En soutenant Philippe pour 2027, Darmanin met surtout l’accent sur ses faiblesses
Dans l’entretien qui annonce son soutien à l’ancien chef du gouvernement, le ministre de la Justice se fait bien plus pragmatique qu’enthousiaste. SAMEER AL-DOUMY / AFP En soutenant Philippe pour 20...
Dans l’entretien qui annonce son soutien à l’ancien chef du gouvernement, le ministre de la Justice se fait bien plus pragmatique qu’enthousiaste.

SAMEER AL-DOUMY / AFP
En soutenant Philippe pour 2027, Darmanin met surtout l’accent sur ses faiblesses
EN BREF
• Gérald Darmanin annonce son soutien à Édouard Philippe pour 2027, mais souligne ses faiblesses et divergences, notamment sur la réforme des retraites.
• Darmanin insiste sur sa « fibre sociale » et plaide pour un ticket Édouard Philippe • Xavier Bertrand pour séduire l’électorat populaire.
• Darmanin critique Philippe pour son manque de rassemblement et l’encourage à accepter la recomposition politique.
L’IA au HuffPost.
Ce sera lui, faute de mieux. Voilà ce qui transparaît de l’interview événement donnée par Gérald Darmanin à La Voix du Nord, dans laquelle il annonce son soutien à Édouard Philippe. Dans cet entretien publié ce mardi 18 août, le ministre de la Justice explique choisir le maire du Havre, par loyauté et pragmatisme, celui-ci étant le mieux placé dans le bloc central pour espérer succéder à Emmanuel Macron.
Mais à y regarder de plus près, ce soutien - qui est loin d’être une surprise - n’est absolument pas franc, ni massif, comme le veut la formule. Le nordiste, qui a caressé un temps l’espoir d’une candidature sur son nom, multiplie les petites piques ou points de désaccord majeur avec son champion. De quoi illustrer les faiblesses d’un début de campagne qui peine à enthousiasmer les foules.
Ainsi, Gérald Darmanin creuse encore davantage la fracture (réelle ou non) entre la droite dite sociale et populaire, qu’il souhaite porter sur ses épaules, et la droite « techno », libérale, supposément déconnectée, incarnée par Edouard Philippe. Autrement dit, la droite basket, contre celle des mocassins. Illustration avec un sujet de taille : la réforme des retraites.
Darmanin met en exergue ses « grandes différences »
Le ministre de la Justice fait effectivement le choix de parler, de lui-même, de ce sujet éruptif par essence. Et sans doute de la pire des manières pour Édouard Philippe. Dans cet entretien, Gérald Darmanin reprend effectivement la vieille proposition du maire du Havre quant à un âge de départ fixé à 67 ans, cette même idée (écartée depuis) que les philippistes essaient de gommer tant bien que mal pour ne pas plomber l’aventure de leur patron.
« Je garde de grandes différences » avec lui, commence d’emblée le locataire de la Place Vendôme. Et de dérouler, un peu plus tard : « Il faut être plus à l’écoute de la frustration sociale et des difficultés sociales de nos compatriotes. Je suis opposé à la retraite à 67 ans telle que l’a évoquée Edouard Philippe. On en a parlé. Il n’a pour l’instant pas changé d’avis. » Voilà donc les électeurs prévenus, s’ils avaient oublié cette petite confession lâchée par l’ancien Premier ministre à Challenges en octobre 2021, et nullement assumée depuis.
Dans ce même esprit, Gérald Darmanin insiste sur l’importance de sa « fibre sociale », comme pour contrebalancer l’image du maire du Havre. Au point d’imaginer un ticket avec Xavier Bertrand. « Je l’apprécie énormément. Il a une fibre sociale très importante. Je souhaite qu’il soutienne Édouard Phillippe et c’est d’ailleurs le bon duo », assure-t-il ainsi, en expliquant que le futur président ne pourra gouverner « sans l’électorat populaire. » Un électorat qui a fui la macronie, et qui, estime le garde des Sceaux sans le dire vraiment, ne peut être séduit par la campagne actuelle du normand, et ses propositions plus techniques que « massives. »
« Montrer ce qu’il va pouvoir apporter »
Sur la forme, ensuite, Gérald Darmanin reproche encore à son comparse de ne pas assez s’investir dans la logique du rassemblement. « Je l’appelle à faire l’effort », lance-t-il, avant de lui conseiller « d’écouter les critiques et d’accepter la recomposition politique. » Un peu comme en octobre 2023 ou en mai dernier, quand il doutait encore de son « envie » d’être président de la République, et de son « projet. »
Alors, à quoi joue le ministre de la Justice ? Est-ce sa méthode pour influer sur la campagne du Havrais ? À l’image de ses escarmouches adressées à Michel Barnier quand il était éjecté du gouvernement ? C’est ce que veulent croire les soutiens du candidat. « Darmanin appuie sur quelque chose pour montrer ce que derrière il va pouvoir apporter à la candidature d’Édouard », juge par exemple l’un d’entre eux dans Politico.
Drôle de manière, tout de même, que d’apporter son soutien à une personnalité dans la course élyséenne, mais en relevant surtout ses défauts, sans aucun bon point. Ou si peu. De fait, Gérald Darmanin ne cite aucun élément concret du programme dévoilé au compte-goutte par l’ancien chef du gouvernement. Car il veut tout revoir de la cave au plafond ? Dans la sphère politique, un adage affirme qu’il vaut mieux avoir Gérald Darmanin avec soi, que contre soi. Même en campagne ?
Pour le principal concerné, pas de doute, si l’on se fit à son message de remerciement ce mardi matin. Dans un texte publié sur les réseaux sociaux, Édouard Philippe prend soin de montrer qu’il a compris les messages de son ancien ministre, expliquant « partager son exigence. » Celle qui consiste à « préparer la France de demain en ne laissant personne sur le côté. Rassembler pour avancer. Servir la France en garantissant autorité de l’État, dignité et liberté individuelles et justice sociale. » Après les mots, il faudra des preuves pour transformer ces faiblesses en « complémentarité », comme l’espère le Havrais.