thejournalofsierraleonestudies.com

Édouard Leclerc : le manoir de la Haye, sa retraite bretonne loin des hypermarchés

Édouard Leclerc est mort le 17 septembre 2012, à l'âge de 85 ans, dans le manoir de la Haye, à Saint-Divy, dans le Finistère. Quatorze ans après sa disparition, cette demeure du XVIIe siècle reste indissociable...

Édouard Leclerc est mort le 17 septembre 2012, à l'âge de 85 ans, dans le manoir de la Haye, à Saint-Divy, dans le Finistère. Quatorze ans après sa disparition, cette demeure du XVIIe siècle reste indissociable du fondateur de la grande distribution française, qui y a passé les dernières décennies de sa vie, loin de l'agitation de ses centres commerciaux.

Devenu l'un des hommes d'affaires les plus influents de sa génération, l'épicier de Landerneau avait pourtant choisi, pour sa vie privée, un cadre radicalement opposé à l'univers qu'il avait bâti : un domaine boisé et silencieux, à des kilomètres de tout hypermarché.

Tout avait pourtant commencé bien plus modestement. En 1949, avec un capital de seulement 5 000 francs, Édouard Leclerc ouvre sa première épicerie dans la cuisine de sa maison de Landerneau. En cassant les prix grâce à un approvisionnement direct auprès des producteurs, il invente une méthode qui deviendra, quelques années plus tard, le Mouvement E.Leclerc, aujourd'hui première enseigne française de distribution.

Une demeure acquise loin du tumulte commercial

C'est en 1966 qu'Édouard Leclerc rachète le manoir de la Haye, en pleine expansion de son Mouvement commercial. Il en fait, avec son épouse Hélène, sa résidence principale, un choix de vie assumé alors même que son empire de la distribution ne cesse de grandir dans toute la France.

Le domaine, situé entre Brest et Landerneau, s'étend sur plusieurs hectares de bois, d'étangs et de prairies. L'accès s'y fait par une succession de grilles et de chemins encaissés, traversant une forêt de hêtres et de chênes avant d'atteindre le bâtiment principal. Un cadre pensé pour la tranquillité, à mille lieues des allées d'hypermarché.

Le couple y vit jusqu'à leurs décès respectifs, Édouard en 2012 puis Hélène en 2019. Pendant près d'un demi-siècle, ce manoir reste leur véritable refuge, loin des projecteurs et des conflits commerciaux qui ont pourtant rythmé toute la carrière du fondateur d'E.Leclerc.

Une architecture sobre, héritée du XVIIe siècle

Le manoir de la Haye présente une architecture typique des maisons de maître bretonnes : un logis rectangulaire en granit, organisé sur plusieurs niveaux, avec une façade régulière à six travées. Une sobriété assumée, sans ornementation ostentatoire, qui tranche avec l'image du grand patron qu'était devenu Édouard Leclerc.

Le domaine comprend aussi une chapelle datée de 1716, surmontée d'un clocher ajouré encore visible depuis le parc. Inscrit aux Monuments historiques depuis 1977, l'ensemble témoigne d'une histoire bien plus ancienne que celle des Leclerc, puisque le manoir remonte au XVIIe siècle, succédant lui-même à un édifice médiéval.

Avant d'appartenir à la famille Leclerc, le domaine avait connu plusieurs propriétaires successifs, à commencer par la famille de Penfeunteniou, qui fait construire le château actuel à la place d'un ancien manoir gothique. Le site conserve d'ailleurs les vestiges d'une enceinte elliptique et d'un donjon carré datant du Moyen Âge, preuve d'une occupation bien antérieure à l'arrivée des Leclerc.

Le parc, structuré autour de bois et d'étangs, doit beaucoup à Hélène Leclerc, qui l'a redessiné avec soin au fil des décennies. À l'intérieur, la maison a longtemps abrité une importante collection d'art liturgique amassée par le couple, avant d'être progressivement vidée de ses objets religieux, aujourd'hui exposés à Landerneau.

Un lieu devenu patrimonial plus que familial

Depuis la disparition du couple, l'usage du manoir a profondément évolué. La collection d'art liturgique a rejoint le couvent des Capucins de Landerneau, siège du Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la culture, créé par le couple en 2011 pour accueillir de grandes expositions d'art contemporain.

Son fils Michel-Édouard Leclerc résume aujourd'hui la place particulière qu'occupe encore ce lieu pour la famille. « Vous voyez, chez nous, le mot "famille" n'est pas envahissant. On n'a pas besoin de l'inscrire dans la pierre », confiait-il, alors que les héritiers lui préfèrent désormais d'autres résidences pour leurs séjours privés

Le manoir de la Haye reste néanmoins la propriété de la famille, et symbolise encore aujourd'hui l'attachement profond d'Édouard Leclerc à sa Bretagne natale. Un attachement qui, malgré un empire commercial devenu national puis international, ne l'aura jamais quitté jusqu'à sa mort, survenue dans ce même manoir, loin de tout hypermarché.

Sur le même sujet