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Deux plaisanciers condamnés à Nice pour ne pas avoir porté secours à leur ami, disparu de leur voilier près de l’île de Porquerolles

Dans la nuit du 25 au 26 août 2023, au large de la Méditerranée, un homme disparaissait d’un voilier sans qu’aucun de ses deux compagnons de voyage ne donne l’alerte. Jugés à Nice pour non-assistance à personne en danger, ils encouraient 5 ans d’emprisonnement.

La traversée entre amis a tourné au drame. Le 24 août 2023, vers 17 heures, trois amis, ainsi qu’un enfant de 7 ans, prennent la mer depuis Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône) à bord de l’Alchimiste.

Ils doivent rejoindre Villefranche-sur-Mer, où ils ont prévu de récupérer la mère de l’enfant, qui est aussi la propriétaire du bateau et l’ex de l’un des plaisanciers.

Le lendemain du départ, dans la soirée, les hommes organisent leur quart.

L’un part se reposer avec l’enfant, tandis qu’un autre prend les commandes du voilier. Le troisième, considéré comme le moins expérimenté, se trouve à l’avant du bateau, sur la delphinière.

La mer est calme, les conditions de navigation sont bonnes.

Aux alentours de minuit, au moment de passer le relais, celui qui est à la barre constate que l’un de ses compagnons n’est plus à bord. Il affirme l’avoir cherché partout. Là où il aurait dû se trouver, ne reste que des traces de sang.

L’Alchimiste, à ce moment-là, se trouve à proximité de l’île de Porquerolles.

Pas d’appel au secours

Bien qu’ils disposent de tout le matériel nécessaire (portable et radio VHF) pour aviser le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de la situation (Cross), le duo poursuit sa route.

Pour Me Raphaël Romi, avocat de l’un des deux prévenus, l’affaire présente une difficulté particulière : celle de distinguer la faute formelle des circonstances humaines dans lesquelles elle a été commise.

La victime, retrouvée dans l’eau inconsciente, a été transportée vers Pasteur 2 dans un état grave.

Selon lui, les deux hommes étaient convaincus que leur compagnon, âgé de 67 ans, avait probablement mis fin à ses jours. Compte tenu de ses antécédents psychiatriques et de sa fragilité psychologique, ils auraient interprété les circonstances de sa disparition dans ce sens.

Lorsqu’ils ont découvert les traces de sang à l’avant du voilier, ils se seraient trouvés dans un « état de sidération », aggravé par la présence à bord d’un enfant de sept ans.

Homicide écarté, non-assistance retenue

Le 26 août, le voilier connaît une avarie mécanique. Les plaisanciers demandent alors à pouvoir accoster en urgence à Nice et entrent en contact avec les responsables du port.

Et ce n’est que le 27 août, vers 16 heures, qu’ils se rendent à la brigade de gendarmerie maritime pour déclarer la disparition de leur ami.

Près de quarante heures se sont écoulées depuis le moment où ils ont constaté qu’il n’était plus à bord.

L’attitude des deux hommes après la disparition va inévitablement nourrir les interrogations et les soupçons. D’autant que le corps du septuagénaire ne sera jamais retrouvé.

L’enquête avait initialement été ouverte sur des faits beaucoup plus graves, notamment sous l’hypothèse d’un homicide volontaire.

Cette piste n’a toutefois pas été retenue à l’issue de l’instruction. Aucun élément n’a permis d’établir que les deux hommes avaient tué leur compagnon.

Le dossier a donc été renvoyé devant le tribunal correctionnel pour non-assistance à personne en danger.

Des condamnations identiques

Me Romi insiste sur la relation qui unissait les trois hommes. Selon lui, les deux prévenus avaient accepté d’embarquer leur ami précisément parce qu’ils connaissaient « ses fragilités » et « souhaitaient lui offrir un cadre apaisant ».

L’avocat décrit « une relation d’amitié et de bienveillance », qui rend la suite des événements d’autant plus douloureuse pour les intéressés.

Le parquet, représenté par Hervé Leroy, avait requis des peines différentes. Trois mois avec sursis pour l’un et 6 mois également assorti du sursis pour le second, tenant notamment compte du rôle joué par chacun à bord et de l’expérience nautique de l’un des deux prévenus, qui avait notamment déjà traversé l’Atlantique.

Le tribunal, présidé par Isabelle Demarbaix-Joando, a finalement condamné les deux hommes à douze mois d’emprisonnement avec sursis.