Donald Trump : comment son administration contourne la loi pour expulser plus de 25 000 migrants vers plusieurs pays en Afrique
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, des milliers d’étrangers sont expulsés vers des pays tiers sans lien avec leur parcours. Une vaste enquête internationale dévoile les contours de ce système opaque, qui esquive les protections juridiques et expulse des personnes, notamment sur le continent africain.
l'essentiel Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, des milliers d’étrangers sont expulsés vers des pays tiers sans lien avec leur parcours. Une vaste enquête internationale dévoile les contours de ce système opaque, qui esquive les protections juridiques et expulse des personnes, notamment sur le continent africain.
Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, plus de 25 000 personnes ont été expulsées des États-Unis vers des pays tiers avec lesquels elles n’ont souvent aucun lien, parfois situés sur un autre continent que le leur. Parmi ces expulsés, nombre ont été envoyés en Afrique. Au moins 12 pays africains accueillent aujourd’hui ces personnes éloignées du sol américain, à l'instar de Vietnamiens envoyés en Eswatini (ex-Swaziland), de Colombiens en RDC ou de Guinéens au Ghana.
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Pendant six mois, un consortium de 26 médias internationaux coordonné par Forbidden Stories, dont RFI et France 24, a enquêté pour comprendre le fonctionnement de ce système, en mesurer l’ampleur et documenter le parcours de ces déracinés. Intitulée "The Deportation Project, révélations sur les expulsions de masse de l'administration Trump", cette investigation lève le voile sur des pratiques méconnues.
Une expulsion vers des pays tiers
Une fois sur le sol africain, certaines personnes sont emprisonnées sans décision de justice, tandis que d’autres se retrouvent bloquées sans véritable statut ni perspective. Dans plusieurs cas documentés par les journalistes, le pays tiers ne sert que d’étape intermédiaire vers un renvoi final dans le pays d’origine, là même où les États-Unis ne pouvaient pas légalement les renvoyer. La majorité de ces personnes avait pourtant obtenu une protection sur le sol américain.
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Ce statut juridique interdisait explicitement leur retour dans leur pays de naissance en raison des risques de persécutions qu'elles y couraient. Pour contourner cette interdiction légale, l'administration Trump a conclu des accords confidentiels aux contreparties opaques avec 35 États dits "pays tiers".
Des récits glaçants
Parmi les nombreux témoignages recueillis par le consortium de médias, France 24 a dévoilé le récit glaçant de Rabbiatu Kuyateh, une Sierra-Léonaise de 58 ans expulsée vers le Ghana en novembre 2025. Cette femme vivait aux États-Unis depuis près de trente ans. Elle y travaillait comme infirmière, élevait son fils et s’occupait de ses parents lorsqu’elle a été arrêtée par les services de l'immigration (ICE) lors d’un simple contrôle annuel de routine.
Dans son dossier migratoire, cette soignante racontait avoir été détenue et violée par les forces gouvernementales pendant la guerre civile en Sierra Leone (1991-2002). Son frère avait également été détenu et torturé en 2014 en raison des activités politiques de leur père. Un juge américain lui avait précisément accordé une protection contre un renvoi vers son pays d'origine pour ces motifs.
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À son arrivée au Ghana, Rabbiatu Kuyateh a d'abord été conduite dans un hôtel. Quatre jours plus tard, des agents de l’immigration sont venus la chercher pour l’emmener de force en Sierra Leone. Aujourd’hui, elle a de nouveau fui vers une destination dont elle préfère taire le nom.
"Tout ce que je demandais à l’Amérique, c’était de pouvoir rester"
Rencontrée par nos confrères, elle restait encore sonnée par la brutalité de son expulsion. Elle expliquait avoir "travaillé comme infirmière pendant plus de vingt ans" et être devenue "cadre infirmière pendant la crise du Covid". "Je n’ai jamais été une criminelle. J’ai payé mes impôts. J’ai respecté la loi. Tout ce que je demandais à l’Amérique, c’était de pouvoir rester", témoigne-t-elle.
La succession de ces deux transferts porte un nom précis en droit international : le refoulement en chaîne. C’est le mécanisme par lequel une personne est transférée vers un pays tiers qui la renvoie ensuite vers un territoire où elle risque la persécution, la torture ou un autre préjudice grave.
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Le Département d’État explique de son côté que le gouvernement américain usera de "tous les moyens légaux pour éloigner les personnes qui n’ont pas le droit de rester aux États-Unis". Il refuse aussi de commenter ses accords et échanges diplomatiques avec les pays tiers et renvoie à l’ICE pour les opérations d’expulsion.