Environnement. Incendies : après les flammes, l’urgence de reconstruire une France plus résistante
Plus jamais ça ? L’heure est encore à l’urgence en Gironde pour venir à bout d’un feu dantesque et secourir les sinistrés dont certains ont tout perdu. Pourtant, se pose déjà la question de l’après. « Nous reco...
Plus jamais ça ? L’heure est encore à l’urgence en Gironde pour venir à bout d’un feu dantesque et secourir les sinistrés dont certains ont tout perdu. Pourtant, se pose déjà la question de l’après. « Nous reconstruirons, nous réparerons et nous serons présents aussi longtemps qu’il le faudra », a promis le président de la République Emmanuel Macron, tandis que le ministère de la Transition écologique commence à plancher sur le plan France Forêt 2100.
Outre le Sud-Ouest dévasté, l’aménagement du pays tout entier (ou presque) est, en réalité, à repenser à l’aune de ce risque incendie qui s’intensifie avec la montée des températures. « Désormais, c’est un enjeu national qui demande à sortir de la gestion de crise pour aller vers la gestion du risque », a alerté sur France Inter la géographe Pauline Vilain-Carlotti. « La vitesse du dérèglement climatique nous oblige à repenser fondamentalement l’aménagement du territoire, ses paysages, ses cultures, son habitat », nous confie Antoine Denoix, PDG d’AXA Climate, la filiale de l’assureur spécialisée dans l’adaptation climatique.
La région des Landes et de la Gironde, touchée par deux incendies majeurs en quatre ans depuis 2022, s’impose désormais comme l’exemple parfait à ne plus reproduire (lire par ailleurs). « L’être humain a toujours façonné les paysages en fonction des enjeux du moment. Aux XVIIIe et XIXe siècles, la monoculture de pins maritimes dans les marécages des Landes a permis de sortir la population de la pauvreté. Aujourd’hui, il s’agit de faire face à ces nouveaux risques environnementaux pour que les territoires restent assurables », nuance Antoine Denoix.
En Gironde, « on a amené la ville dans la forêt »
« Quelque part on a amené la ville dans la forêt », explique la géographe Christine Bouisset pour expliquer le mégafeu difficile à éteindre en Gironde, pointant la diffusion de l’urbanisation « très massive sur cette zone située entre Bordeaux, le bassin d’Arcachon et l’océan ».
Et cette urbanisation s’est schématiquement développée de trois façons : un enchevêtrement de lotissements et de zones forestières autour du bassin d’Arcachon, des villas et des campings sous les pins, comme au Cap Ferret, et de gros villages qui se sont étalés le long des axes de communication dans les zones plus rurales d’où est parti le feu.
« Cette urbanisation multiplie les zones de contact entre la végétation, l’habitat et les infrastructures nécessaires pour la desserte et les services essentiels. C’est cela qui, au fond, crée le risque : à la fois pour les habitations et pour la forêt, car les départs de feu sont principalement issus des routes et des zones habitées. C’est cette situation qu’il aurait fallu absolument éviter et qu’il faudrait éviter de reproduire. »
« Pas de solution unique, miraculeuse »
Un consensus scientifique se dégage autour de mesures phares préconisées depuis plusieurs années. « Il n’existe pas de solution unique, miraculeuse, qui permettrait de tout régler sans efforts. C’est un ensemble de contributions à mettre en œuvre à différents niveaux : depuis "ma" maison jusqu’aux grandes orientations d’aménagement du territoire régional », résume la géographe Christine Bouisset, copilote d’une récente expertise du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) sur les villes face au risque incendies.
« Dans les régions particulièrement vulnérables, les communes doivent s’engager à réduire les zones de contact entre la végétation et les maisons, par la création d’une “zone tampon” », détaille-t-elle. « Au niveau du paysage, il faut mieux compartimenter la forêt en introduisant par exemple des zones d’activité agricole ou de pâturage afin de limiter les hectares de combustible en continu. Et concernant l’urbanisme, il est nécessaire de privilégier un habitat groupé et d’aménager un système de voiries permettant de faciliter les secours avec, par exemple, une route suffisamment large et la fin des impasses dans les lotissements. » Voici pour la philosophie générale. Avec, assurément, un curseur à moduler en fonction de la vulnérabilité des territoires.
La responsabilité de tous
La prévention « repose sur un équilibre entre responsabilité individuelle et action collective », notent les auteurs de l’étude du CNRS. « Pour que les habitants adoptent les mesures nécessaires, il faut qu’ils en comprennent le sens », préviennent-ils, relevant l’importance de la pédagogie. La volonté politique fait encore également trop souvent défaut.
À ce jour, moins de 300 communes sur les 7 000 exposées ont mis en place le plan de prévention des risques incendies (PPRIF). Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Comme les Landes et la Gironde, plusieurs des régions concernées ont développé une activité touristique, devenue vitale pour l’économie locale. Les campings seront-ils autorisés à renaître de leurs cendres à l’identique ? Le sujet - et celui plus général des infrastructures de vacances - sera également à prendre en compte dans les territoires dévastés par les flammes.
Plus 100 millions d’euros pour la résilience
Dans ce contexte, le bâti ne pourra pas faire l’économie de nouveaux critères de construction. « Le durcissement des constructions constitue un levier central de la prévention du risque incendie », souligne l’étude du CNRS. Le document promeut le choix de matériaux incombustibles (béton, pierre, terre cuite) autant pour les toitures que pour les murs. « Une maison avec des volets (même en bois) sera aussi mieux protégée que sans. En revanche, dans les zones à haut risque, il est impératif de renoncer à tous les autres équipements annexes en bois à proximité immédiate (terrasses, pergola, cabane de jardin) et au PVC (gouttières surtout) qui sont autant de vecteurs de transmission du feu », complète Christine Bouisset. Elle défend des améliorations concrètes parfois peu coûteuses (enlever les aiguilles de pin des gouttières, par exemple).
L’étalement urbain et la dissémination des maisons dans les zones végétalisées rendent les villes plus vulnérables à la propagation du feu. Photo Caroline Blumberg/Sipa
Car dans cette bataille contre le feu qui se fait plus aiguë, l’argent reste bien le nerf de la guerre au moment où les caisses de l’État sont aussi « cramées ». À moins que l’année calcinée de 2026, avec ses plus de 116 000 hectares partis en fumée depuis le 1er janvier, ne fasse bouger les lignes. La Banque des Territoires vient d’ailleurs de mobiliser une enveloppe de crédits de 105 millions d’euros afin de renforcer la résilience des territoires face au risque d’incendies forestiers.
« C’est une première et nous sommes en train d’identifier une dizaine de territoires pilotes prioritaires - notamment ceux affectés par les incendies de cet été - qui seront choisis d’ici au mois de septembre », souligne son directeur, Antoine Saintoyant. Concrètement, l’institution entend « soutenir des projets de long terme, comme, précisément, la création de zones tampons ou l’aménagement de pistes d’accès et l’installation de citernes dans les massifs forestiers. »