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Éducation. Blocage des lycées : sans annonce du gouvernement, le spectre de l’enlisement

Sébastien Lecornu a pris la parole mercredi soir pour tenter de sortir de la tourmente. Mais sans nouvelle mesure en faveur des lycéens, le mouvement risque de reprendre de l’ampleur.

« La parole lycéenne est précieuse et doit être entendue », postait sur X le Premier ministre, Sébastien Lecornu, mercredi matin. En fin d’après-midi, lors de son allocution à Matignon, il ajoutait : « Nul ne peut être indifférent aux angoisses » des lycéens.

Pourtant, il n’a annoncé aucune nouvelle mesure en faveur des jeunes, rappelant simplement les cinq chantiers lancés par le gouvernement. Elles donneront lieu à des décisions « dès la fin du mois » comme il s’y était engagé. Sébastien Lecornu a aussi renvoyé au débat le budget de l’Éducation nationale, qui aura lieu le 12 novembre à l’Assemblée nationale. Un budget « en hausse de 1,2 milliard d’euros » a-t-il souligné. Il n’a pas non plus répondu à la demande lancée par les représentants lycéens et étudiants d’être reçu à Matignon.

Pas d’annonce pour apaiser la colère des lycéens, mais des mesures sur les prix de l’électricité et en faveur des agriculteurs : Lecornu veut-il éviter la convergence des luttes le 17 octobre ? L’exécutif craint la coagulation des colères, alors que des parents, des enseignants ou des représentants de la Confédération paysanne avaient rejoint mardi les lycéens. Un ministre se demande d’ailleurs pourquoi le Premier ministre « fait lui-même la convergence des luttes avant même qu’elle n’ait commencé », prenant ainsi le risque de dramatiser la situation.

Sans mesure pour les lycées, le risque de voir la crise s’enliser grandit, et ce malgré un relatif répit mercredi : 459 établissements ont connu une suspension totale ou partielle des cours (276 totalement, 183 partiellement), contre 891 mardi, a indiqué le ministère, ajoutant que « les actions et perturbations » concernaient 232 établissements, contre 496 mardi.

Les lycéens s’apprêtent à poursuivre leurs actions jeudi à travers une nouvelle manifestation.  Photo Sipa /Thibault Camus
Les lycéens s’apprêtent à poursuivre leurs actions jeudi à travers une nouvelle manifestation. Photo Sipa /Thibault Camus

Des gestes d’apaisement…

Le gouvernement est-il coincé ? Répondre à la myriade de revendications de ce mouvement loin d’être uniforme n’est pas simple et demande du temps ? À la veille de cet « acte IV », le gouvernement a pourtant multiplié les gestes d’apaisement à l’attention de jeunes. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l’usage des grenades assourdissantes « tant que la lumière n’a pas été faite » sur celle qui a blessé un adolescent de 15 ans à Lens (Pas-de-Calais).

Mardi a ouvert la plateforme de doléances destinée aux lycéens dont les premiers chiffres indiquent que 40 000 personnes s’en sont saisies en 24 heures, selon le Premier ministre. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a plaidé pour organiser des demi-journées « banalisées », sans cours dans les lycées pour permettre aux élèves et personnels de faire remonter leurs difficultés. Mais l’idée est déjà critiquée avant même d’avoir été appliquée : Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne, y voit une « tentative de museler le débat, de noyer le poisson et de gagner du temps ». Les ministres « ne prennent pas au sérieux » les élèves, juge Clara (prénom modifié), en seconde au lycée Condorcet à Paris. Devant son établissement bloqué, elle estime que ces temps d‘échanges ne seront « intéressants » que s’ils débouchent sur « des mesures concrètes ». Le principal syndicat des chefs d’établissement, le SNPDEN-Unsa, refuse même de mettre en place cette journée et exige d’être reçu, avec des élèves, par le président Emmanuel Macron.

… Insuffisants ?

Les lycéens, qui ont défilé massivement mardi, s’apprêtent à poursuivre leurs actions jeudi à travers une nouvelle manifestation. Le mouvement pourrait reprendre de l’ampleur, plusieurs syndicats de l’Éducation nationale - le Snes-FSU, la CGT, FO et Sud - ayant appelé à une journée de grève et de manifestations en soutien à la mobilisation des lycéens.

Le mouvement progresse dans les campus : L’Union étudiante recense « plus de 80 campus bloqués » ce mercredi, soit 20 de plus que mardi. « On ne va rien arrêter », a affirmé sa porte-parole, Sabrine Kharbach. L’intersyndicale de l’Enseignement supérieur a, quant à elle, quitté mercredi une réunion avec le ministre Philippe Baptiste, pour protester contre un budget pour 2027 qu’elle juge insuffisant et pour signifier son soutien avec le mouvement étudiant et lycéen.

Le mouvement pas près de s’essouffler ? Il bénéficie du soutien d’une majorité des Français : 55 % d’entre eux approuvent la mobilisation, 26 % déclarent la soutenir et 29 % expriment de la sympathie pour celle-ci, selon un sondage Elabe pour BFMTV paru mercredi.