Deux chances sur trois pour que la Fed passe son tour : “La situation est sur le fil du rasoir”
La Banque centrale européenne (BCE) s'est prononcée, la semaine dernière, sur ses taux, en les maintenant. La Banque d'Angleterre (BoE) comme la Banque du Japon (BoJ) devraient, elles aussi, opter cette semaine...
La Banque centrale européenne (BCE) s'est prononcée, la semaine dernière, sur ses taux, en les maintenant. La Banque d'Angleterre (BoE) comme la Banque du Japon (BoJ) devraient, elles aussi, opter cette semaine pour la stabilité. Mais c'est bien la banque centrale américaine (la Réserve fédérale, ou Fed) qui va monopoliser l'attention sur les marchés, ce mercredi, avec sa décision attendue sur les taux directeurs.
Depuis décembre, les taux américains stagnent dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Si le scénario d'un statu quo reste privilégié par la majorité des investisseurs, une hausse surprise n'est pas à exclure : l'outil FedWatch du CME (baromètre très suivi, développé par le Chicago Mercantile Exchange) lui attribue encore une probabilité d'un tiers.
Fidèle à son principe de ne plus donner d'indications prospectives, Kevin Warsh pourrait préférer laisser le marché dans l'incertitude.
"La situation est pratiquement sur le fil du rasoir", résume-t-on chez ING. La logique en faveur d'une pause s'appuie principalement sur l'apaisement de l'inflation en juin, soutenu par le repli des prix de l'énergie. Pour autant, le marché reste nerveux face aux intentions du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh. Fidèle à son principe de ne plus donner d'indications prospectives (forward guidance), Kevin Warsh pourrait préférer laisser le marché dans l'incertitude. Un choix stratégique pour affirmer la crédibilité et l'indépendance de l'institution, notamment vis-à-vis du président américain Donald Trump, même si cela alimente les spéculations sur un tour de vis surprise partiellement anticipé.
La chute des géants des puces n'entraîne pas les Bourses européennesPour Christian Scherrmann, économiste américain chez le gestionnaire d'actifs DWS, les données brutes ne plaident pas pour un resserrement immédiat lors de ce Comité de politique monétaire (FOMC). L'inflation s'est adoucie et le marché du travail ne génère pas de poussée salariale excessive. Cependant, plusieurs risques subsistent.
guillement"Les hausses de taux mettent sous pression l'économie réelle"
Les tensions sur les prix du pétrole ravivent la crainte d'effets de second tour sur l'inflation sous-jacente. "Les hausses de taux ne produisent pas de pétrole à l'étranger ; en revanche, elles mettent sous pression l'économie réelle", rappelle Christian Scherrmann, citant Kevin Warsh lui-même. Côté tarifs douaniers, malgré les incertitudes juridiques post-Cour suprême, l'expert ne prévoit pas de nouveaux sommets, ce qui devrait maintenir certaines forces désinflationnistes.
Transition délicate pour la "nouvelle" Fed
Concernant les dépenses massives liées à l'intelligence artificielle (IA), souvent pointées du doigt par les marchés, DWS se veut rassurant : leur faible poids dans l'indice des prix à la consommation limite leur impact direct. Si l'IA stimule la demande à court terme, elle devrait surtout élargir l'offre à moyen terme, une vision accommodante partagée par la présidence de la Fed.
"L'inflation est trop élevée": une responsable de la Fed durcit le tonAvec une inflation modérée et un marché du travail équilibré, la tentation d'une hausse des taux s'estompe. Mais la "nouvelle" Fed sous Kevin Warsh se veut plus analytique et moins prévisible. Si la barre reste haute pour justifier un maintien prolongé − les chiffres d'inflation devant encore baisser dans les mois à venir −, la réunion pourrait voir émerger des voix dissidentes au sein du FOMC, réclamant un durcissement.
Pour DWS, le scénario le plus probable reste donc celui d'une Fed "sous surveillance de l'inflation", maintenant ses taux inchangés pour ce meeting, tout en laissant la porte ouverte aux ajustements futurs.
"L'inflation rassure sans convaincre"
C'est aussi l'avis de Kevin Thozet, membre du comité d'investissement de Carmignac : "L'économie américaine continue de surprendre par sa résistance, souligne-t-il. Elle a encaissé un cycle de hausse de taux d'une ampleur exceptionnelle, une guerre commerciale, puis une guerre tout court, sans que les principaux indicateurs ne se dégradent véritablement."
Quant aux derniers chiffres d'inflation, "ils ont rassuré, sans convaincre. À 3,5 % pour les prix à la consommation et 6,6 % pour les prix à la production sur un an, la décrue reste très incomplète, estime l'expert de Carmignac. Surtout avec la nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz et les prix de l'énergie qui repartent en flèche, ces données pourraient déjà appartenir au passé".
"Pour préserver sa crédibilité, la Fed devra donc tôt ou tard confirmer sa nouvelle ligne par une hausse de taux. Mais la réunion de septembre reste la fenêtre de hausse la plus probable", considère le responsable de Carmignac.
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