“C’est de la mauvaise foi de la part des Américains parce que s’il y a un pays qui pratique le travail forcé, c’est bien eux”
Une nouvelle pluie de droits de douane s'abat sur 60 pays ce vendredi. Un "soulagement" pour les Européens qui n'écopent "que" d'une surtaxe de 10 %. Pour justifier cette nouvelle offensive commerciale, Donald ...
Une nouvelle pluie de droits de douane s'abat sur 60 pays ce vendredi. Un "soulagement" pour les Européens qui n'écopent "que" d'une surtaxe de 10 %. Pour justifier cette nouvelle offensive commerciale, Donald Trump a frappé fort. Ce dernier a en effet invoqué la section 301 du Trade Act de 1974, qui affirme que ces soixante économies ont "omis d'imposer et de faire respecter efficacement l'interdiction d'importer des biens produits par le travail forcé". Une stratégie bien connue, selon Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of management, Paris et Lille.
"C'est une forme de fuite en avant juridique. Trump cherche toujours un moyen, au moins temporaire, d'imposer des droits de douane sans passer par le Congrès", explique l'économiste.
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Le calendrier n'a rien d'anodin. Les précédents droits de douane devaient en effet expirer ce vendredi. Pour rappel, en avril 2025, le président américain avait annoncé, lors du "Liberation Day", une série de droits de douane visant de nombreux pays.

Quelques mois plus tard, le 27 juillet 2025, les États-Unis et l'Union européenne avaient conclu un accord commercial appelé "accord de Turnberry", prévoyant un droit de douane de 15 % sur la majorité des exportations européennes vers les États-Unis.

Mais le 20 février 2026, coup de théâtre : la Cour suprême des États-Unis avait jugé illégaux les droits de douane du président américain. Furieux, Donald Trump avait alors annoncé dans la foulée un nouveau droit de douane mondial de 10 % pendant une durée de 150 jours. Cette période arrivant désormais à son terme, l'administration américaine vient finalement de trouver une autre procédure pour en réinstaurer de nouveaux.
Qui est touché ?
Concrètement, l'administration Trump a annoncé l'entrée en vigueur ce vendredi à 00h01, heure de New York, d'une surtaxe de :
- 10 % pour l'Argentine, le Bangladesh, le Cambodge, le Canada, l'Équateur, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, l'Inde, l'Indonésie, la Jordanie, la Malaisie, le Mexique, le Pakistan, le Sri Lanka, Trinité-et-Tobago et le Royaume-Uni.
- 10 ou 12,5 % pour l'Union européenne, Taïwan, le Japon, la Corée du Sud et la Suisse.
Droits de douane: la Maison Blanche fait une nouvelle annonce forte, une soixantaine de pays visés- 12,5 % pour l'Algérie, l'Angola, l'Australie, les Bahamas, Bahreïn, le Brésil, le Chili, la Chine, la Colombie, le Costa Rica, la République dominicaine, l'Égypte, le Guyana, Hong Kong, l'Irak, Israël, le Kazakhstan, le Koweït, la Libye, le Maroc, la Nouvelle-Zélande, le Nicaragua, le Nigeria, la Norvège, Oman, le Pérou, les Philippines, le Qatar, la Russie, l'Arabie saoudite, Singapour, l'Afrique du Sud, la Thaïlande, la Turquie, les Émirats arabes unis, l'Uruguay, le Venezuela et le Vietnam.
Certaines exemptions sont toutefois prévues, notamment pour les matières premières qui "pourraient entraîner une rupture d'approvisionnement national", si elles étaient soumises à ces droits de douane, estime le gouvernement américain.
"De la mauvaise foi"
"Les États-Unis interdisent l'importation de produits issus du travail forcé depuis près d'un siècle et veillent scrupuleusement à son application : il est grand temps que nos partenaires commerciaux fassent de même", a déclaré le représentant des États-Unis pour le commerce dans un communiqué du gouvernement américain. En invoquant la section 301 du Trade Act, Donald Trump dispose cette fois d'un levier lui permettant de réintroduire des droits de douane de manière plus durable, et sans limite de temps.
guillementSi un proche de Donald Trump lui succède, cette politique continuera
Pour Eric Dor, cet argument ne tient toutefois pas la route. Surtout concernant l'Union européenne, qui dispose de règles très strictes contre le travail forcé. "C'est de la mauvaise foi de la part des Américains de faire ça, parce que s'il y a un pays qui pratique le travail forcé, c'est bien eux. Notamment dans les prisons américaines", estime-t-il.
Peu d'impact immédiat pour l'Union européenne
À court terme, cette nouvelle décision ne devrait toutefois pas bouleverser les relations entre l'Union européenne et Washington. "Globalement, cela ne change pas la donne", explique l'économiste. "À noter que quelques produits pourraient être légèrement plus taxés en raison de certaines exemptions, mais cela restera marginal".
L'économiste estime cependant que d'autres mesures pourraient davantage être préoccupantes, notamment celles fondées sur la section 232 du Trade Act qui permet au président américain d'imposer des droits de douane pour des raisons de "sécurité nationale". Plusieurs secteurs sont en effet actuellement examinés par l'administration Trump, notamment l'industrie pharmaceutique, un secteur particulièrement stratégique pour la Belgique.
Trump cible deux nouveaux secteurs, qu'il estime "critiques pour la sécurité nationale""Il est imprévisible", avertit Eric Dor. "Ces enquêtes peuvent durer jusqu'à 270 jours et déboucher ensuite sur de nouveaux droits de douane. On sait que c'est son intention". Et selon l'économiste, cette méthode devrait se poursuivre tout au long du mandat du président. "Et si un proche de Donald Trump lui succède, cette politique continuera", conclut-il.
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