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Yann Arthus-Bertrand : portrait du photographe et militant

Pendant des décennies, Yann Arthus-Bertrand a immortalisé la planète depuis le ciel pour en révéler les fragilités et les splendeurs. A 80 ans, le militant écologiste et photographe n'a rien perdu de son appétit d'émerveillement, mais désormais ce sont les gens et leurs liens qui guident son objectif. Portrait.

Pendant des décennies, Yann Arthus-Bertrand a immortalisé la planète depuis le ciel pour en révéler les fragilités et les splendeurs. A 80 ans, le militant écologiste et photographe n'a rien perdu de son appétit d'émerveillement, mais désormais ce sont les gens et leurs liens qui guident son objectif. Portrait.

C'est par les cieux que le Français Yann Arthus-Bertrand, photographe, reporter et réalisateur s'impose au regard du monde. En 1999, son chef-d’œuvre 'La Terre vue du ciel' paraît en librairie: le livre devient un phénomène mondial, traduit en 27 langues. Son credo d'alors ne le quittera plus: "Témoigner de la beauté du monde et tenter de protéger la terre".

Pourtant, cette contemplation a un coût environnemental. Pointé du doigt pour ses centaines d'heures d'hélicoptère pour réaliser ses clichés, Yann Arthus-Bertrand ne fuit pas ses contradictions, il les affronte en créant le programme Action Carbone pour compenser ses émissions.

Très vite, l'image fixe ne suffit plus à contenir l'urgence. Le réalisateur engagé alerte le grand public avec le film 'Home' en 2009, rappelant notre empreinte sur la Terre.

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En 2015, Yann Arthus-Bertrand choisit délibérément de "redescendre sur Terre" avec son projet 'Human'. À travers cette fresque monumentale de 3h15, il tend le micro et l'objectif à des milliers d'anonymes de tous continents. Il ne s'agit plus seulement d'admirer la nature d'en haut, mais de sonder les âmes, les failles et les espérances de l'humanité contemporaine.

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Des paysages aux visages

A 80 ans, de passage en Suisse, le photographe pose son studio éphémère à Crans-Montana (VS) jusqu'au 10 octobre, en collaboration avec la Fondation Opale de Lens, prolongeant la démarche titanesque de son ouvrage 'France, un album de famille' paru le 1er octobre dernier - 800 pages, 3,7 kilos et quelque 40'000 personnes immortalisées pour ce projet réalisé avec le démographe Hervé Le Bras et s'inspirant des recensements et des grandes enquêtes.

La France que j'ai vue, ce n'est pas la France fracturée qu'on voit sur les chaînes d'info (...), c'est une France heureuse.

Avec ce projet, il opère une mue humble en se faisant "photographe de village". Ce glissement du paysage au portrait n'a rien d'un renoncement, il s'agit d'un approfondissement. A Crans-Montana, il souhaite réaliser une grande fresque collective, un "album de famille", rassemblant les Valaisannes, les Valaisans, leurs métiers, leurs familles et leurs engagements associatifs.

>> A lire également : Yann Arthus-Bertrand prépare une exposition consacrée aux habitants de Crans-Montana

En fin de compte, je crois que je suis le photographe de l'amour. J'adore penser à ça, montrer des gens qui s'aiment, des gens qui partagent, les gens qui transmettent. Et la beauté du monde, c'est ça. Et aujourd'hui, je suis beaucoup plus intéressé par photographier des visages que des paysages.

En installant son studio itinérant au contact des citoyennes et citoyens, Yann Arthus-Bertrand ausculte le lien social et dresse un portrait sociologique vibrant du vivre-ensemble. Une leçon de bienveillance et d'optimisme. Après avoir contemplé la terre entière, c'est dans le regard de ses voisines, voisins, concitoyennes et concitoyens que Yann Arthus-Bertrand trouve les raisons d'espérer.

>> A voir, le sujet du 19h30 consacré à Yann Arthus-Bertrand :

Yann Arthus-Bertrand, une vie passée à photographier l'humanité

Yann Arthus-Bertrand, une vie passée à photographier l'humanité / 19h30 / 1 min. / dimanche à 19:30

L'écologie, son combat principal

En photographiant les gens plutôt que les paysages, Yann Arthus-Bertrand n'en oublie pas pour autant son combat pour l'écologie. Alors que les alertes climatiques se multiplient - des canicules estivales aux lits des lacs asséchés - et que l'inaction politique alimente le désespoir, le photographe refuse de sombrer dans le fatalisme. Pour lui, l'heure n'est plus à la sidération, mais à la responsabilité partagée et à l'action locale. "Je pense qu'il est beaucoup trop tard pour être pessimiste. La seule façon d'avancer, de vivre, c'est de continuer à y croire et de vivre. Et de faire ce qu'on peut autour de soi pour s'aider les uns et les autres", explique-t-il dans le 19h30 du 4 octobre.

L'écologie, c'est même mon combat principal. Mais il n'y a pas d'un côté les arbres, les poissons, les animaux et [de l'autre] l'homme. Tout ça, c'est la même chose. Et je pense que le travail que je fais est aussi un travail d'écologie.

Avec ses portraits, Yann Arthus-Bertrand offre bien plus qu'un cliché, il propose un espace de rencontre et de reconnaissance mutuelle. Dans un monde bousculé où nos repères climatiques et sociétaux changent à jamais, son message sonne comme une boussole intérieure: s'adapter, c'est avant tout réapprendre à faire communauté.

Propos recueillis par Romain Boisset

Adaptation web: ld

Yann Arthus-Bertrand et Hervé Le Bras, 'France, un album de famille', Actes Sud, octobre 2026.

Jusqu'à samedi 10 octobre, Yann Arthus-Bertrand offre un shooting géant aux habitantes et habitants de Crans-Montana sur réservation. Ils seront ensuite exposés dans le courant de l'hiver dans la station.