Doubs. Amour d’été : près de 50 ans après, cet Allemand cherche à retrouver une Bisontine rencontrée en vacances
Michael Draeger a 65 ans. Il a « vécu sa vie », dit-il. Une vie qui l’a amené à déménager plusieurs fois, dans son pays, l’Allemagne, mais aussi à l’étranger. « Au fil des décennies, beaucoup de souvenirs de ma...
Michael Draeger a 65 ans. Il a « vécu sa vie », dit-il. Une vie qui l’a amené à déménager plusieurs fois, dans son pays, l’Allemagne, mais aussi à l’étranger. « Au fil des décennies, beaucoup de souvenirs de ma jeunesse se sont effacés. Des noms, des adresses, des photographies et des objets ont disparu. »
Pourtant, dit-il, « il y a un souvenir qui revient toujours. » L’été 1979. « J’avais alors 18 ans. Avec trois amis, je suis parti pour la France à bord d’une Opel Rekord blanche. Nous avions peu d’argent, peu d’expérience et aucun projet précis. Nous voulions simplement profiter des vacances ».
Quatre Françaises et un peu de sucre
La petite bande est finalement arrivée dans le bassin d’Arcachon, près de la dune du Pilat et s’est installée dans un camping. « Dès le deuxième jour, il s’est passé quelque chose que je n’ai jamais oublié. À une cinquantaine de mètres de nos tentes, quatre jeunes Françaises avaient installé leur campement. Elles étaient quatre, exactement comme nous et, dans mon souvenir, elles venaient de Besançon ou de ses environs. L’une d’elles est venue nous demander du sucre. Pour quatre jeunes Allemands de dix-huit ans, c’était évidemment un événement. Bien sûr, nous lui avons donné du sucre. Le lendemain, nous avons trouvé un prétexte pour reprendre contact et nous avons demandé un peu de fromage. » Cela a suffi : les petits échanges sont devenus des conversations, des promenades, une sortie en discothèque… Finalement les quatre amis ont passé quasiment toutes leurs vacances avec ces quatre Françaises.
Michael Draeger a perdu la plupart de ses photos. Celle-ci date de 1980. Archives de Michael Draeger
« Nous, les garçons, pensions naturellement maîtriser la situation. Avec le recul, cela me fait sourire. En réalité, les jeunes filles avaient déjà décidé qui passerait le plus de temps avec qui. Nous n’avions pas vraiment notre mot à dire. Et c’est précisément ce qui rend aujourd’hui ces souvenirs si charmants. Je me souviens surtout de l’une des jeunes filles. Je crois qu’elle s’appelait Marie-Claude, ou quelque chose d’approchant. Je n’en suis plus certain. Elle était grande, environ 1,76 mètre, elle avait les cheveux foncés et un sourire magnifique. Malgré la barrière de la langue, nous nous comprenions étonnamment bien. »
Las, l’été a pris fin, Michael et ses amis ont regagné l’Allemagne et la vie a suivi son cours. Le jeune homme, pourtant, ne voulait pas perdre le contact. « À cette époque, il n’y avait ni Internet, ni téléphone portable, ni réseaux sociaux. Il fallait écrire des lettres. Je l’ai fait. Ma sœur m’a aidé. Et je me souviens encore avoir reçu des lettres de France. Pendant un certain temps, le contact a donc réellement existé. Puis, peu à peu, il s’est perdu. »
Les Bee Gees et la dune du Pilat
Les semaines sont devenues des mois. Les mois sont devenus des années. Les années sont devenues des décennies. « Aujourd’hui, je ne possède plus ces lettres. Je ne connais même plus les noms de mes amis de l’époque. Les nombreux déménagements de ma vie ont emporté avec eux beaucoup de choses ». Mais le souvenir, lui, est resté. Parfois, dit-il, « il suffit d’une chanson des Bee Gees, d’une pensée pour la France ou d’une image de la dune du Pilat » pour que tout revienne. Arcachon, le camping, Marie-Claude. « Son sourire et son regard sont restés vivants dans ma mémoire ». Cet été-là n’a jamais été effacé. « Ça a peut-être été la première fois que j’ai compris que les sentiments n’ont pas besoin d’une langue commune pour exister. »
Michael Draeger était à Mulhouse début juillet. Il a évidemment repensé à son séjour en France il y a presque cinquante ans. Archives de Michael Draeger
Ces derniers jours Michael Draeger est revenu dans l’Hexagone. Un cadeau d’anniversaire offert par des amis. Il a évidemment repensé à ce fameux été 1979. C’est ce qui l’a poussé à contacter L’Est républicain. Pour lancer une bouteille à la mer, en quelque sorte. « Je me demande parfois s’il serait possible, après presque cinquante ans, de reprendre contact. Non pas pour faire revivre le passé - personne ne le peut. La vie a continué, pour elle comme pour moi. Mais peut-être pour raconter les chemins que nos vies ont empruntés. Peut-être pour sourire ensemble de la naïveté et des rêves de deux jeunes de dix-huit ans. Peut-être simplement pour constater que certains souvenirs traversent le temps. Je ne souhaite déranger personne ni créer d’attentes. Mon seul souhait est de pouvoir partager une dernière fois le souvenir d’un été particulier avec la personne qui en faisait partie ».
« Si tu lis ces lignes et si tu t’en souviens »
L’appel est lancé : peut-être qu’une femme de Besançon ou de ses environs se souvient encore de quatre garçons allemands dans une Opel Rekord blanche, d’un camping près d’Arcachon, d’un peu de sucre, d’un morceau de fromage. Peut-être se souvient-elle aussi des regards de deux jeunes gens « qui parlaient à peine la même langue et qui pourtant se comprenaient. »
Michael Draeger ne parle toujours pas français, mais il maîtrise bien « les possibilités du monde numérique » qui lui permettent de traduire aisément ses pensées. Voici sa dernière phrase à l’attention de celle qu’il n’a jamais oubliée : « Si tu lis ces lignes et si tu t’en souviens, je serais heureux d’apprendre quel chemin la vie t’a fait suivre et de savoir si toi aussi tu te rappelles encore cet été. Rien de plus. Mais rien de moins. »
Si vous vous reconnaissez dans ce témoignage, vous pouvez contacter la rédaction par mail ([email protected]). Nous ferons suivre votre courriel à Michael Draeger.