.
Selon Trevor Tombe, professeur d’économie à l’Université de Calgary et chercheur principal à l’Institut Macdonald-Laurier, les nouveaux droits de douane américains pourraient coûter près de 90 000 emplois au pays, dont 18 000 au Québec.
La FCCQ estime de son côté que les entreprises envisagent d’abolir en moyenne 38 postes au cours des six prochains mois, selon un sondage réalisé auprès de ses membres il y a deux semaines.
L’annonce de contre-tarifs canadiens est un « double choc pour les Québécois » et pourrait aggraver la situation des entreprises, soutient Véronique Proulx. « Avec des tarifs sur les importations américaines peut-être que nos fabricants pourraient se retourner vers les fournisseurs locaux, mais souvent il n’y a pas d’alternative au Canada », a-t-elle fait valoir.
Francis Prévost a dit de son côté « comprendre le levier de négociations que le gouvernement du Canada veut aller chercher ». « Par contre, ce qu’on demande, c’est de faire attention à ne pas nuire au secteur manufacturier avec des contre-tarifs, donc évidemment d’accompagner tout ça de mesures d’aide », a-t-il précisé.
En plus des détails entourant la riposte canadienne, Mark Carney devrait annoncer dans les prochains jours des mesures pour aider les industries les plus lourdement touchées par les nouveaux tarifs douaniers imposés par Washington. « Dès lundi ou mardi au plus tard, ça nous prend une annonce claire sur les aides qui seront faites », a insisté Véronique Proulx de la FCCQ.