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Environnement. Face à la prolifération des cyanobactéries : « Il faut continuer à cohabiter avec elles »

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Pour Luc Brient, cyanobactériologiste, auteur du livre Les cyanobactéries d’eaux douces (AFL, 2021), ingénieur qui a travaillé à l’université de Rennes I, la solution à long terme passe par un suivi sanitaire.

Propos recueillis par O.O. -

Aujourd’hui à 07:40

La présence de cyanobactéries peut donner à l’eau cette teinte verte très caractéristique. Ici dans le port de plaisance de Saverne, en Alsace. Photo EBRA/DNA/Olivia Kouassi
La présence de cyanobactéries peut donner à l’eau cette teinte verte très caractéristique. Ici dans le port de plaisance de Saverne, en Alsace. Photo EBRA/DNA/Olivia Kouassi
Comment se débarrasser des cyanobactéries, qui prolifèrent en été dans les plans d'eau et rivières ?

« Nous n’avons pas vraiment intérêt à nous en débarrasser. Les cyanobactéries sont présentes depuis trois millions d’années, il faut plutôt continuer à cohabiter avec elles. On ne connaît leur problématique de toxines et leurs conséquences que depuis quelques décennies. Il est plus facile de surveiller les cyanobactéries planctoniques présentes dans la colonne d’eau que les benthiques qui sont fixées et donc plus coriaces. La solution à long terme passe par un suivi sanitaire en contrôlant la présence de cyanobactéries et leurs toxines. Il faut aussi gérer l’eau en fonction des utilisations (baignade, activités nautiques sur l’eau, eau potable…). »

Luc Brient, ingénieur, auteur du livre Les cyanobactéries d'eau douce. Photo DR

Luc Brient, ingénieur, auteur du livre Les cyanobactéries d'eau douce. Photo DR

Des traitements curatifs ont-ils été testés pour éliminer les toxines de cyanobactéries sur un plan d’eau ?

« Il y a plus d’un siècle, les Américains et les Russes avaient expérimenté une méthode drastique : le sulfate de cuivre. La technique était très efficace. Le problème, c’est que le cuivre subsiste dans les plans d’eau et devient toxique pour l’ensemble des organismes vivants, c’est donc une catastrophe. Les ultrasons ou encore l’aération des lacs ou rivières ne sont pas assez efficaces. On utilise et on préconise l’utilisation du peroxyde d’hydrogène sur de petits plans d’eau d’environ une vingtaine d’hectares. Cela demande un suivi sanitaire hebdomadaire, même minime, pour intervenir dès l’apparition de toxines de cyanobactéries, car leur accumulation rendrait le traitement plus délicat. Cette action chimique va stopper leur croissance. Les nutriments vont donc être disponibles pour d’autres groupes d’algues, qui vont pouvoir se développer au détriment des cyanobactéries.

Après l’opération, la zone de baignade est fermée 24 à 48 heures, on surveille la réaction de l’eau à l’oxydant versé et on effectue des contrôles sanitaires. En testant cette méthode, on a réussi à maintenir la baignade sur trois plans d’eau (à La Ferté-Bernard, aux Sables-d’Olonne et dans un parc d’attractions en Vendée) pendant six ans. Pour l’heure, on n’a pas observé d’effets secondaires liés à cette utilisation du peroxyde d’hydrogène. »

D’autres choix, plus naturels sont-ils possibles ?

« On peut essayer d’enlever tout le phosphore stocké dans le plan d’eau, mais la solution est impossible à réaliser malgré les actions entreprises sur les bassins-versants depuis de nombreuses années. L’autre méthode, c’est de laisser la nature se réguler toute seule. Mais il faudra arriver à descendre sous le seuil d’autorisation de baignade en eau douce fixé par les Agences régionales de santé : 0,3 microgramme par litre de microcystines, soit le taux le plus restrictif d’Europe. Les études de toxicologie ont amené à définir cette limite car il existe des risques de perturbation des cellules de reproduction chez l’homme et les enfants en cas de baignade au-delà de ce seuil, comme l’a expliqué l’Anses. »

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