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En France, le RN mène une “guerre culturelle” à l’échelle municipale

Vu d’Allemagne. Au début de juin, le maire de Castres a annoncé déprogrammer la pièce “Passeport” d’Alexis Michalik, qui traite des enjeux de l’immigration. Pour le quotidien berlinois “Tageszeitung”, cett...

Vu d’Allemagne.

Au début de juin, le maire de Castres a annoncé déprogrammer la pièce “Passeport” d’Alexis Michalik, qui traite des enjeux de l’immigration. Pour le quotidien berlinois “Tageszeitung”, cette décision politique symbolique illustre la “guerre culturelle” menée par les élus locaux du Rassemblement national.

La déprogrammation de la pièce d’Alexis Michalik par le maire de Castres a été saluée par de nombreux partisans du Rassemblement national. Dessin de Vlahovic, Serbie.

La guerre culturelle se déroule également au niveau municipal en France. Annulations de festivals et suppressions de financements se multiplient dans les municipalités conquises par l’extrême droite en mars. Quatre-vingts villes de plus de 10 000 habitants se trouvent désormais entre les mains des extrémistes du Rassemblement national (RN). Et contrairement à ce qui se passe en Allemagne, le maire et le conseil municipal ont tout pouvoir sur la programmation culturelle de la commune en France.

Une polémique anti-dédiabolisation ?

Au sein du Rassemblement national, la déprogrammation de la pièce Passeport, d’Alexis Michalik, qui traite des enjeux de l’immigration, a été “largement applaudie”, indique la Süddeutsche Zeitung. Le quotidien allemand cite notamment ce “Bravo !” enthousiaste de Philippe Olivier, beau-frère et conseiller de Marine Le Pen, sur X. Mais ce n’est pas le cas de l’ensemble du parti, tempère Olivier Meiler, car la polémique suscitée par cette décision contrevient à la stratégie de “dédiabolisation” du RN.

Depuis l’annonce controversée du maire de Castres, début juin, la pièce d’Alexis Michalik a “trouvé refuge dans une autre ville du Tarn”, à proximité d’Albi, rapporte, de son côté, le Deutschlandfunk Kultur. Elle devrait y être jouée à la fin du mois de janvier 2027.

Or voilà qu’Alexis Michalik, dramaturge qui rencontre un grand succès dans le pays, se retrouve entraîné au cœur de cette guerre. Il y a trois ans, la FAZ [Frankfurter Allgemeine Zeitung, quotidien conservateur allemand] le considérait comme “l’homme de théâtre préféré de l’extrême droite”. Ce n’est pas le cas de Florian Azéma, 29 ans, le nouveau maire RN de Castres, sur les contreforts des Pyrénées. Cette star montante du parti a supprimé Passeport, la pièce de Michalik, de la programmation de la prochaine saison du théâtre municipal. Pourquoi ? Parce qu’il en avait le “droit”, a-t-il froidement fait savoir : il n’y avait pas de contrat.

Voire. Le Code civil français reconnaît les contrats oraux. Les représentations étaient prévues, validées et devaient commencer en février, déclare Michalik. “Elles figuraient même dans la brochure qui a été présentée officiellement.” Cela pourrait suffire comme preuve.

D’autres artistes pourraient “connaître le même sort”

Ce qui est plus important, c’est le fond de cette suppression : il s’agit clairement de bannir le sujet de l’immigration de la scène, du moins quand elle est envisagée de façon optimiste, digne d’un conte de fées, comme Michalik a choisi de le faire pour Passeport. Son personnage principal a fui l’Érythrée, est retrouvé à moitié mort et amnésique à côté du camp de réfugiés de Calais après avoir été tabassé. Son passeport indique qu’il s’appelle Issa.

Accompagné de deux réfugiés, un Tamoul et un Syrien, soutenu par un policier noir, il s’efforce d’obtenir un titre de séjour avec ce reste d’identité. La pièce frise parfois le kitsch, mais c’est peut-être sa facilité d’accès qui fait grimper aux rideaux l’extrême droite. Depuis sa première en 2024, elle remplit la salle du théâtre de la Renaissance de Paris, mais sept de ses cinquante dates de tournée ont été annulées avant les élections municipales.

Ces annulations ont été expressément justifiées par le fait que la pièce risquait de provoquer une “polémique inutile” et “instrumentalisait le sujet de l’immigration”. Voilà qui est intéressant : c’est également sous ce prétexte que d’autres œuvres ont été interdites - à commencer par Les Suppliantes d’Eschyle, la plus ancienne tragédie qui nous soit parvenue. Ce que Michalik poste est donc vrai : “Tous les artistes et dramaturges pourraient donc connaître le même sort demain.”

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Source de l’article

Die Tageszeitung (Berlin)

Le journal Tageszeitung, ou TAZ, est né en 1978 à Berlin-Ouest en réaction au terrorisme d’extrême gauche de la Fraction armée rouge (RAF). Se démarquant de la presse traditionnelle, il s’est imposé comme le quotidien de gauche des féministes, des écologistes et des pacifistes.

Le journal est partenaire du Monde diplomatique, dont il édite l’édition allemande.

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