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En adaptant « Mémoire de fille » d’Annie Ernaux, Judith Godrèche affirme sa position de cinéaste féministe : à voir en salles dès ce mercredi 30 septembre

Judith Godrèche porte à l’écran « Mémoire de fille », un roman d’Annie Ernaux revenant sur cet été 1958 où elle s’est confrontée à un autre monde que le sien, tout en connaissant un premier rapport intime traumatisant avec un homme.

Lors du dernier Festival de Cannes, Mémoire de fille avait attiré l’attention, forcément. Présenté dans la section Un certain regard, le long-métrage signé Judith Godrèche, l’une des voix majeures du mouvement #MeToo dans le cinéma hexagonal, est une adaptation du roman autobiographique du même nom, sorti par Annie Ernaux en 2016.

Depuis, la Normande a décroché le Prix Nobel de littérature, en 2022, pour « le courage et l’acuité clinique avec laquelle elle met à découvert les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle ».

Ces sujets sont d’ailleurs la colonne vertébrale de Mémoire de fille. Judith Godrèche a choisi Tess Barthélémy, sa propre fille, pour incarner Annie Duchesne (le nom de naissance de l’écrivaine).

L’actrice de 21 ans remplit avec justesse et charisme sa part du contrat, en étant de presque tous les plans.

Pas de place pour le voyeurisme

Invitée à présenter son dernier ouvrage à Rouen, l’autrice replonge dans ses souvenirs. Ils la mènent à l’été 1958, quand elle quitte le foyer familial pour travailler comme monitrice dans une colonie de vacances, à 17 ans. Elle est alors brillante, un peu gauche, assez naïve et complexée par ses origines sociales. Autour d’elle, dans l’équipe d’animateurs, beaucoup de profils plus « parisiens », assurés et extravertis.

Annie est fascinée par H., le chef de la colo incarné par Victor Bonnel. C’est avec lui qu’elle connaîtra sa première expérience sexuelle. Le désir, la honte, le rejet, l’emprise et les « zones grises » du consentement marquent cette relation.

« Ce qui est très beau dans le livre, c’est ce dialogue entre le passé et le présent. Pour moi, il était important qu’on soit vraiment présents là, avec la fille de 1958, et non pas qu’on la voie à travers un regard porté sur le passé. Pour y arriver, il fallait aussi faire exister la femme de 2016 (jouée par Valérie Dreville, ndlr) », nous a expliqué Judith Godrèche.

Qui a attaché une importance particulière à la manière dont elle filmait les scènes de sexe, afin qu’il n’y ait « aucun voyeurisme ». « Je ne voulais laisser aucune place à l’érotisation, en restant tout le temps du point de vue du personnage principal. C’était vraiment une grammaire cinématographique chirurgicale ».

Mémoire de fille, de Judith Godrèche. Avec Tess Barthélémy, Valérie Dreville, Maïwène Barthélémy, Victor Bonnel. Drame. 1 h 57. Notre avis : 3/5.