Du glacier au torrent dévastateur : anatomie de la catastrophe en c…
À plus de 5 000 mètres d’altitude, un pan de montagne s’effondre dans un grondement brutal. Quelques minutes plus tard, des tonnes de glace, de roches et de sédiments dévalent la vallée avant de se...
Il est environ 8 h 30 ce 26 août. Dans le massif du Langtang Lirung, près de la frontière népalo-tibétaine, rien ne laisse présager de la catastrophe à venir. Le glacier qui s'écoule sur le versant du bassin supérieur de la rivière Lhende Khola déploie son manteau blanc dans un silence glacial. Nous sommes à plus de 5 200 mètres d'altitude. Aucune infrastructure ne vient perturber ce paysage sauvage et hostile de l’Himalaya. Ce qui va se passer dans les minutes qui suivent aurait très bien pu rester un événement anonyme, confiné à cette étroite vallée. C'est au contraire un enchaînement d'événements dévastateur et mortel qui va se produire.
Tout commence à plus de 5 000 mètres d’altitude
8 h 37. Un grondement sourd fait vibrer le sol de la montagne. Ces secousses vont être enregistrées par les stations sismiques de la région, permettant de dater précisément le début de la catastrophe. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agit pas d'un séisme.
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Au même moment, une énorme masse d’environ 600 mètres de largeur, représentant quelque 200 000 m2, se détache soudain du glacier et commence à dévaler la pente dans une avalanche dramatique. Une avalanche de glace, mais aussi de roches et de sédiments. Car près d’une semaine après la catastrophe, les scientifiques connaissent désormais mieux son origine.
Il ne s’agirait en effet pas d’un simple effondrement glaciaire comme cela avait été avancé initialement, mais bien d’un glissement de terrain survenu sous le glacier et qui aurait emporté avec lui toute la masse de glace située au-dessus.
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Le signal sismique enregistré au même moment n’était donc que la signature de cette masse de roches, de débris et de glace dévalant une pente raide sur plus de 1 400 mètres de dénivelé. Dans un article de Science, Adhikari Basanta Raj, directeur du Centre for Disaster Studies à l’Université Tribhuvan au Népal, annonce ainsi avoir calculé que l’énergie libérée durant ce glissement de terrain a été plus importante que celle de la bombe d’Hiroshima !
Une coulée de débris lancée à pleine vitesse
Quelques secondes plus tard, l’avalanche de débris impacte avec violence le fond de la vallée. Et tout aurait pu s’arrêter là. Malheureusement, le mélange de glace fondue, de sédiments et de blocs rocheux va se mélanger avec l’eau de la rivière pour former une coulée de débris extrêmement mobile et d’une ampleur exceptionnelle. La masse énorme qui se déverse soudainement dans le réseau hydrographique va alors provoquer une brusque montée des eaux. En seulement quelques minutes, le niveau de la rivière va ainsi monter de plusieurs mètres, se transformant en un torrent dévastateur chargé de boue et de blocs de roches.
Une reconstruction réalisée à partir d’images satellitaires estime que la coulée de débris se serait déplacée à des vitesses de plus de 160 km/h dans les secteurs les plus encaissés de la Lhende Khola, avant de se propager en aval sous la forme d’une crue torrentielle extrêmement rapide. Une vague déferlante de débris a ainsi dévalé le cours de la rivière avant de s’engouffrer dans la vallée de la Bhote Koshi.
Le débit a été si puissant et rapide que les stations automatiques de surveillance des crues, installées dans le cours supérieur de la rivière, ont été emportées par la vague avant même d’avoir pu transmettre la moindre alerte, comme le rapporte cet article publié dans EarthArXiv.
Vidéo prise par drone dans la vallée de Lhende Khola après la catastrophe. © CCTVDes villages dévastés et de nombreuses victimes
À 8 h 44, soit à peine sept minutes après le déclenchement du glissement de terrain ayant pris sa source à 5 200 mètres d’altitude, la vague atteint le poste frontière de Rasuwagadhi, pulvérisant littéralement les infrastructures et prenant les personnes présentes, habitants et touristes, totalement au dépourvu.
Le poste frontière de Rasuwagadhi en octobre 2021 (à gauche) et le 27 août 2026. © Vantor, open data, via geopera.com
Vers 9 h 00, le torrent atteint le village de Syabrubesi, le dévastant totalement. Des dégâts vont être rapportés jusqu’à Malekhu, dans la vallée de la Trishulli, où le pic de la crue va être enregistré à 11 h 43 avec une hausse de sept mètres du niveau de la rivière.
Le rapport technique de la Flood Forecasting Division estime que le surplus d’eau lié à la crue a parcouru environ 168 kilomètres jusqu’à Devghat. Au total, les autorités népalaises estiment qu’environ 20 millions de mètres cubes d’eau supplémentaires ont transité en quelques heures par le système hydrographique de Bhote Koshi-Trishuli-Narayani.
Le village de Syabrubesi en octobre 2021 (à gauche) et le 27 août 2026 (à droite). © Vantor, open data, via geopera.com
C’est donc une immense portion du réseau fluvial népalais qui a été affectée. Et si les dégâts sont considérables, le bilan humain l’est tout autant. La soudaineté de la catastrophe et sa violence exceptionnelle ont laissé peu de chance à de nombreux habitants et touristes.
Le bilan, provisoire, s’élève à l’heure qu’il est à plus de 1 000 morts et plus de 4 400 disparus. Cette catastrophe met en lumière la vulnérabilité de ces populations face à ce type d’aléa et la difficulté à mettre en place un réseau d’alerte efficace dans ce type d’environnement.