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Dreamland : que vaut l’adaptation animée du shonen français ?

Portée par une animation 2D nerveuse et un humour bien à elle, l’adaptation du manga de Reno Lemaire réussit surtout là où elle aurait pu trébucher : embrasser les codes du shōnen sans perdre son accent françai...

Portée par une animation 2D nerveuse et un humour bien à elle, l’adaptation du manga de Reno Lemaire réussit surtout là où elle aurait pu trébucher : embrasser les codes du shōnen sans perdre son accent français.

Introduction

Lycée, cigarettes devant les grilles, bises, doigts d’honneur, soirée qui déborde un peu, Montpellier sous le soleil… Les premières minutes pourraient presque annoncer un nouveau LOL ou Lou !, version 2026 et animée. Jusqu’au moment où quelqu’un s’endort et le sol se dérobe. Derrière les paupières attend un monde bâti avec tout ce que les humains abandonnent au pied du lit : désirs, angoisses, phobies. Vingt ans après ses premières planches, Dreamland y trouve, lui, une seconde vie.

De ce rêve encore inachevé, nous n’avons pour l’heure traversé que 70 minutes (trois épisodes et demi). Assez, déjà, pour en éprouver les promesses. L’adaptation du manga de Reno Lemaire est diffusée à partir de ce 17 octobre sur ADN et Crunchyroll.

Dix épisodes composeront cette première saison, portée par Ellipse Animation et La Chouette Compagnie. Un projet qui aurait facilement pu se perdre dans la reproduction appliquée de ses modèles japonais ; mais qui préfère, heureusement, leur emprunter une grammaire pour parler avec son propre accent.

Un shōnen sans faux passeport

Terrence Meyer a tout du candidat au grand destin dont il n’a rien demandé. Lycéen timide et maladroit, désespérément amoureux de sa camarade Lydia, il porte le traumatisme de la mort de sa mère. Lorsqu’il affronte enfin sa peur du feu dans un rêve, il devient un « Voyageur », capable d’arpenter Dreamland, monde façonné par les rêves et cauchemars, et d’y manier précisément ce qui l’a longtemps terrorisé : les flammes.

Dreamland.©La Chouette/Dupuis Audiovisuel/Pika Edition

L’adolescent paumé, une force qu’il ne maîtrise pas, un rôle singulier dans un monde dont il ignore tout, des compagnons plus expérimentés… Oui, la formule a déjà vécu mille vies. Peu importe : Dreamland devient surtout intéressant lorsqu’il cesse de regarder vers Tokyo pour observer ce qu’il a sous les yeux.

Rues montpelliéraines, place de la Comédie, lumière du Sud, des jeunes qui fument, s’embrassent, s’insultent, boivent et terminent leurs soirées pas toujours très droits… Rien d’extraordinaire dans la vraie vie ; beaucoup plus dans un imaginaire encore largement façonné par les lycées japonais. Une trivialité qui donne à la série sa saveur propre, familière, rugueuse.

Savane, ou l’art de foncer avant de réfléchir

Terrence hésite, panique, comprend souvent les règles après les autres. Le contraste avec son pouvoir fonctionne : les flammes ont de l’allure ; leur propriétaire, beaucoup moins. Savane, lui, change immédiatement la température.

Cheveux clairs, cicatrice, assurance du héros stylé : il évoque un Roronoa Zoro passé au filtre français. Présenté comme un « gitan », volontiers séducteur et peu fâché avec la bière, il apporte une désinvolture qui tranche avec les angoisses de Terrence – et que la série prend un malin plaisir à écorner.

Dreamland.©La Chouette/Dupuis Audiovisuel/Pika Edition

L’humour profite beaucoup de ce décalage. Mimiques déformées, ruptures de ton, dignité pulvérisée… Les ficelles sont connues, mais suffisamment bien réglées pour ne jamais paraître mécaniques. Quelques clins d’œil à One Piece se glissent au passage, sans transformer la série en chasse à la référence.

Quand Dreamland ouvre les vannes

La meilleure idée reste Dreamland lui-même : un monde façonné par les rêves n’a, par définition, aucune raison de se fixer des limites. Les premiers épisodes exploitent déjà cette liberté : chaque peur peut devenir un territoire, chaque obsession inventer ses règles, chaque dormeur ouvrir une porte différente. C’est donc moins dans la traditionnelle montée en puissance, si chère au shōnen (même à ses meilleurs représentants) que dans cette capacité à réinventer sans cesse son terrain de jeu que l’œuvre révèle son vrai potentiel.

Dreamland.©La Chouette/Dupuis Audiovisuel/Pika Edition

Visuellement, l’adaptation accompagne pleinement cette promesse. Le trait reste épuré, les expressions lisibles ; dans le quotidien, la palette est lumineuse, solaire. Mais dès que les combats commencent, l’image se libère : flammes qui envahissent le cadre, accélérations franches, mouvements amples… De quoi faire des affrontements l’une des meilleures surprises de ces premiers chapitres.

Rapides sans devenir illisibles, ils donnent du poids aux coups et laissent l’énergie circuler d’un plan à l’autre. Sans prétendre rivaliser avec les vitrines techniques des plus gros studios japonais, Dreamland n’a rien d’une imitation au rabais. Il y a du sang, de la brutalité, juste assez pour rappeler que la série regarde davantage du côté des jeunes adultes que des enfants.

Déjà de quoi rêver plus grand

Quelques vieux réflexes de l’animation française résistent néanmoins. Certaines répliques paraissent trop écrites, quelques formulations trop enfantines, comme si le dialogue expliquait parfois ce que l’image dit déjà. Le défaut reste ponctuel, et le doublage accompagne avec justesse les changements de registre, de l’angoisse à la baston puis à la farce.

Dreamland.©La Chouette/Dupuis Audiovisuel/Pika Edition

Reno Lemaire publie ses premières pages en 2005 dans Shônen Collection, avant un premier tome chez Pika en 2006 ; 20 ans plus tard, la série, toujours en cours, en compte 24 et a même effectué le voyage inverse jusqu’au Japon. L’adaptation semble avoir compris la leçon : garder du shōnen les pouvoirs, les rivalités et l’élan, sans effacer Montpellier, l’humour ni les aspérités locales.

Après trois épisodes, il est évidemment trop tôt pour lui tailler une place définitive au panthéon de l’animation française. Mais Dreamland possède déjà suffisamment de personnalité et de maîtrise pour prétendre rejoindre sans peine la conversation aux côtés de titres comme Wakfu. Certaines ficelles restent visibles, quelques dialogues demandent encore à gagner en naturel. Mais le rêve, lui, tient déjà debout.

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