“Donald Trump pense que crier fort va faire réagir les Iraniens, mais c’est une mauvaise lecture du régime”
Quelle est la stratégie américaine en Iran ? Difficile de répondre à cette question apparemment simple. Depuis le début du conflit, Donald Trump n'a en effet de cesse de faire des déclarations contradictoires s...
Quelle est la stratégie américaine en Iran ? Difficile de répondre à cette question apparemment simple. Depuis le début du conflit, Donald Trump n'a en effet de cesse de faire des déclarations contradictoires sur des aspects importants de l'opération militaire "Fureur épique" (objectifs de guerre, calendrier…), qui entrera dans son sixième mois ce 28 juillet.
Dans le même temps, la facture de cette guerre très impopulaire s'alourdit de jour en jour (37,5 milliards de dollars depuis le début des hostilités, d'après le ministre de la Défense Pete Hegseth), de même que son coût économique pour les Américains, avec l'envolée des prix à la pompe, et le bilan humain. Ces derniers jours, quatre soldats supplémentaires ont ainsi été tués lors de manœuvres iraniennes en Jordanie et en Irak.
De son côté, le Président ne semble guère se soucier de ces réalités et n'offre plus d'horizon temporel à l'intervention américaine. Pis, il ajoute de l'instabilité à l'instabilité. Mercredi 22 juillet, l'administration a annoncé un accord important avec l'Arabie saoudite qui permet aux États-Unis d'aider le royaume à développer un programme nucléaire civil et potentiellement d'enrichir de l'uranium sur son territoire — un revirement majeur. Les observateurs craignent que le texte n'ouvre la voie à une course à l'armement dans une région déjà très volatile.
La menace de l'Iran : l'accès à la mer Rouge bloqué par les Houthis en cas d'attaque américaine sur les infrastructures énergétiques iraniennesLe lendemain, Donald Trump faisait machine arrière, conditionnant l'application de l'accord, pourtant signé, à une normalisation des relations entre Riyad et Israël. Bref, le flou est total.
"Il n'y a pas de grande stratégie, tranche Alex Vatanka, chercheur spécialisé dans les questions de sécurité au Proche-Orient au sein du Middle East Institute (MEI) à Washington. Cette guerre avec l'Iran ne reposait pas sur de nombreux mois et années de planification. L'administration américaine pensait que le régime était faible, impopulaire et qu'il s'effondrerait lors d'une série d'attaques, mais elle a vu à ses dépens que le pouvoir était résilient."
Un Département d'État vidé de son expertise
Au-delà de l'absence de stratégie visible, ces tâtonnements illustrent aussi, pour certains observateurs, l'affaiblissement du Département d'État pendant la seconde présidence de Donald Trump, qui ne fait pas secret de sa détestation des experts et des fonctionnaires, assimilés à un "État profond" qui l'empêche de gouverner.
D'après l'agence de presse Reuters, le ministère, qui gère le premier réseau diplomatique mondial, a perdu plus de 3 800 employés, avec notamment le licenciement de spécialistes du Moyen-Orient et des purges à caractère idéologique. En outre, des centaines de diplomates postés dans la région ont été rappelés aux États-Unis sans savoir s'ils pourront y retourner. Cinq des sept pays frontaliers de l'Iran et quatre des six États du golfe Persique n'ont pas d'ambassadeur américain confirmé. Les États-Unis y sont représentés par des chargés d'affaires, des diplomates de rang inférieur assurant l'intérim.
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Depuis le début du conflit, les négociations avec Téhéran ont été menées par des personnalités dépourvues de connaissances fines sur l'Iran : les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner, qui ont fait carrière dans l'immobilier ; le vice-président J. D. Vance, peu expérimenté en politique étrangère… Davantage focalisé sur Cuba et le Venezuela, sa zone de prédilection, le chef de la diplomatie, Marco Rubio, occupe pour sa part une position secondaire dans le dossier iranien.
Lors des négociations directes entre les États-Unis et la République islamique, en Suisse en juin dernier, c'est J. D. Vance qui a été dépêché sur place. "Le Département d'État a perdu une grande partie de son expertise sur le Moyen-Orient. Ses diplomates, qui connaissent les acteurs et le terrain, auraient pu agir pour freiner les ardeurs de Donald Trump avant le début de la guerre", regrette Barry Rosen, l'un des anciens otages de l'ambassade américaine à Téhéran entre 1979 et 1981. Il en fut l'attaché de presse. "Au lieu de cela, Trump a envoyé des gens qui ne connaissent pas l'Iran et les problématiques d'enrichissement de l'uranium pour négocier avec le régime."
La diplomatie, seule "option réaliste"
Pour Alex Vatanka, la voie diplomatique est pourtant la seule "option réaliste" pour les deux camps. En effet, si les frappes américaines et israéliennes ont indéniablement affecté les moyens militaires iraniens, la guerre a aussi affecté la marge de manœuvre des États-Unis.
Uranium saoudien et tison américainSelon une analyse publiée par le Center for Strategic and International Studies (CSIS), un cercle de réflexion basé à Washington, les États-Unis ont utilisé jusqu'à 1 430 des 2 330 missiles Patriot estimés dans leurs réserves. "Les stocks d'avant-guerre étaient déjà insuffisants ; les niveaux actuels limiteront les opérations américaines si un futur conflit devait survenir", note le rapport.
"Le problème, c'est que les deux parties sont occupées à faire croire qu'elles ont gagné plutôt que de se concentrer sur un accord diplomatique, conclut Alex Vatanka. Donald Trump pense que crier fort va faire réagir les Iraniens, mais c'est une mauvaise lecture du régime. Ce n'est pas un système démocratique. Les leaders se battent pour leur survie."
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