Seul contre tous, Gianni Infantino retire son projet mercantile pour la Coupe du monde
Sport 01/08/2026 07:27 Visé par des menaces de boycott du Mondial et des appels à la démission, le patron de la Fifa a retiré son projet controversé d’ouverture aux investisseurs privés. ...
Sport 01/08/2026 07:27
Visé par des menaces de boycott du Mondial et des appels à la démission, le patron de la Fifa a retiré son projet controversé d’ouverture aux investisseurs privés.
Par Paul Guyonnet avec AFP

CHARLY TRIBALLEAU / AFP
Face à la grogne du monde du football, Gianni Infantino retire son projet mercantile pour la Coupe du monde.
Sa position n’était plus tenable. Alors que les critiques s’étaient multipliées ces derniers jours, de l’UEFA qui était prête à boycotter le Mondial au Premier ministre britannique Andy Burnham qui appelait à sa démission, le patron de la Fifa Gianni Infantino a renoncé ce samedi 1er août à son projet d’ouverture de l’instance à des investisseurs privés. Un plan ébauché unilatéralement et qui faisait craindre une marchandisation encore plus poussée du football, le tout sur fond de soupçons de conflit d’intérêt.
« Après avoir écouté attentivement tous les points de vue, il est devenu clair que le projet a créé des divisions (...) qui ne sont plus dans l’intérêt de l’objectif initial », a reconnu dans un communiqué Gianni Infantino, par ailleurs fragilisé après la toute récente démission de son bras droit, Carlos Cordeiro. « Notre but a toujours été, et sera toujours, d’unir et de progresser. La proposition ne sera donc pas retenue », a annoncé le dirigeant.
Présenté mardi à la surprise générale, après des fuites dans la presse britannique, le plan de la Fifa, qui visait à porter à dix milliards de dollars le financement du développement du football dans les quatre prochaines années, était vivement critiqué sur le fond comme sur la forme.
Gianni Infantino entendait créer une société commerciale - la Fifa Forward Entreprise (FFE) - ouverte aux investisseurs privés qui aurait été chargée de gérer les activités mercantiles et événementielles de l’instance du football mondial. En clair, des entreprises privées auraient pu entrer au capital et donc jouer un rôle intéressé dans l’avenir, entre autres, de la Coupe du monde. Beaucoup s’inquiétaient de voir les compétitions, et le football en général, dénaturés encore un peu plus.
« Le futur du football mondial doit toujours être organisé autour des consultations appropriées, du dialogue collectif et du respect pour les structures de gouvernance de notre sport », a réagi dans un communiqué le président de la Confédération asiatique (AFC), Shaikh Salman. Se félicitant du retrait, il a appelé à faire preuve de « transparence » à l’avenir pour tout autre initiative d’une telle ampleur.
« Nous nous réjouissons du fait que l’unité de toutes les confédérations et fédérations ait été privilégiée dans l’intérêt du football », a écrit sur X la Fédération de football mexicaine.
Boycott de l’UEFA, fronde de la Concacaf et de l’AFC
L’idée avait suscité une levée de bouclier, surtout de la très puissante UEFA, qui réunit 55 fédérations européennes et compte dans ses rangs sept des dix derniers champions du monde. Elle avait menacé jeudi, « à l’unanimité », de ne pas participer aux prochaines compétitions de la Fifa, y compris le Mondial et la Coupe du monde des clubs, si l’association n’abandonnait pas le projet.
La Concacaf, composée de 41 fédérations d’Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes, avait de son côté « rejeté la proposition ». L’AFC lui avait emboîté le pas vendredi, déplorant l’absence du « large consensus » nécessaire sans toutefois aller jusqu’à appeler au boycott.
Les confédérations africaine et océanienne se sont montrées moins critiques, appelant leurs associations membres à « examiner » et à « évaluer » le projet, quand la Conmebol sud-américaine a demandé des précisions, appelant à « placer toujours le football au-dessus de tout autre intérêt ».
« Si l’on vend les joyaux du football à des investisseurs privés, on vend également une partie de ce sport - et surtout son âme », avait commenté sur X l’ancien président de l’instance, Sepp Blatter, qui s’était déjà montré trè critique des décisions prises par la Fifa durant le Mondial 2026 comme du comportement de Gianni Infantino, toujours plus proche de Donald Trump.
Infantino vise sa réélection dans sept mois
Avec le projet de Gianni Infantino, la Fifa voulait lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars en cédant des parts de la FFE à des privés, qui seraient selon elle restés minoritaires, jusqu’à 20 %. Parmi les potentiels investisseurs, les détracteurs du plan avaient repéré le fonds d’investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère du gendre de Donald Trump, Jared Kushner. D’où les soupçons de connivencence entre le président des États-Unis et celui de l’instance.
Si le projet avait vu le jour, chacune des 211 fédérations membres de la Fifa aurait pu recevoir une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars début 2027 et voir passer sa dotation sur la période 2027-2030 de 8 à 20 millions de dollars. « C’est une forme de chantage », avait estimé vendredi la présidente de la Fédération norvégienne Lise Klaveness, affirmant que la Fifa « n’avait pas besoin de cet argent ».
La Fifa avait donné jusqu’au 19 septembre à ses membres pour se prononcer, selon une lettre de Gianni Infantino aux 211 fédérations révélée par plusieurs médias. L’UEFA avait dénoncé un « ultimatum » et de la « gouvernance par la peur ». Ce calendrier très court s’expliquait aussi par les échéances électorales à venir pour Gianni Infantino, en course pour sa propre succession au mois de mars 2027. Un scrutin dont il est pour l’instant le seul candidat déclaré.