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Duran Duran sera à Bruxelles le 26 octobre 2026 : “Il y a 45 ans, la presse musicale britannique ne nous prenait pas au sérieux”

Les fans des années 80 se souviennent de ce groupe britannique aux sonorités glamour et pop. Duran Duran repart en tournée en cette fin 2026 et passera par l'ING Arena de Bruxelles le 26 octobre.

Duran Duran a marqué tout une génération dans les années 80 avec sa musique pop rock et new wave. En 45 ans de carrière, le groupe issu de Birmingham a vendu pas moins de 100 millions de disques à travers le monde. Après le Sportpaleis d'Anvers en 2025, il est de retour en Belgique, à Bruxelles, cette fois.

Avec pour seule nouveauté un remix du single "Free to Love" paru au printemps dernier, Duran Duran a donné ce 2 octobre 2026 à Oslo le coup d'envoi d'une tournée européenne d'une quinzaine de dates. Réalisé en collaboration avec Nile Rodgers (Chic), "Free to Love" rappelle à quel point Duran Duran s'est toujours inscrit à contre-courant de son époque, répondant aux inquiétudes du monde moderne par l'hédonisme et le glamour.

13 ans après, le groupe Duran Duran de retour en Belgique pour un concert au Sportpaleis d'Anvers (vidéo)

"Nous avons toujours voulu échapper au monde extérieur"

"Nous avons toujours voulu échapper au monde extérieur", nous confie en exclusivité John Taylor, 66 ans, bassiste et membre fondateur du groupe aux 100 millions de disques vendus. "Cette chanson, c'est un peu le disco des années 2020. Un morceau groovy qui parle d'aimer plutôt que de haïr. Un hymne à la liberté."

À la sortie de votre premier single "Planet Earth" en 1981, votre chanteur Simon Le Bon déclarait que Duran Duran était "le groupe sur lequel on danse quand les bombes tombent". Est-ce toujours vrai ?

John Taylor – Il faut replacer cette punchline de Simon dans son contexte. Au début des années 80, la guerre froide battait encore son plein. il y avait une course sans fin aux missiles, des manifs devant les bases militaires améri­caines en Europe… Musicalement, on baignait dans le post-punk, le gothique et le rock américain. D'un côté, Bruce Springsteen montait sur scène en jean. De l'autre côté, tous ces groupes alternatifs s'habillaient en noir. Duran Duran prenait le contre-pied avec des couleurs, du glamour, du champagne et des top models dans les clips. En lançant ce slogan provocateur, Simon montrait qu'on arrivait avec une autre proposition artistique. C'était un acte militant. Et j'approuvais. Aujourd'hui, je n'utiliserais plus cette formule. La menace est plus pesante. À vrai dire, si les bombes se mettaient à tomber, je ­préférerais être dans un bunker.

John Taylor, bassiste et membre fondateur de Duran Duran.
©Belga MAGO/justpictures.ch

Vous vous produisez sur scène depuis 45 ans. Qu'est-ce qui différencie, selon vous, un "bon concert" de Duran Duran d'un "excellent concert" ?

J'ai la chance de ne pas être blasé et de pouvoir encore faire la distinction. Au cours d'un concert, il peut y avoir une vingtaine de signaux à ­surveiller. Quand ils passent tous au vert, c'est magique. Avant même de brancher ma basse, j'observe la salle. S'il y a des sièges vides devant ou sur les côtés, ce n'est jamais bon pour le moral. Des jeunes aux premiers rangs, par contre, c'est motivant. Puis viennent les questions techniques. Ma basse est-elle bien accordée ? Est-ce que j'entends correctement mes potes dans l'oreillette ? Le son est-il bon dans la salle ? Vous attaquez le premier morceau, vous vous connectez aux visages, à la musique, à l'ambiance. Et puis vous passez au suivant. Un concert, c'est comme une épreuve sportive. Vous cherchez à être au meilleur niveau, à battre un record. Et, comme en sport, il y a certaines choses que vous pouvez ­contrôler et d'autres qui vous échappent.

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Vous surprenez-vous encore avec une ligne de basse que vous avez jouée des milliers de fois ?

Oui. "Rio", "The Reflex" ou encore "Girls on Film" font partie de mes chansons préférées en live. Parfois, je me dis : "Ah, tu as réussi quelque chose de spécial là-dessus". Mais l'inverse arrive aussi : "Putain, John, tu joues ce truc depuis tant d'années et tu viens de te planter. Tu pourrais au moins t'appliquer."

