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France-Maroc : Pegasus, Sahara et affaires à 15 milliards | Le Revenu

Malgré le scandale d’espionnage Pegasus visant des ministres français, Paris et Rabat relancent un partenariat stratégique de 15 milliards d'euros. Analyse d’un pragmatisme économique assumé.

Le 7 juillet 2026, la visite de Sébastien Lecornu à Rabat, accompagné de douze ministres, a marqué une étape décisive : la préparation d'un traité bilatéral inédit entre la France et un État hors Union européenne. Une réconciliation spectaculaire, alors même que le téléphone du ministre français faisait partie, cinq ans plus tôt, des appareils compromis par le logiciel espion Pegasus, une opération attribuée au royaume marocain par plusieurs enquêtes internationales.

Le choix de la souveraineté économique

L’affaire Pegasus avait glacé les relations diplomatiques. Pourtant, face aux enjeux géopolitiques et financiers, Paris et Rabat ont fait le choix d'un « compartimentage » strict. D'un côté, l'instruction judiciaire suit son cours en France ; de l'autre, la diplomatie économique reprend ses droits.

Ce réchauffement s'est accéléré après le tournant diplomatique du 30 juillet 2024, lorsque la France a officiellement reconnu le plan d'autonomie marocain comme seule base de résolution pour le Sahara occidental. Dans la foulée, plus de 10 milliards d'euros d'accords d’investissement ont été annoncés. Mais au-delà des contrats d'annonce, quelle est la réalité du poids économique entre les deux nations ?

Des liens industriels et financiers indéfectibles

En 2025, les échanges de marchandises entre la France et le Maroc ont atteint un record historique de 15,1 milliards d'euros. Si le solde commercial reste modeste pour la France (+340 millions d'euros), c'est sur le terrain de l'investissement direct que se situe le véritable ancrage.

La France demeure le premier investisseur étranger au Maroc, avec un stock de 15 milliards d'euros représentant plus du quart des investissements directs étrangers (IDE) dans le pays. Près de 1 160 filiales françaises y sont implantées, employant plus de 150 000 personnes dans des secteurs clés : aéronautique, automobile, banque ou énergie. À l’inverse, le Maroc s’appuie largement sur les devises de sa diaspora en France (3,3 milliards d'euros en 2023) et sur les touristes français, qui génèrent près d'un tiers des recettes touristiques du royaume.

La diplomatie du réel

Au-delà des chiffres, la France attend une coopération renforcée sur les questions migratoires (délivrance de laissez-passer consulaires) et sécuritaires (lutte contre le terrorisme et le narcotrafic). Le Maroc représente également un point d'ancrage stratégique pour Paris sur le continent africain.

En décidant de dissocier les enquêtes judiciaires des flux d'affaires, la France et le Maroc démontrent que les intérêts stratégiques à long terme l'emportent sur les différends d'espionnage. Une démonstration de diplomatie du réel où les deux nations ont estimé qu'elles avaient trop à perdre en restant fâchées.

Retrouvez la vidéo complète sur la chaîne YouTube du Revenu.