thejournalofsierraleonestudies.com

“Elle mange par terre, elle dort à même le sol” : un couple de Moissac jugé pour maltraitance sur sa fillette de 11 ans, battue à coups de câble et de ceinture par son beau-père

Un couple mahorais 24 ans et 36 ans, installé à Moissac (Tarn-et-Garonne) avec ses deux enfants, a comparu libre ce vendredi 28 août 2026 devant le tribunal judiciaire de Montauban pour maltraitance, après un signalement du collège de la ville concernant des violences infligées par le beau-père à sa belle-fille de 11 ans.

l'essentiel Un couple mahorais 24 ans et 36 ans, installé à Moissac (Tarn-et-Garonne) avec ses deux enfants, a comparu libre ce vendredi 28 août 2026 devant le tribunal judiciaire de Montauban pour maltraitance, après un signalement du collège de la ville concernant des violences infligées par le beau-père à sa belle-fille de 11 ans.

Jogging gris, crâne rasé, peau mate : Mohamadi A., un Mahorais de 36 ans, entre dans le prétoire d'un pas qu'on devine hésitant. À ses côtés, son épouse, 24 ans, également originaire de Mayotte, foulard noir sur la tête, claquettes aux pieds, robe traditionnelle rouge pourpre épousant un physique très rond. Le couple comparaît libre, ce vendredi 28 août 2026, devant le tribunal judiciaire de Montauban (Tarn-et-Garonne). Une liberté rare pour une comparution immédiate, qui pèse déjà comme un premier signe dans la salle.

Le couple, sans emploi, vit à Moissac dans une grande précarité, avec deux enfants : un bébé d'environ 15 mois et une fillette de 11 ans. Ils sont poursuivis pour maltraitance, et le beau-père, en plus, pour des violences sur l'aînée.

C'est un signalement de la direction du collège François-Mitterand à Moissac qui a déclenché la procédure. « Khadija (le prénom a été modifié) s'est confiée à un professeur sur les violences de son beau-père qui la battrait avec des branches, un câble de téléphone et sa ceinture », rapporte la présidente Anne-Sophie Derens. 

La fillette a aussi raconté ses conditions de vie, spartiates. « Elle dit qu'elle mange par terre, qu'elle n'a pas de jouet et dort avec son matelas à même le sol », poursuit la présidente, évoquant l'absence de table et de chaise pour faire ses devoirs. Une situation face à laquelle la mère se serait montrée passive.

Quand la gendarmerie s'est rendue sur place, le tableau n'a rien arrangé : « Ils y ont vu le plus petit de la fratrie au sol en train de jouer avec des allumettes et des détritus », résume la juge, décrivant un appartement en grand désordre, meublé très sommairement. Les enfants ont depuis été placés à titre provisoire dans une famille d'accueil.

« C'est interdit de frapper les enfants en France ! »

À la barre, le beau-père lâche, la voix mal assurée : « Je reconnais les violences mais pas les dates. » Il dit avoir été « obligé » de corriger sa belle-fille, qui ne l'écoutait pas. La présidente le reprend aussitôt, sèche : « C'est interdit de frapper les enfants en France ! »

Lui se défend, maladroit : « Je voulais qu'elle diminue ses bêtises. Cela me faisait mal de la voir revenir avec des affaires trouées données par ses copines. » Son avocat, Me Hadrien Saez, tente une nuance : « Vous vous êtes investi pour les devoirs de votre belle-fille et vous ne faites pas de différence avec votre fils. »

La fillette, elle, se plaignait aussi d'être très sollicitée pour les tâches domestiques et contrainte aux prières nocturnes, disant se coucher trop tard et être fatiguée. La mère, une main posée sur son ventre rond, corrige : « Elle ne se couche pas tard pour les tâches domestiques, c'est parce que la dernière prière l'été est tardive. » « La prière, elle ne peut pas la faire plus tôt ? », insiste la présidente. Silence. Pas de réponse.

« Elle est frappée parce qu'elle ramène des objets qui heurtent l'ego de ses parents »

Le profil de la jeune femme, ex-enfant placée, arrivée en métropole en 2023 après avoir eu sa fillette à 13 ans dans des conditions restées floues, attendrit visiblement une partie de l'audience. Celui de son mari est plus sombre : sans travail, il a déjà été condamné à quatre reprises pour des délits routiers liés à l'alcool, et se trouve sous le coup d'un sursis probatoire.

« Elle est frappée parce qu'elle ramène des objets qui heurtent l'ego de ses parents qui ne peuvent les lui offrir », plaide Me Monnier, avocat ad hoc des enfants, dans un silence pesant.

Le substitut requiert 3 mois avec sursis contre la mère, 8 mois ferme dont 2 révoqués d'un sursis probatoire en cours contre le père. En défense, Mes Marine Carni et Hadrien Saez s'étonnent tous deux qu'une comparution immédiate ait été retenue pour de tels faits, et plaident la relaxe sur les maltraitances.

« Les conditions de vie à Mayotte ne sont pas les mêmes qu'en métropole, même les lois n'y sont pas les mêmes : la violence familiale est banalisée », plaide Me Carni. Me Saez, qui ne conteste pas les violences de son client, conteste en revanche les « violences institutionnalisées » évoquées par le ministère public, estimant que l'affaire se serait soldée par un simple stage devant le délégué du procureur si l'affaire Lyhanna n'était pas passée par là début juin.

Le tribunal entend ces arguments et relaxe les deux parents sur les maltraitances. Seules les violences du beau-père sont retenues, condamnées à 8 mois ferme. Il ressort pourtant libre de la salle d'audience : le tribunal laisse au juge de l'application des peines le soin de décider d'un aménagement.