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“Ensemble nous sommes plus forts” : le Canadien Mark Carney explique aux Européens comment il envisage l’alliance entre son pays et l’Union

Mark Carney superstar. La visite du Premier ministre canadien mercredi et jeudi au Parlement européen, à Strasbourg, n'a certes pas suscité le fol engouement que le retour sur scène de sa compatriote Céline Dio...

Mark Carney superstar. La visite du Premier ministre canadien mercredi et jeudi au Parlement européen, à Strasbourg, n'a certes pas suscité le fol engouement que le retour sur scène de sa compatriote Céline Dion, à Paris. Sa présence a cependant provoqué une effervescence certaine dans l'hémicycle, jeudi en fin de matinée. L'Allemande Terry Reintke, présidente du groupe des Verts, portait ainsi un maillot de hockey sur glace canadien et l'on a vu nombre d'eurodéputé(e)s se presser pour saluer Mark Carney ou lui demander un selfie, tandis qu'il se dirigeait vers le pupitre d'où il devait prononcer son discours.

La popularité dont jouit le chef du gouvernement canadien dans l'Union européenne (UE) doit beaucoup à la façon dont celui-ci s'est opposé au chantage commercial exercé par le président américain Donald Trump, en refusant de négocier un accord désavantageux pour son pays. Une tactique différente de celle adoptée par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen qui, à l'été 2025, a pour sa part accepté de parapher un accord douanier déséquilibré pour éviter que le conflit commercial transatlantique lancé par Washington ne dégénère.

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L'invention du "membre associé"

S'il n'a pas cité une seule fois le nom de Donald Trump dans son discours inspiré, ni évoqué explicitement les États-Unis, Mark Carney a insisté sur la nécessité de rapprocher le Canada et l'Union européenne, pour un renforcement mutuel de leur autonomie stratégique. Sa visite au Parlement européen se voulait une illustration de la volonté des deux parties d'approfondir leur relations. Mercredi, le Premier ministre canadien avait déjà été invité par Ursula von der Leyen à assister, au même endroit, au discours sur l'état de l'Union – honneur inédit pour un dirigeant d'un pays tiers. L'occasion pour lui d'entendre l'Allemande proposer d'offrir au Canada le statut de "membre associé" de l'Union européenne - une terminologie qui a surpris, dans les capitales européennes

Ce que recouvrirait ce concept, inexistant dans les traités européens, est pour l'heure imprécis. Le premier a l'avoir évoqué était le chancelier allemand Friedrich Merz, mais il pensait alors à l'Ukraine, engagée sur le long chemin de l'adhésion à l'UE. Cette voie est fermée au Canada et le pays nord-américain n'a de toute façon aucune ambition de l'emprunter.

De son côté, Mark Carney avait plaidé, le week-end dernier dans les colonnes du quotidien américain Wall Street Journal, pour l'établissement d'une "alliance unique" entre son pays et l'UE. "Ce qui est fondamental, c'est le fond" - sous-entendu : pas le nom - a confirmé le Canadien, jeudi, lors de la conférence de presse qui a suivi son discours.

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Le Canada accueille favorablement cette ambition, et je peux vous dire que les sondages montrent qu'une écrasante majorité de Canadiens soutient des liens beaucoup plus étroits avec l'Europe

Des affinités électives anciennes

L'Union et le Canada ne partent pas de zéro. Leurs affinités électives sont anciennes et se traduisent dans de nombreux domaines. Membre de l'Otan, comme vingt-trois des États membres de l'UE, le Canada participe à la "coalition des volontaires" qui appuie l'Ukraine, victime d'une guerre d'agression lancée par la Russie. Ottawa et l'UE ont également conclu un partenariat stratégique, qui permet aux entreprises canadiennes de participer au programme européen de réarmement Safe.

L'accord commercial et économique global passé entre l'UE et le Canada, plus connu sous l'acronyme anglophone Ceta, est "l'un des plus fructueux du monde", a souligné Mark Carney. Depuis son entrée en vigueur provisoire, en 2017, il a fait croître leurs échanges commerciaux de 75 %, en éliminant 98 % des droits de douane. Le Canada est d'ailleurs impatient que l'accord soit ratifié par les dix États membres de l'UE qui ne l'ont pas encore fait, dont la Belgique, la France ou l'Italie, pour qu'il soit pleinement d'application.

Plus fondamentalement, Européens et Canadiens soulignent qu'ils partagent et défendent des valeurs et des principes communs. "Nous voyons le monde avec les mêmes yeux", avait déclaré la veille Ursula von der Leyen. En janvier dernier, Mark Carney avait lancé un appel au Forum économique mondial de Davos pour une coopération accrue entre les puissances "moyennes" démocratiques. Il plaide pour que celles-ci s'unissent pour pouvoir résister aux tentatives de coercition des hégémons mondiaux, tels la Chine et les États-Unis.

Moins vulnérables, ensemble

"Le Canada et l'Europe devraient protéger leur autonomie stratégique en approfondissant leur collaboration dans l'ensemble des secteurs stratégiques, ce qui inclut les minéraux critiques, les capacités industrielles de défense, l'intelligence artificielle, la puissance de calcul, la sécurité énergétique, l'espace et les paiements", juge Mark Carney. Et de rappeler que leur trop grandes dépendances vis-à-vis d'États ou d'entreprises, pour ce qui touche à ces "capacités stratégiques" placent l'UE et le Canada dans une situation de vulnérabilité, fait observer Mark Carney. Ce qui les oblige à travailler de concert pour créer une "résilience collective".

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Dans la corbeille de la relation plus étroite, l'UE apporterait la puissance de son marché, ses capacités de recherche, son industrie manufacturière, sa puissance normative, son industrie de défense renaissante… Le Canada dispose pour sa part des ressources énergétiques abondantes (gaz naturel liquéfié et hydrogène) ; d'importants gisements de minéraux critiques, mais aussi de compétences de pointe en IA, dans quantique ; une position géographique stratégique qui ouvre sur l'Arctique, l'Atlantique et le Pacifique.

"Là où nos forces diffèrent, elles se complètent. Là où elles se recoupent, elles créent une véritable synergie", plaide le chef du gouvernement canadien. "Nous devrions miser sur nos forces respectives – consciemment, systématiquement et rapidement". Le message est reçu cinq sur cinq par les Européens. "Nous voulons élever les relations avec le Canada au plus haut niveau possible", avait affirmé mercredi Ursula von der Leyen.

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Là où nos forces diffèrent, elles se complètent. Là où elles se recoupent, elles créent une véritable synergie"

Quels seront les contours de l'alliance ?

Européens et Canadiens ont posé le même constat et visent les mêmes objectifs. Reste à voir comment y parvenir et à dessiner les contours de cette "alliance unique". Outre l'approfondissement des relations commerciales entre les deux parties, le Canada pourrait participer aux programmes de recherche Horizon et d'échanges d'étudiants Erasmus+, en versant son écot au budget européen. Par ailleurs, dans son discours sur l'état de l'Union, la présidente de la Commission a cité le Canada dans la liste des pays tiers qui, comme le Royaume-Uni et la Norvège, pourraient intégrer un "Conseil européen de sécurité".

Ce qui est clair, c'est qu'Ottawa n'a aucune intention de brader sa souveraineté, tandis que du côté de l'UE, on est soucieux de ne pas offrir au Canada un statut plus avantageux que celui d'un État membre.

Le contrat du partenariat reste à écrire. Le sommet Canada-UE qui se tiendra fin octobre à Montréal donnera aux deux parties l'occasion d'approfondir la discussion pour voir jusqu'où pourrait aller le rapprochement.

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