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Deux kilos en plus, trois victoires mais aussi des coups de fatigue : pourquoi Remco Evenepoel termine sa saison sur courant alternatif

Sa quatrième place en Lombardie résume plusieurs semaines contrastées pour Remco Evenepoel. Toujours combatif, le champion d'Europe a encore un chrono à disputer avant les vacances.

Remco Evenepoel ne gardera pas un souvenir impérissable de sa première sortie avec le maillot de champion d'Europe. Il espérait s'offrir un beau shooting en franchissant la ligne du Tour de Lombardie en premier. Mais il a terminé quatrième.

Une belle performance, dans l'absolu, mais qui laisse une pointe de déception à celui qui restait sur deux deuxièmes places dans la Classique des feuilles mortes, derrière Tadej Pogacar, en 2024 et 2025. En l'absence du Slovène, le Belge figurait parmi les grands favoris, aux côtés de Paul Seixas et d'Isaac Del Toro.

Un statut que le Belge acceptait volontiers, comme l'a prouvé sa prise de parole samedi matin à Bergame. Micro en main, Remco avait pris la parole pour expliquer le mouvement de protestation des coureurs contre les défaillances de sécurité, au nom d'un collectif inquiet des incidents impliquant des véhicules sur les courses.

Mais une fois la course entrée dans sa phase décisive, le champion d'Europe a rappelé toute son humanité. Celle d'un coureur d'exception, qui connaît des journées exceptionnelles et d'autres un peu moins.

Sa course : "De bonnes jambes jusqu'au Civilgio"

Pendant longtemps, pourtant, le scénario avait conforté les ambitions du Belge. Red Bull-BORA-hansgrohe a travaillé pour maintenir la course sous contrôle, avec un excellent Giulio Pellizzari. "Tout se déroulait comme prévu. La situation est devenue un peu délicate lorsque les Américains (McNulty, Jorgenson, Simmons) sont partis, mais nous sommes restés calmes. Dans la première ascension du San Fermo, tout allait encore bien."

Le Civiglio, un peu plus de quatre kilomètres à près de 10 %, a changé la donne. "Les jambes ont commencé à souffrir à mesure que la montée se prolongeait." Paul Seixas y a imposé un rythme auquel Evenepoel ne pouvait plus répondre. Pas une attaque brutale, plutôt une accélération prolongée qui a fait céder les favoris. "UAE a un peu ralenti et Paul a poursuivi sur le même tempo. Sur une montée à 10 ou 11 %, c'est évidemment très difficile. Il était le plus fort et sa victoire est méritée."

Le monumental Paul Seixas a (encore) écrit l'histoire en Lombardie : "Mon prochain rêve, c'est de rivaliser avec Pogacar"

Distancé, Remco n'a cependant jamais baissé les bras. "Je ne suis pas quelqu'un qui abandonne facilement. J'ai entendu à la radio que Ciccone était en train de lâcher devant et que nous pouvions encore le reprendre." La perspective du podium l'a poussé à poursuivre son effort. Il a finalement terminé quatrième, sans avoir à rougir de sa résistance. "Ce n'est pas ce pour quoi nous étions venus, mais je pense qu'il n'y avait pas beaucoup plus à faire aujourd'hui."

Sa forme : "Pas mes meilleures jambes depuis le Tour"

Dans la ville natale d'Alessandro Volta, l'inventeur de la pile électrique, Remco a encore fonctionné sur courant alternatif. De bonnes sensations pendant longtemps, puis des jambes qui n'ont plus suffi pour suivre les meilleurs dans le Civiglio. Cette Lombardie résume assez bien ses dernières semaines. À Côme, au pied du bus de son équipe, après le contrôle antidopage, il a livré un constat lucide : "Depuis le Tour, je n'ai plus vraiment retrouvé ma toute meilleure forme."

Le constat lucide de Remco Evenepoel après sa 4e place au Tour de Lombardie : "Depuis le Tour de France, je n'ai jamais retrouvé ma meilleure forme"

Cela ne l'a pas empêché de gagner. À Québec, le 11 septembre, il a réglé Giulio Ciccone au sprint. À l'Euro, trois semaines plus tard, il a récidivé face au même adversaire, malgré une chute et un dénouement au millimètre. Entre les deux, son quatrième titre mondial consécutif contre la montre a confirmé sa domination dans cet exercice. Mais Montréal a montré un visage moins conquérant : cinquième du Grand Prix, puis douzième de la course en ligne des Mondiaux.

Une alternance qu'il ressent aussi à l'entraînement. "Depuis juillet, il y a eu des hauts et des bas. Je suis passé de très bonnes journées à des journées moins bonnes. Cela se paie en compétition." Une saison commencée dès la fin du mois janvier et une préparation du Tour exigeante peuvent laisser des traces en octobre.

Son profil a aussi évolué. Le travail sur son explosivité s'est accompagné d'une prise d'au moins deux kilos après le Tour. Un élément qui peut peser dans les forts pourcentages, où chaque kilo supplémentaire compte. Le contraste entre ses sprints victorieux et ses difficultés dans le Civiglio nourrit la réflexion sur l'équilibre entre puissance et légèreté.

Il serait néanmoins réducteur d'en faire l'unique explication. Evenepoel avait encore tenu tête à Ciccone dans les ascensions slovènes une semaine plus tôt. La fraîcheur et la durée de l'effort entrent aussi dans l'équation. "Ce n'était pas ma meilleure journée sur le vélo, mais ce n'était pas une mauvaise journée non plus. Nous n'avons rien à nous reprocher", résumait-il samedi soir.

Sa dernière mission au chrono des Nations : "Encore 45 minutes à tout donner"

Il lui reste un dernier effort, dimanche 18 octobre au Chrono des Nations, aux Herbiers. "Encore trois quarts d'heure à tout donner, puis ce sera terminé." Terminé pour la compétition, du moins. Car avant les vacances, Remco doit encore préparer la suite.

Direction la Californie pour les habituels tests en soufflerie. "Nous avons un nouveau vélo de contre-la-montre, donc il y a des choses à tester", expliquait-il vendredi. Quelques examens médicaux avec l'équipe complètent ce programme, avant deux vraies semaines de vacances, attendues avec impatience par le champion d'Europe.

"Si quelqu'un de l'équipe m'écrit ou m'appelle durant cette période, je ne répondrai pas. Je pense qu'ils le savent. Deux ou trois semaines sans aucune sollicitation, c'est assez mérité." Avant de tourner ses ambitions vers 2027.

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