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Ex-Soulier d’or de notre province, Melody Laurent vient de subir trois ans et demi de dialyse et une greffe de rein: “C’est grâce au foot que j’ai pu tenir debout”

Originaire de Musson, Melody Laurent avait inauguré le palmarès du Soulier d'or provincial féminin en 2011. Quinze ans plus tard, après trois ans et demi de dialyse et une greffe de rein, elle a toujours faim de ballon rond.

"On m'a détecté une insuffisance rénale en 2017. J'avais déjà des problèmes depuis quelques années, les jambes qui gonflaient. J'ai suivi divers traitements jusqu'en 2022, rien n'y a fait. Jusqu'à ce qu'on me dise qu'il fallait passer par une dialyse pour éviter le pire. Un choc. Vous n'imaginez à quel point c'est difficile à entendre. J'ai encore passé les fêtes et en janvier 2023, j'ai commencé."

Melody Laurent n'élude rien. Ses craintes, ses douleurs, ses moments de joie aussi et ce football qu'elle adore tant et qui lui a sans doute permis de mieux affronter l'épreuve à laquelle le destin l'a confrontée. À 36 ans, cette joueuse originaire de Musson, sœur aînée de l'ancien joueur de Meix Alexandre Laurent, s'apprête à fêter ses trente années de ballon rond. Du moins, elle l'espère. Si la greffe de rein qu'elle a subie début juin l'autorise à refouler ces pelouses qu'elle a quittées depuis lors. Du moins en partie, puisque l'ancienne joueuse de Musson, de la JA et de Mamer, aujourd'hui à Differdange, a endossé la panoplie de T2 en attendant de pouvoir cumuler cette fonction avec celle d'arrière centrale, qu'elle exerce depuis qu'elle a usé ses premiers crampons.

"Les deux premiers mois qui ont suivi la greffe se sont bien passés, précise-t-elle. Le rein a fonctionné directement. Mais depuis lors, j'ai quelques soucis avec les médicaments, je ne suis pas encore totalement guérie, je ressens les mêmes symptômes que ceux qui suivaient mes séances de dialyse, j'espère que les choses iront en s'améliorant. Si je suis optimiste ? Disons que dans ma tête, c'est du 50-50, mais la passion est intacte. Le sport m'a beaucoup aidée jusqu'ici, c'est grâce au foot que j'ai pu tenir debout."

Joueuse de caractère, leader dans l'âme – "même toute jeune, quand je jouais avec les garçons, j'arrivais déjà à m'affirmer" –, il lui en a fallu du courage pour cumuler football, travail (comme commercial pour un concessionnaire auto) et dialyse pendant trois ans et demi, dans l'attente d'un donneur. "Trois séances par semaine, de plus de 3 h chacune, détaille-t-elle. Les lundis, mercredis et vendredis. Au début, c'était à 11 h du matin, mais l'horaire ne convenait pas à mon employeur. J'y allais donc à 6 h puis j'enchaînais avec le boulot et le foot certains soirs. Parfois, je ne ressentais rien, mais cela m'a souvent causé des migraines. Pourtant, je n'ai raté qu'un minimum d'entraînements."

"J'aurais parfois dû souffler"

Et c'est le plus souvent en silence qu'elle a souffert sur les terrains, puisque seules quelques personnes de son équipe étaient dans la confidence. "J'ai beaucoup caché ça, je ne voulais pas ramener mes problèmes dans le vestiaire, mais j'ai forcément averti mes entraîneurs puisque j'étais susceptible de déclarer forfait une fois ou l'autre. J'ai souvent ressenti de la fatigue, j'aurais parfois dû souffler et je pense d'ailleurs que c'est ce qui m'a valu une déchirure la saison passée, mais d'un autre côté, cela me faisait tellement de bien de pouvoir jouer."

Championne de P1 avec le Racing Jeunesse Arlonaise, deux fois lauréate de la Coupe provinciale avec la même équipe, approchée par le Standard lorsqu'elle était jeune, partie à Mamer en 2016, à Differdange depuis 2024, Melody Laurent aura collectionné les places d'honneur parmi l'élite grand-ducale. Plusieurs fois vice-championne et finaliste de la Coupe, toujours devancée par l'indétrônable RFCU Luxembourg, elle s'épanche avec un enthousiasme intact sur ses presque trois décennies en crampons. "Je ne sais pas trop ce qui m'a amenée au foot, dit-elle. Mes parents n'étaient pas très sportifs, mes deux sœurs aînées pratiquaient d'autres disciplines. J'imagine que j'ai dû être attirée par ce sport dans la cour de récré. À 7 ans, j'ai commencé à Musson. J'ai arrêté le foot en prairie pendant deux ans pour jouer en salle avec l'Olympic Arlon qui aura été à la base de l'équipe féminine de la Jeunesse Arlonaise. Quitter l'équipe du chef-lieu aura été un crève-cœur, à tel point que j'ai différé mon départ d'un an quand j'ai vu combien cela décevait mes équipières. Mais je voulais aller chercher quelque chose de nouveau et des raisons privées m'incitaient à partir aussi. Mamer, ce fut une superbe expérience également, si j'excepte l'ultime saison. Nous avons eu trois coaches cette année-là. J'adorais le premier et ses entraînements. Son seul défaut, c'était d'être un peu trop introverti, ce qui a créé un fossé entre lui et l'équipe. Il a préféré se retirer. Nous avions une équipe très unie, son successeur s'est chargé de la désunir… J'ai préféré rejoindre Differdange ensuite."

"Je n'arrêterai pas le sport"

Très attachée à l'esprit d'équipe, aux valeurs humaines qu'elle véhicule, Melody a aussi quitté son travail peu avant son opération. "Je n'étais plus en accord avec ma direction, j'en ai bavé quand j'ai commencé ma dialyse."

Depuis lors, elle n'a pas repris d'emploi. Sous certificat médical, elle attend de se remettre parfaitement de sa greffe pour se relancer dans sa vie professionnelle, comme sur les pelouses. "Même si je ne peux plus jouer au foot, je n'arrêterai pas le sport, termine-t-elle. J'aime trop ça. Et j'ai commencé à passer mes diplômes pour entraîner. En septembre, j'ai entamé la session pour l'UEFA-B."

La mélodie est loin d'être achevée.

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