Deux visions se font face pour la future vie du Couvent Levat à partir de 2027
Depuis dix ans, le Couvent Levat accueille une résidence d'artistes et de nombreux événements à deux pas de la Friche la Belle de Mai. Dans quelques jours, la Ville de Marseille lancera un appel à man
Depuis dix ans, le Couvent Levat accueille une résidence d’artistes et de nombreux événements à deux pas de la Friche la Belle de Mai. Dans quelques jours, la Ville de Marseille lancera un appel à manifestation d’intérêt pour déterminer le futur gestionnaire de ce site culturel désormais emblématique. Les associations impliquées annoncent déjà leurs différents projets.
Figuiers, oliviers et pruniers s’étalent sur près de deux hectares dans l’ancien quartier ouvrier de la Belle de Mai. De cet immense jardin au passé religieux, on oublierait presque son bitume environnant. Le chant des oiseaux se mêle aux cigales au-dessus de chats errants, accablés par la chaleur estivale. Mais derrière ce calme édénique, l’avenir du Couvent Levat reste suspendu à une décision de la Ville de Marseille.
À partir de 2027, cet unique poumon vert du quartier pourrait bien changer de gestionnaire. Alors qu’elles co-pilotent le site depuis 2023, les associations de L’Hydre et Juxtapoz voient leurs convention d’occupation arriver à échéance en décembre 2026.
Un changement juridique
Depuis son rachat en 2016, l’ancien couvent des Sœurs Victimes du Sacré-Cœur de Jésus accueille une pépinière d’artistes, de nombreux événements culturels et un vaste parc. Mais pour 2027, La Ville prévoit d’intégrer le jardin au domaine public. Ce changement de statut juridique requiert un appel à manifestation d’intérêt (AMI). Pour assurer son équité, il ouvre la gestion du couvent à la concurrence.
La municipalité indique déjà vouloir « pérenniser les activités culturelles, artistiques et pédagogiques, notamment la Cité d’artistes », tout en ouvrant davantage l’espace vert aux habitants. L’AMI est attendu d’ici fin juillet, portant donc autant sur le bâtiment que sur ses espaces extérieurs.

Pour Levat, le couvent est un « bien commun »
Créée fin 2025, l’association Levat rassemble 18 structures du quartier déjà investies dans la vie du site. Sur sa feuille de route présentée le 11 juillet, elle souhaite faire du couvent un lieu davantage tourné vers les besoins du quartier.
Les 41 ateliers d’artistes existants seraient maintenus aux deux étages. Le rez-de-chaussée du bâtiment s’ouvrirait en espaces partagés pour les associations usagères, avec notamment une cuisine collective. « On ne veut pas effacer ce qui a été fait, mais faire de la place au reste », résume Déborah Aubert, membre de l’association L’Hydre, soutien officiel de cette candidature.
« En tant qu’habitant de la Belle de Mai, je me sens clairement exclu du fonctionnement actuel du Couvent », témoigne Vincent, membre de Levat, appelant à plus d’implication des riverains. La gouvernance collégiale proposée associerait autant les habitants du quartier que les associations dans la gestion du site.
Juxtapoz veut poursuivre l’aventure artistique avec un projet renouvelé
Juxtapoz défend les mêmes ambitions artistiques et culturelles dans un projet nouvellement formulé. Après avoir annoncé début 2025 son intention de quitter le Couvent, l’association prépare finalement une réponse à l’AMI.
Un revirement qu’elle explique par l’amélioration de sa situation financière, mais aussi par la perspective que son projet devienne enfin pérenne. « Nous l’avions déjà demandé en 2021, sans succès. L’AMI est une opportunité pour nous. Car le caractère temporaire de nos conventions empêchait de construire des plans à long terme », estime Karine Terlizzi, la présidente.
« Échelle du projet, modèle économique et gouvernance », c’est par ce triptyque que Charlotte Pelouse, co-directrice du site, résume la stratégie de Juxtapoz. Si les usagers seraient davantage consultés, l’association désire bien conserver une direction unique. « Nous n’avons pas envie d’entrer dans un fonctionnement de gestion par le consensus, comme Levat l’envisage ».
La mairie reprend la main sur le jardin
C’était un point de tension dans la gestion du site ces dernières années : l’exploitation de l’extérieur. « En 2017, nous avons sous-estimé les enjeux du quartier et de préservation de la biodiversité », reconnaît Juxtapoz. La structure s’est vue retirer la gestion de la serre et des vergers en 2023, au profit de L’Hydre.
« Nous n’assurerons pas l’entretien du dehors et y stopperons les activités culturelles. L’abandonner nous permettra de mieux développer notre association », assure Karine Terlizzi.
En effet, selon les orientations déjà communiquées par la Ville, le jardin devrait être administré par la direction municipale de la Nature en Ville, indépendamment donc du futur lauréat de l’AMI. Un choix municipal qui interroge la place du collectif Levat, qui fait de la préservation du jardin l’élément clef de son projet.

Deux visions devenues incompatibles
Derrière ces deux démarches se dessinent des désaccords qui se sont progressivement cristallisés au fil des années autour du Couvent Levat. Ils portent moins sur les objectifs que sur la manière d’occuper le site. Alors que chaque association se considère plus légitime que l’autre pour en assurer la gestion à partir de 2027, une candidature conjointe apparaît aujourd’hui impossible.
Evoquée ces dernières semaines, la candidature de Yes We Camp n’aura pas lieu. Comme nous le confirme l’association spécialiste de l’occupation temporaire de bâtiments, elle n’a jamais souhaité candidater. « On travaille à impulser une dynamique sur des sites abandonnés. Là, il y a déjà du monde, de l’énergie et des projets ».
À ce stade, Juxtapoz et Levat sont donc les deux seuls candidats déclarés. Les critères précis de sélection seront connus avec la publication de l’appel à manifestation d’intérêt, annoncée pour la fin du mois de juillet. Il reviendra à la Ville de départager les projets, et les visions.