Deux braqueurs du Louvre brisent le silence: “Le commanditaire n’était pas satisfait”
Soumis à de nouveaux interrogatoires, les deux principaux suspects du casse du Louvre racontent comment ils auraient été recrutés, à peine quelques jours avant le cambriolage. Le mystérieux commanditaire reste toujours introuvable et aurait été déçu du butin, rapporte Le Monde qui a pu consulter les procès-verbaux des auditions.
Soumis à de nouveaux interrogatoires, les deux principaux suspects du casse du Louvre racontent comment ils auraient été recrutés, à peine quelques jours avant le cambriolage. Le mystérieux commanditaire reste toujours introuvable et aurait été déçu du butin, rapporte Le Monde qui a pu consulter les procès-verbaux des auditions.
A.MA
Source: Le Monde, Het Laatste Nieuws, Euronews
13 juillet 2026, 13:45Dernière mise à jour: 13:57
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Pendant des mois, Abdoulaye N. (40 ans) et Ghelamallah A. (36 ans) ont gardé le silence sur leur rôle dans le spectaculaire vol d’œuvres d’art survenu en octobre 2025. Mais lors de nouvelles auditions en juin, les deux hommes sont longuement passés aux aveux devant les juges d’instruction. Ils y décrivent comment, selon leurs dires, ils ont été recrutés à peine quelques jours avant les faits par un mystérieux commanditaire originaire d’Aubervilliers, une commune de la banlieue parisienne.
Les deux hommes sont soupçonnés de s'être introduits dans la galerie d'Apollon du musée du Louvre le dimanche 19 octobre 2025, en utilisant un monte-meuble. Équipés de meuleuses, ils ont forcé les vitrines contenant les joyaux de la Couronne de France, avant de redescendre avec leur butin sous les yeux des touristes. Ils ont ensuite pris la fuite à scooter, avant d'être interpellés une semaine plus tard.
Une mission estimée entre 15.000 et 20.000 euros
Selon Abdoulaye, la mission était d’une simplicité déconcertante: briser les vitrines et rafler les bijoux. Cet homme d’une quarantaine d’années, chauffeur de taxi clandestin qui s’était fait connaître sur internet pour ses cascades à moto sous le pseudo de “Doudou Cross Bitume”, affirme que c’est précisément cette réputation qui l’a qualifié pour le coup. “Je suis connu comme motard. Je suis athlétique, dynamique et débrouillard.”
Il a expliqué qu’il était “profondément dans le rouge” financièrement et que c’est pour cette raison qu’il avait accepté la proposition. En échange, il devait toucher entre 15.000 et 20.000 euros. “Peut-être plus, selon le butin.” Abdoulaye a également admis explicitement qu’il connaissait la cible. “Je savais que j’allais cambrioler le Louvre”, a-t-il déclaré.
Son complice, Ghelamallah, un Algérien sans emploi originaire d’Aubervilliers, près de Paris, a quant à lui affirmé qu’il pensait qu’il s’agissait d’une bijouterie. “Je n’y serais jamais entré si j’avais su que c’était le Louvre.”
Récit
Le matin du braquage, les deux suspects se retrouvent à Aubervilliers avec deux autres complices, dont ils refusent de révéler l’identité. Ils prennent ensuite la direction du centre de Paris à bord d’un camion équipé d’un monte-meuble et de deux scooters. Prétendant effectuer des “travaux de maintenance”, ils prennent place aux commandes de l’engin.
Une fois en haut, ils forcent une fenêtre de la galerie d’Apollon pour s’introduire dans le musée. Meuleuse à la main et sac en bandoulière, ils commencent à découper les vitres de deux vitrines contenant des bijoux.
“Ce qu’on a fait est très grave”
“Quand on est entrés, il n’y avait personne, c’était le noir complet, seules les vitrines étaient éclairées”, raconte Abdoulaye. “Au loin, j’ai vu les agents de sécurité bouger derrière une porte ou quelque chose comme ça. (...) J’ai fracturé les vitres à la meuleuse et j’ai embarqué ce qu’il y avait à l’intérieur (...) Il suffisait juste de faire une ouverture.”
Durant la fuite, la couronne de l’impératrice Eugénie tombe d’un sac et est retrouvée au pied du Louvre. “Oui, c’est de ma faute, elle est tombée de mon sac”, avoue Abdoulaye. Lorsque les juges lui montrent une photo du bijou endommagé, il semble visiblement touché. “Ce qu’on a fait n’est pas bien, c’est très grave.”
Les quatre hommes prennent la direction d’Ivry-sur-Seine, juste après le braquage. Un Berlingo blanc les y attend depuis le petit matin. Le gang est alors scindé en deux groupes. Ghelamallah et un autre complice montent dans la camionnette avec une mission claire: effacer les traces. Le véhicule est retrouvé plus tard dans le Vexin, à l’ouest de Paris.
Abdoulaye part avec un autre complice dans la direction opposée. À scooter, ils traversent l’est parisien pour rejoindre un parking souterrain à Aubervilliers. C’est là que le butin est remis au mystérieux commanditaire.
“Mais il n’était pas satisfait. Il trouvait qu’on aurait pu en emporter plus, et qu’on avait perdu trop de temps en s’introduisant par la fenêtre.” Selon le suspect, “d’autres personnes” attendaient à la sortie du parking pour prendre immédiatement le relais et emporter les joyaux de la couronne. Depuis, on a perdu toute trace du butin.
“On m’a dit de me taire”
Les deux suspects refusent de révéler l’identité du commanditaire, affirmant agir par peur des représailles. “Ce ne sont pas des enfants de chœur”, confie Ghelamallah à propos des cerveaux du casse. Abdoulaye affirme lui aussi avoir subi des pressions. “Je n’ai pas été menacé directement, mais j’ai reçu des messages de l’extérieur (en prison). On m’a dit de me taire.”
Où sont les bijoux aujourd’hui?
Une question cruciale demeure: qu’en est-il des bijoux volés? Selon les enquêteurs, il n’existe encore aucune preuve tangible de l’implication réelle d’un commanditaire derrière ce vol. Pour autant, cette piste est loin d’être écartée.
D’après Le Monde, deux scénarios restent envisageables. Soit les joyaux de la couronne sont toujours cachés quelque part en région parisienne, en attendant le moment propice pour réapparaître. Soit ils ont déjà été sortis du territoire depuis longtemps pour être revendus sur le marché noir international.
Les enquêteurs redoutent que ces pièces historiques n’aient déjà été désassemblées et que les diamants, saphirs et émeraudes aient été vendus séparément. Si tel est le cas, toute trace des joyaux de la Couronne d’origine risquerait d’être définitivement perdue.