Environnement. Comment les rats invasifs bouleversent la vie des récifs coralliens
En réduisant les populations d’oiseaux marins, les rats introduits sur les iles tropicales coupent un précieux apport en nutriment aux récifs coralliens. Une étude montre que ce phénomène perturbe indirectement l’équilibre des écosystèmes marins.
Quel est le lien entre les rats invasifs et les récifs coralliens ? Une nouvelle étude scientifique publiée dans la revue Ecology, révèle que cette espèce peut indirectement modifier les écosystèmes marins.
Introduits il y a plusieurs siècles sur de nombreuses îles tropicales par les activités humaines, les rats invasifs sont connus pour leur impact dévastateur sur les oiseaux marins. Ils s’attaquent à leurs œufs, leurs poussins et parfois même aux adultes. Résultat : les populations de ces oiseaux s’effondrent. Un déclin qui n’a pas uniquement des conséquences sur les oiseaux, mais qui prive également les récifs d’une ressource en nutriments essentielle, explique Geo.
Les chercheurs de l’université de Lancaster et de l’université du Texas ont étudié l’archipel isolé des Chagos, dans l’océan Indien. Un terrain idéal, puisque certaines îles sont infestées de rats tandis que d’autres n’en accueillent aucun. Pour comprendre leur impact, les scientifiques se sont intéressés plus particulièrement à la cryptofaune, des minuscules organismes, presque invisibles, qui jouent un rôle clé dans l’écosystème des récifs coralliens.
Un manque de nutriments
En comparant les récifs, les différences sont considérables. Sur les îles où les rats sont absents, la densité d’oiseaux marins est 760 fois plus élevée. Leurs déjections, riches en nutriments, stimulent la production des récifs et favorisent certaines espèces de petits poissons. À l’inverse, lorsque ces apports diminuent, l’équilibre de la cryptofaune se transforme : certaines espèces régressent tandis que d’autres profitent de ces nouvelles conditions. Les récifs ne fonctionnent alors plus de la même manière.
« Contrairement à nos attentes, les conditions pauvres en nutriments créées par les rats n'affectent pas négativement tous les organismes des récifs. Les conséquences de la perte de nutriments ne sont pas uniformes. Il y a des gagnants et des perdants », explique Laura-Li Jeannot, autrice principale de l'étude et doctorante à l'université de Lancaster.
« La manière dont l'énergie circule dans les chaînes alimentaires est entièrement réorganisée. »
Ce phénomène n’est pas sans conséquence sur le réseau alimentaire des récifs. La cryptofaune étant la principale source de nourriture de nombreux poissons, elle représente également la première étape du transfert des nutriments vers les grands prédateurs. Ainsi, la présence des rats crée un effet domino : en éliminant les oiseaux marins, les rats modifient indirectement le fonctionnement même des récifs coralliens.
« Notre étude montre que le principal mode de transfert des nutriments apportés par les oiseaux marins vers le sommet de la chaîne alimentaire passe par les poissons, qui nourrissent aussi bien les prédateurs spécialisés que les carnivores plus généralistes. Ainsi, lorsque ces nutriments sont ajoutés ou retirés des écosystèmes, la manière dont l'énergie circule dans les chaînes alimentaires est entièrement réorganisée », souligne Laura-Li Jeannot.
Ces résultats montrent que protéger les oiseaux marins permet de préserver l’équilibre de tout un écosystème. Une preuve supplémentaire que la terre et la mer sont beaucoup plus liées qu’on ne l’imaginait.