En sport comme en politique, les come-back réussis sont plutôt rares : pourquoi Roger Federer est peut-être plus sage que François Hollande
Si vous voulez vous délecter du plus beau point de la semaine en tennis, oubliez l’US Open qui se déroule en ce moment à New York, et tapez plutôt sur un moteur de recherche « Federer » et « Newport ». Vous y v...
Si vous voulez vous délecter du plus beau point de la semaine en tennis, oubliez l’US Open qui se déroule en ce moment à New York, et tapez plutôt sur un moteur de recherche « Federer » et « Newport ». Vous y verrez quatre légendes du jeu disputer un double sur le gazon immaculé du « Newport International tennis hall of fame », sur la côte Est des Etats-Unis. Roger Federer est associé à Stefan Edberg. John McEnroe et Lleyton Hewitt se trouvent de l’autre côté du court. Les cheveux aussi blancs que sa tenue, McEnroe pilonne Federer monté au filet. Alors que « Big Mac » pense enfin avoir trouvé l’ouverture, Roger nous ressort un « hot-shot » (coup spécial) comme au bon vieux temps : une lumineuse volée en revers croisé dans le dos qui conclut l’échange. McEnroe en jette sa raquette de rage tandis qu’Edberg se prosterne devant son partenaire.
Trois jours plus tôt, à New York, Federer avait déjà enchanté les 23 000 spectateurs d’un court Arthur-Ashe à guichets fermés pour un match exhibition contre Andy Roddick. Alors quatre ans après son dernier match officiel, aujourd’hui âgé de 45 ans, le vainqueur de vingt tournois du Grand Chelem a eu droit en conférence de presse à LA question : celle d’un éventuel retour sur le circuit officiel, pas forcément pour une nouvelle fournée de tournois, juste une « wild-card » (invitation) pour une dernière danse à Flushing Meadows, Wimbledon ou Paris ? « Non, non, non, non », a répondu Federer dans un grand sourire. « Je suis content que vous me le demandiez, comme ça, je peux clarifier les choses au cas où certains se poseraient la question. Il y a beaucoup trop d’obstacles et je suis trop occupé. J’ai déjà du mal à trouver du temps pour faire quelques exhibitions et mon corps est à bout » a détaillé l’heureux retraité.
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Pourvu qu’il ne change jamais d’avis ! À peine moins âgée que le Suisse, une autre légende du tennis, l’Américaine Serena Williams, 44 ans, trente-neuf tournois du Grand Chelem au palmarès, s’égare depuis trois mois dans un come-back aléatoire. Bien sûr, les foules d’adorateurs sont toujours là (guichets fermés à chaque match), les sponsors aussi (40 à 50 millions de dollars générés ces douze derniers mois par la cadette des sœurs Williams), mais qu’est-ce qu’une défaite au premier tour à Wimbledon contre Maya Joint, 20 ans, et même une victoire en double mixte avec Carlos Alcaraz, en huitième de finale de l’US Open (contre Erin Routliffe et Lloyd Glasspool), peuvent encore apporter à son immense prestige ? C’est sympa, distrayant, mais à peu près aussi utile et historique que son dernier post Instagram.
Charles de Gaulle, le Michael Jordan de la politique française
Les plus grandes stars du sport ne nous doivent rien. Elles font ce qu’elles veulent de leur corps et de leur carrière. Leur seule responsabilité consiste à ne pas abîmer la trace lumineuse qu’elles ont déjà laissée. En tennis, les come-back réussis sont rares. Le plus beau fut sûrement celui de la Belge Kim Clijsters qui a remporté trois tournois du Grand Chelem (deux US Open, un Open d’Australie) après plus de deux ans d’absence et une maternité. Björn Borg aurait en revanche mieux fait de remiser définitivement sa raquette en bois plutôt que de la ressortir sept ans après sa retraite (1984-1991) pour perdre douze matchs de suite.
Dans les autres sports aussi, il y a des exceptions : Michael Jordan (basket), George Foreman (boxe), Niki Lauda (F1) ou Michael Phelps (natation) ont réussi à être après avoir été. Mais pour rester fidèle jusqu’au bout à sa propre légende, il est encore plus simple d’arrêter à temps. Dans la série documentaire en six épisodes que Canal + lui consacre actuellement, Michel Platini explique pourquoi, à seulement 32 ans, il a résisté aux sirènes de l’Olympique de Marseille ou du FC Barcelone qui voulaient prolonger sa carrière de quelques années : « Tu sais que tu ne seras pas aussi bon qu’avant. Ça peut mal se terminer, alors j’arrête, c’est fini. »
Cette sagesse devrait aussi valoir pour la politique. Si le général de Gaulle a été une sorte de « Michael Jordan » de l’histoire de France avec son come-back exceptionnel de juin 1958, Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé ont remis les gants sans jamais retrouver l’étincelle. À François Hollande, grand amateur de sport, qui n’exclut pas de se présenter à la prochaine élection présidentielle de 2027, on conseillera plutôt de la jouer à la Federer. Un dernier revers croisé dans le dos et puis s’en va. Inutile d’encore repousser l’âge de la retraite. Pour l’ancien président « normal », désormais âgé de 72 ans, les chances de retrouver l’Élysée sont à peu près aussi certaines que celles de Serena Williams d’à nouveau remporter l’US Open.