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ENTRETIEN. “Le problème, c’est qu’on ne connaît pas encore les limites de la DZ Mafia”… Un expert criminel explique comment l’organisation s’étend en France

En menaçant de mort à plusieurs reprises le maire d'Alès, Christophe Rivenq, la DZ Mafia a franchit un nouveau cap. Davide Bermi, membre de l'association Crim'HALT et chercheur au Cnam, décrypte l'expansion du groupe criminel marseillais et ces nouvelles méthodes qui inquiètent les autorités.

l'essentiel En menaçant de mort à plusieurs reprises le maire d'Alès, Christophe Rivenq, la DZ Mafia a franchit un nouveau cap. Davide Bermi, membre de l'association Crim'HALT et chercheur au Cnam, décrypte l'expansion du groupe criminel marseillais et ces nouvelles méthodes qui inquiètent les autorités.

Le procès de plusieurs figures de la DZ Mafia à Aix-en-Provence, en avril dernier, a-t-il porté un coup d'arrêt à l'organisation ?

Davide Bermi : Ceux qui avancent cela sont très optimistes, d'autant que les faits étaient antérieurs à la création de l'orgnisation. Mettre des chefs en prison ne change pas forcément la donne. Beaucoup étaient déjà incarcérés et continuaient malgré tout à gérer le business. Le procès n'a d'ailleurs pas totalement éclairci le fonctionnement de l'organisation.

Davide Bremi, membre de Crim’HALT.
Davide Bremi, membre de Crim’HALT. DR

Comment la DZ Mafia s'est étendue jusqu'à Ales, et ailleurs en France, est y menacer de mort son maire ?

La DZ Mafia ne s'est jamais contentée de gérer Marseille. Dès le départ, elle a cherché à s'étendre vers d'autres villes, notamment Nîmes, mais aussi Lyon ou Rennes et ailleurs. Elle peut leur fournir des armes, mais surtout des hommes et une méthode pour structurer un point de deal, en échange d'un partage des bénéfices. Au début, beaucoup de groupes se revendiquaient de la DZ Mafia uniquement pour faire peur. Mais dans le cas précis d'Alès, je pense qu'il s'agit bien de l'organisation.

Les menaces de mort contre le maire d'Alès marquent-elles une nouvelle étape ?

Pour la première fois, on voit la DZ Mafia s'en prendre directement à la sphère politique pour protéger ses intérêts. C'est quelque chose de nouveau. Si l'organisation continue sur cette trajectoire et parvient, d'ici quelques années, à exercer une influence sur des maires ou d'autres responsables politiques, on pourra réellement commencer à parler de mafia.

Pourquoi revendiquer publiquement ces menaces ?

L'objectif est de faire peur et de montrer que l'organisation reste puissante.
Cette mise en scène s'inspire en partie des cartels sud-américains et mexicains. Je ne parlerais pas de "mexicanisation" dans les faits, parce que les échelles de morts sont incomparables, mais on retrouve certains codes de communication. 

Faut-il craindre un passage à l'acte contre un élu ou s'agit-il surtout d'une intimidation ?

Le problème, c'est qu'on ne connaît pas encore les limites de la DZ Mafia.
Les groupes criminels testent toujours jusqu'où ils peuvent aller, tant que cela leur est rentable. Je viens d'Italie, où pendant des décennies des magistrats, des policiers et d'autres représentants des institutions ont été assassinés. Cela n'a pas suffi. Il a fallu attendre 1992 et les assassinats des juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino pour provoquer un véritable sursaut populaire. La France doit tirer les leçons de cette expérience italienne et fixer une ligne rouge avant qu'il ne soit trop tard. 

L'État est-il aujourd'hui à la hauteur pour protéger ses concitoyens face au crime organisé ?

L'État français a pris du retard, mais il est encore temps de mettre en place des politiques plus courageuses. Il a commencé à le faire avec la loi narcotrafic, mais aussi avec le développement des saisies des biens des trafiquants. C'est le cœur de la bataille judiciaire. Depuis l'émergence de ce phénomène, la réponse a surtout été répressive. Cette réponse est indispensable, mais elle ne suffira pas. Il faut aussi une réponse sociale. Il faut également mettre en place un véritable statut de collaborateur de justice, avec une protection des familles. C'est souvent à partir de ce moment-là que les organisations criminelles commencent à s'effondrer. Face à des groupes aussi fermés et aussi codifiés, il faut des personnes de l'intérieur capables d'aider les enquêteurs à les décrypter.