En Arizona, un Boeing 747 de la NASA conserve depuis 2022 une immense ouverture dans son fuselage
Pourquoi un Boeing 747 exposé en Arizona conserve-t-il une ouverture béante dans son fuselage ? Derrière cette étrange cicatrice se cache SOFIA, un observatoire volant capable d’ouvrir sa carlingue dans la stratosphère pour scruter un Univers largement invisible depuis le sol.
Pourquoi un Boeing 747 exposé en Arizona conserve-t-il une ouverture béante dans son fuselage ? Derrière cette étrange cicatrice se cache SOFIA, un observatoire volant capable d’ouvrir sa carlingue dans la stratosphère pour scruter un Univers largement invisible depuis le sol.

À Tucson, un Boeing 747 expose encore la modification la plus folle de sa carrière
Sur le tarmac du Pima Air & Space Museum, à Tucson, un avion attire immédiatement le regard. Son fuselage arrière semble éventré. Pourtant, cette immense ouverture n’est pas due à un accident. Elle témoigne d’une mission scientifique menée par la NASA et l’agence spatiale allemande DLR.
Lire aussi Inédit : James-Webb détecte 3 trous noirs massifs dans une galaxie à 12,5 milliards d’années-lumièreLe Boeing 747SP N747NA a été profondément transformé pour accueillir un télescope de 2,7 mètres. Selon la NASA, l’instrument pesait plus de 17 tonnes. En vol, une gigantesque porte s’ouvrait dans la carlingue. Cette prouesse a nécessité de longues années d’essais aérodynamiques.
Pour voir l’Univers invisible, SOFIA devait littéralement grimper au-dessus de l’eau
La raison de cette transformation se trouve dans notre atmosphère. La vapeur d’eau bloque une grande partie du rayonnement infrarouge. Or, les astronomes utilisent ce rayonnement pour étudier de nombreux objets célestes. Les télescopes au sol restent donc limités pour ce type d’observation. SOFIA volait entre 11 600 et 13 700 mètres d’altitude. À cette hauteur, l’appareil se plaçait au-dessus de plus de 99 % de la vapeur d’eau atmosphérique.
Ainsi, son télescope pouvait observer un ciel beaucoup plus dégagé. Une fois en altitude, la porte s’ouvrait. L’instrument pouvait alors scruter les étoiles, les planètes et les galaxies. De plus, l’avion changeait facilement de région. SOFIA pouvait changer de continent pour suivre certains phénomènes célestes. Cette mobilité était impossible avec un observatoire installé au sol.
Lire aussi Avant Kourou, la France lançait ses fusées depuis le Sahara : l’histoire oubliée d’HammaguirCette liberté a produit des résultats étonnants. En 2019, SOFIA a détecté l’hydrure d’hélium dans l’espace. Cette molécule serait apparue peu après le Big Bang. Puis, en 2020, l’observatoire a confirmé la présence d’eau sur une zone éclairée de la Lune. Cette découverte intéresse directement les futures missions lunaires.
Malgré ses découvertes, le télescope volant est rattrapé par une équation très terrestre
L’aventure avait toutefois un adversaire bien concret : son coût. Le Decadal Survey Astro2020, publié par les National Academies américaines, a jugé la production scientifique de SOFIA trop faible au regard de ses dépenses annuelles. Le rapport estimait que l’observatoire volant mobilisait des ressources considérables, alors que ses résultats restaient moins nombreux que ceux d’autres grandes missions spatiales.
La décision est donc devenue inévitable. En avril 2022, la NASA et le DLR ont annoncé la fin du programme. SOFIA a réalisé sa dernière mission scientifique le 29 septembre 2022. Après huit années d’exploitation, l’appareil a cessé ses vols. Cependant, ses données restent disponibles pour les chercheurs.
Lire aussi Face aux -170 °C de la nuit lunaire, Firefly mise sur la chaleur nucléaire pour préserver ses appareilsSon dernier voyage vers l’Arizona a transformé une machine scientifique en pièce d’histoire
Après plusieurs années de départs depuis Palmdale, en Californie, l’appareil a repris l’air une dernière fois. Le 13 décembre 2022, il a rejoint Tucson. Il a alors intégré les collections du Pima Air & Space Museum. Le site présente aujourd’hui ce 747SP avec de nombreux avions historiques.
Son ouverture géante prend une autre dimension lorsqu’elle est observée de près. Elle ressemble d’abord à une blessure. Pourtant, elle raconte un défi d’ingénierie exceptionnel. Il fallait faire voler un avion modifié, tout en maintenant un télescope dirigé vers des objets très lointains.
SOFIA n’observe plus le ciel. Pourtant, son héritage scientifique continue. Les archives de la mission peuvent encore livrer de nouvelles informations. Sur le tarmac de Tucson, ce 747 au flanc ouvert rappelle alors une question essentielle : combien de machines jugées trop coûteuses révéleront encore leurs secrets demain ?
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