Duran Duran a donné son tout premier concert européen le 7 septembre 1981 à l'Ancienne Belgique, à Bruxelles. À quoi pensait le jeune John Taylor ?

Notre premier album, "Duran Duran", est sorti au début de l'été 1981. Nous étions originaires de ­Birmingham, pas de Londres ou de Manchester. La presse musicale britannique n'a rien vu venir et ne nous prenait pas au sérieux. Nous étions des ­outsiders, jeunes et ambitieux. On rêvait de l'Amérique… Cette première date européenne, ce fut comme une épiphanie. Arriver à Bruxelles, monter sur la scène de l'Ancienne ­Belgique, voir que le public chantait les paroles de "Planet Earth" et "Girls on film"… C'était dingue. Il n'y avait plus de frontières, plus de barrière de ­langue. Ce soir-là, nous avons compris qu'on pouvait faire voyager notre musique en voyageant nous-mêmes.

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Synthétiseurs analogiques, sampling, autotune, IA : vous avez tout connu. Question cliché : c'était mieux avant ?

Ce n'était ni mieux ni moins bien. C'était différent. Duran Duran a toujours été fasciné par la modernité. En studio, on a utilisé des boîtes à rythmes, des synthés, du Fairlight (une machine qui permet d'échantillonner numériquement des sons – NDLR) ou du Synclavier… Mais on jouait aussi de nos ­instruments. Quand nous faisions appel à des ­producteurs de renom pour réaliser nos albums, leur rôle consistait à mettre en valeur nos personnalités. Aujourd'hui, on peut reproduire en un seul clic le son de trompette de Miles Davis ou celui du batteur de Led Zeppelin. Les options sont infinies et ne coûtent pas cher. La tentation est plus grande de ne s'appuyer que sur la technologie, au risque de déshumaniser la musique. Je suis heureux d'avoir grandi à une époque où ces choix étaient plus limités et où tu apprenais de tes erreurs.

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"Girls on Film" a conquis le jeune public de "Stranger Things", tandis que des artistes comme Chappell Roan, The Weeknd ou Måneskin vous citent comme influences. Qu'est-ce qui est le plus gratifiant ?

Si je n'avais pas écouté David Bowie, Chic, Roxy Music ou Japan, je ne serais pas devant vous aujourd'hui. Alors, lorsque j'apprends que j'ai donné envie à d'autres artistes à prendre un instrument ou que des ados découvrent nos chansons grâce aux séries télévisées ou à TikTok, ça me ­touche. Je ne fais pas de la musique pour rester dans ma bulle, Je veux toucher les gens.

Y a-t-il un jeune bassiste qui vous rend jaloux ?

Honnêtement, je n'en vois aucun. J'adore Flea (le bassiste des Red Hot Chili Peppers, NDLR), mais il n'est plus tout jeune. Par contre, je reste jaloux de deux bassistes qui m'ont énormément influencé : Bernard Edwards de Chic et James Jamerson, qui a joué sur la plupart des hits du label Motown des années 60. Je replonge régulièrement dans leur œuvre. Il faut avoir ce genre de maître pour entretenir la passion. Je ne serai jamais capable de les surpasser, mais c'est ­précisément ce qui me pousse à apprendre et apprendre encore.

Quel clip de Duran Duran vous a le plus marqué ?

Ce n'est pas un clip, c'est un film. En 2011, dans le cadre d'une série de documentaires ­commandés par American Express, David Lynch a réalisé "Duran Duran : Unstaged". Il nous a suivis sur scène et en coulisses en apportant sa propre vision esthétique. Artistiquement, cette collaboration demeure l'un des sommets de ma carrière, mais c'est aussi l'expérience la plus étrange que j'aie vécue. Pendant qu'on interprétait "Come Undone", sans doute l'une de nos chansons les plus sensuelles, Lynch a ajouté un plan de saucisses qui grillaient dans une poêle. Depuis, je suis incapable de jouer ce titre sans voir des saucisses.

Pourquoi "Rio" (1982) reste-t-il votre album préféré de Duran Duran ?

C'est aussi le préféré des fans, de la critique et des membres du groupe. Il n'y a pas une mauvaise note jouée sur "Rio". En studio, l'entente était parfaite. À l'image de la chanson-titre, cet album représente notre vision d'une "party" qui ne s'arrêterait jamais. Des chansons comme "Save a Prayer", "Hungry Like the Wolf" ou "Rio" sont toujours pertinentes aujourd'hui.

Le 26/10 ; ING Arena, Bruxelles.

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