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Économie. Aide de 100 euros aux gros rouleurs : « Le montant n’est pas à la hauteur du surcoût »

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Pour l’économiste Philippe Moati, l’aide aux gros rouleurs est bien ciblée, mais son montant et ses modalités d’accès sont trop restreints pour calmer la colère des Français qui subissent la crise des carburants.

Propos recueillis par Antoine Ajavon -

Aujourd’hui à 19:15 | mis à jour aujourd’hui à 20:59

Philippe Moati, économiste, cofondateur de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo).  Photo DR
Philippe Moati, économiste, cofondateur de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo).  Photo DR
Plusieurs millions de Français éligibles à l’aide de 100 euros pour les gros rouleurs ne l’ont pas récupérée. Comment l’expliquez-vous ?

« Défaut d’information, complexité, l’idée que peut-être on n’est pas éligible… Par ailleurs,100 euros, ce n’est déjà pas loin du prix d’un plein aujourd’hui. Si vous avez une voiture un peu conséquente, le montant n’est pas à la hauteur du surcoût que ça représente. »

Selon vous, quel type d’aide serait le plus à même de calmer la colère grandissante, au-delà d’une augmentation du montant ?

« Évidemment, si vous rasez gratos, tout le monde va applaudir. Mais on est dans un contexte budgétaire particulier. Le gouvernement n’a plus les moyens de venir au secours des Français qui subissent les conséquences de cette crise, de manière large et significative. Je trouve même assez curieux qu’on ait des responsables politiques qui parlent de réduire la TVA, parce que c’est un coût considérable qu’on peut difficilement se permettre, alors qu’on cherche des milliards. Surtout, c’est une mesure aveugle, ça concerne tout le monde. On n’a pas les moyens d’arroser large. Dans le contexte actuel, il faut cibler ce genre d’aide sur ceux qui en ont vraiment besoin. Les gros rouleurs, ça me paraît être un bon concept : la combinaison d’une mobilité automobile contrainte et d’un niveau de revenu assez modeste. C’est ceux-là qu’il faut aider et peut-être au-delà des 100 euros, mais j’ai bien conscience que les caisses sont vides. »

Le prix des carburants augmente régulièrement depuis plusieurs mois. Pourquoi les appels plus ou moins formels à la mobilisation se multiplient aujourd’hui ?

« C’est simple, on s’attendait à ce que ça ne dure pas, on a même eu des espoirs en juillet lorsqu’un protocole d’accord de paix avait été signé entre les États-Unis et l’Iran. Là, on comprend que ça va durer et on atteint des niveaux incroyables. Dans certaines stations, le gasoil est à 2,50 euros. Quand on franchit ce seuil psychologique, ça fait extrêmement mal. Prendre un mauvais coup pendant un mois, deux mois, trois mois… Ça passe encore. Mais quand c’est durable et que tous les mois, ça obère le budget des Français, ça devient problématique. »

Le fait que le gouvernement se refuse à taxer davantage les grosses fortunes et les géants pétroliers contribue-t-il à alimenter un ressentiment au sein de la population ?

« Oui, un peu. On a une chance par rapport à l‘épisode gilets jaunes, c’est que la cause de l’augmentation du prix des carburants est exogène. Tout le monde l’a bien compris, ce n’est pas la faute au gouvernement. On reproche au gouvernement de ne pas aider suffisamment, mais pas d‘être responsable du phénomène qui crée le mécontentement. Maintenant, comme les temps sont durs, quelqu’un va bien devoir payer les milliards que le gouvernement cherche. Quand on est dans ces épisodes de sacrifice, il faut qu’on ait le sentiment que l’effort est bien réparti. Ce n’est pas en plumant les quelques riches qu’on va résoudre le problème, mais au moins sur un plan symbolique, ça peut calmer un peu le jeu de montrer que ceux qu’on associe aux élites économiques et politiques sont mis à contribution autant que les modestes. »

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