Elia veut investir 8 milliards dans le réseau électrique : la Creg met en garde
Elia, le gestionnaire du réseau électrique haute tension, a rédigé un projet de plan d'investissement portant sur la période 2028-2038. L'entreprise réalise cet important exercice tous les quatre ans.Le projet ...
Elia, le gestionnaire du réseau électrique haute tension, a rédigé un projet de plan d'investissement portant sur la période 2028-2038. L'entreprise réalise cet important exercice tous les quatre ans.
Le projet comprend de nombreux investissements dans le réseau haute tension : la Boucle du Hainaut, la connexion de nouveaux parcs éoliens en mer du Nord avec le réseau terrestre, le renforcement des interconnexions avec la France et les Pays-Bas… Il y a aussi des renforcements en vue d'amener davantage d'électricité sur les réseaux de distribution d'électricité (Ores, Resa, Fluvius…).
Au total, le projet de plan d'investissement a été chiffré à 24 milliards d'euros par Elia. Mais certains investissements ont déjà été approuvés par les gouvernements précédents. Les nouveaux investissements, soumis à l'approbation de l'Arizona, représentent plutôt un coût de 8 milliards d'euros. Le processus d'approbation prévoit une validation finale du plan, par le ministre de l'Énergie Mathieu Bihet (MR), d'ici mai 2027.
Les investissements d'Elia sont financés via les factures d'électricité des entreprises et des ménages. C'est ce qui explique pourquoi la Creg, le régulateur fédéral du secteur de l'énergie, est amenée à rendre un avis non contraignant.
Selon les calculs de la Creg, les investissements contenus dans le projet d'Elia pourraient faire augmenter significativement les tarifs de transport d'électricité. Le régulateur évoque une augmentation de 50 à 60 % sur la période 2028-2031, puis une nouvelle hausse de 40 à 50 % sur la période tarifaire suivante.
Elia fait les frais des inquiétudes sur ses futurs investissementsActuellement, les tarifs de transport coûtent environ 80 euros par an aux ménages (pour une consommation moyenne de 3,5 MWh). Si ces tarifs augmentaient effectivement de 60 % puis de 50 %, cela représenterait un surcoût annuel de 112 euros sur une facture moyenne d'électricité (les tarifs de transport passeraient de 80 à 192 euros par an). Mais on n'en est pas encore là.
Ceci dit, la Creg ne remet pas en cause la nécessité d'investir dans le réseau haute tension. En effet, ces investissements doivent permettre d'accueillir davantage de production d'électricité renouvelable (photovoltaïque et éolienne), de voitures électriques, de pompes à chaleur et d'industries qui électrifient leurs procédés de production.
Lors d'une audition à la Chambre, ce mardi, Laurent Jacquet, directeur à la Creg, a toutefois alerté sur le fait qu'Elia ne devait pas investir trop rapidement dans son réseau. Selon lui, Elia a tendance à surestimer la vitesse de l'électrification de la société alors que "la consommation d'électricité stagne". Or renforcer trop rapidement le réseau, alors que la demande d'électricité ne suit pas, serait néfaste, selon lui.
Elia, de son côté, estime que son projet pourrait faire baisser les prix de gros de l'électricité de 15 euros par MWh. Cela s'explique par le fait que notre pays pourrait importer davantage d'électricité bon marché depuis l'étranger. Cette baisse des prix représenterait une économie de 52,5 euros par an, pour une facture moyenne d'électricité. Pour un ménage, la baisse du prix de l'électron ne compenserait donc pas la hausse des tarifs de transport.
Mauvaise nouvelle pour les ménages : le gestionnaire du réseau à haute tension Elia envisage de relever ses redevancesNéanmoins, certains bénéfices ne sont pas pris en compte dans le chiffrage d'Elia. Par exemple, le fait que ces investissements permettront à des entreprises d'accéder à une connexion électrique (ce qui n'aurait pas été possible sans un renforcement du réseau). Elia prend les Pays-Bas comme exemple à ne pas suivre, alors que ce pays connaît de gros problèmes d'accès au réseau électrique.
De son côté, Mathieu Bihet estime "qu'un renforcement massif du réseau électrique" est nécessaire. Mais il précise qu'il faudra être "extrêmement attentif aux analyses coût/bénéfice et aux choix techniques qui sont posés".
Quid du nucléaire ?
Selon Elia, son projet permettrait à notre pays d'accueillir plusieurs technologies de production d'électricité (centrales nucléaires, centrales au gaz…).
À Doel, il serait ainsi possible d'accueillir 3,5 GW de capacités nucléaires, au total. Cela représente 2,5 GW supplémentaires, par rapport à la situation actuelle (Doel 4).
À Tihange, il serait possible d'accueillir 2 GW de capacités nucléaires, au total. Cela représente seulement 1 GW supplémentaire, par rapport à la situation actuelle (Tihange 3). En outre, la capacité d'accueil sera limitée à 1 GW de nucléaire jusqu'en 2032/2033.
La Banque européenne d'investissement octroie un prêt d'un milliard d'euros à EliaDans la région de Liège, il serait possible d'installer 500 MW de capacités nucléaires à Chertal. Il s'agit donc d'une petite capacité nucléaire. Selon Elia, on pourrait monter à 1,5 GW de puissance nucléaire mais uniquement si de nouvelles industries s'implantaient sur place pour consommer l'électricité produite.
Enfin, il serait aussi possible d'installer de petites capacités nucléaires dans le Hainaut et dans la région de Gand.
Elia ne plaide pas en faveur du nucléaire et précise que d'autres technologies de production d'électricité pourraient être installées.
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