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“Du langage de rue”: près de trois ans après la mort de Thomas à Crépol, les accusés contestent la circonstance aggravante de “racisme anti-blanc”

Interrogés le 17 juillet dernier, les 14 accusés, qui nient tous être à l’origine de la mort de Thomas Perroto à Crépol, ont réfuté tout mobile raciste sans convaincre les juges d’instruction. BFMTV a pu consulter les procès-verbaux de ces interrogatoires.

"Du langage de rue": près de trois ans après la mort de Thomas à Crépol, les accusés contestent la circonstance aggravante de "racisme anti-blanc"

Publié hier à 23h23

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Alexandra Gonzalez et Maxime Brandstaetter

Le panneau d'entrée du village de Crépol, dans la Drôme, auquel un tissu noir avait été noué après la mort du jeune Thomas en 2023.

Le panneau d'entrée du village de Crépol, dans la Drôme, auquel un tissu noir avait été noué après la mort du jeune Thomas en 2023. - Photo de Hans Lucas via AFP

Interrogés le 17 juillet dernier, les 14 accusés, qui nient tous être à l’origine de la mort de Thomas Perroto à Crépol, ont réfuté tout mobile raciste sans convaincre les juges d’instruction. BFMTV a pu consulter les procès-verbaux de ces interrogatoires.

C’est une question explosive que n’a pas encore tranché la justice: les jeunes hommes accusés d’avoir tué Thomas Perroto et d’en avoir blessé trois autres lors d'une rixe à Crépol (Drôme) le 19 novembre 2023 ont-ils agi avec une motivation raciste anti-blanc ?

Au terme de deux ans et demi d’investigations, et après des observations formulées par les avocats des parties civiles, les juges d’instruction, un homme et une femme, ont subitement décidé de réinterroger les suspects en juillet dernier sur cette circonstance aggravante, et de rajouter cette qualification dans leurs mises en examen, ce qui pourrait conduire à un procès retenant cette dimension raciste. Lors de ces interrogatoires dont BFMTV a eu connaissance, tous les mis en cause nient ce mobile.

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Dans un vocal laissé sur Whatsapp peu de temps après les faits, Chaïd A., 22 ans, avait parlé des "Français" pour qualifier le groupe adverse: "Les Français, ils ont voulu nous boule… On leur a niqué leur mère, et à la fin c’est parti en meurtre, sa mère la pute". Questionné sur ses propos dans le bureau de la juge, le 17 juillet dernier, le jeune homme balaie l’aspect raciste.

"Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours parlé comme ça. C’est du langage de rue. J’ai employé ce mot pour désigner le groupe, mais ce n’est pas une insulte, moi-même je suis Français!"

"Quand on dit 'Français', c’est pas péjoratif"

Dans un autre vocal sur Whatsapp, attribué à l’un des accusés et laissé deux heures après les faits, on entend une voix de jeune homme dire: "Je crois Yano a charclé sans faire exprès, il voulait charcler un Français, il a charclé Kaïs sans faire exprès". "Charcler un Français", autrement dit blesser ou tuer un Français.

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Faut-il y voir, là encore, un racisme anti-blanc? "Dans le langage du quartier, quand on dit 'Français', c'est pas péjoratif, c'est comme quand vous, vous dites 'les Maghrébins', c'est pas péjoratif", répond Jawed K. face à la même juge. 

Mathys I., 22 ans, interrogé lui aussi ce jour-là par la magistrate, pointe du doigt les médias. "Il résulte des investigations téléphoniques qu'à plusieurs reprises, lors de conversations entre mis en examen (qui étaient sur écoute, ndlr), il est opéré une distinction entre les membres du groupe de la Monnaie (quartier dont sont originaires un certain nombre d’accusés, ndlr) et "les Français". Comment l'expliquez-vous?", questionne la juge. "Il faut demander aux médias, si les mis en examen disent 'les Français', c'est parce qu'à la télé, ils parlaient des Français", rétorque-t-il.

Face à Ilyes Z., 22 ans, quelques heures plus tard, la magistrate insiste, pourquoi l’un de ses amis évoque-t-il "l’opposition systématique entre Français et Arabes lors des bals?" "Je pense que c'est plutôt un délire de marginalisation, on s'invente des ennemis, on s'invente des problèmes alors que tout ça, c'est dans la tête des gens. On a tous grandi avec des Français, des Arabes", conteste le jeune homme.

Pourtant, malgré ces dénégations, les avocats des parties civiles sont convaincus de la dimension “anti-blanc” de ces actes. Dans des observations envoyées aux deux juges d’instruction que BFMTV a pu consulter, Me Jérôme Triomphe souligne les témoignages de certains des témoins.

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"Ils se sont regroupés et ont commencé à insulter les gens et à leur cracher dessus. J’ai entendu l’un d’eux dire 'On va vous crever les petits Blancs'", a ainsi rapporté un jeune homme en audition, d’après l’avocat. Un autre dit avoir entendu trois des mis en cause dire: "On est là pour planter des Blancs, tuer des Français", précisant toutefois "qu’il ne s’agit pas des termes exacts mais que ça les résume".

"Ces propos ne peuvent être analysés comme de simples invectives détachées de l'action. (...) L’ensemble de ces éléments établit que les violences ont été commises à tout le moins pour partie en considération de l’appartenance vraie ou supposée des victimes à la 'race blanche'", analyse pour sa part Me Alexandre Farelly, l’avocat des parents de Thomas, dans le mémoire envoyé à la justice.

Des témoignages "très minoritaires" selon le parquet

Selon nos informations, une quinzaine de témoins au cours de l’instruction ont dit avoir entendu des propos hostiles aux Blancs ou aux Français dans la bouche de certains mis en examen au cours de la soirée, parmi les plus de 450 personnes présentes lors de ce bal et entendues par les gendarmes.

C’est notamment pour cela que le parquet de Valence, à rebours de la lecture des juges d’instruction et des parties civiles, conteste cette lecture raciste du dossier, estimant que ces témoignages sont "très minoritaires" et parfois "contradictoires entre eux quant au moment et au lieu" où ils auraient été tenus.

En outre, "la teneur des propos entendus ou rapportés est variable ('planter des Blancs', 'tuer du Français', 'crever les petits Blancs', 'Sales Français de merde')", souligne le parquet dans son réquisitoire définitif, consulté par BFMTV.

Désormais, l’issue judiciaire de ce dossier est de nouveau entre les mains des deux juges d’instruction, qui doivent rendre très prochainement leur ordonnance de mise en accusation, document dans lequel il sera décidé si les 14 accusés seront jugés avec la circonstance aggravante de racisme ou si celle-ci est finalement abandonnée. Dans les deux cas, ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

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