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Des vins de Bourgogne bons et accessibles, c’est possible

En 2015, l’inscription des climats de Bourgogne au patrimoine mondial de l’Unesco scellait le destin des Côtes de Beaune et de Nuits. Cette patrimonialisation fit craindre une fossilisation du vignoble bourguignon, ces grands terroirs occultant définitivement tous les autres. Mais, dix ans plus tard, l’histoire continue  de s’écrire, du nord au sud. L’autre Bourgogne n’a pas dit son dernier mot et offre souvent des rapports qualité-prix plus accessibles qui séduisent la jeune génération

Les vins de Bourgogne seraient trop chers, c'est du moins le procès qu'on leur fait de manière injuste au regard de la répartition de la production à l'échelle régionale. La chronique se focalise sur les Côtes de Beaune et de Nuits, dont le destin a été scellé en 2015 avec l'inscription des climats au patrimoine de l'UNESCO, au détriment du reste, pourtant majoritaire. Les appellations régionales et villages de cette grande Bourgogne entendent rivaliser sur le terrain de la qualité, pas sur celui des prix...

La Bourgogne viticole ne se résume pas à la Côte-d'Or alors que l’inscription des climats de Bourgogne au patrimoine mondial de l’Unesco a encore davantage focalisé l’attention sur seulement 19% des vignes plantées. Alors que le vignoble bourguignon compte 32 300 hectares de vignes en tout qui s’étendent de Chablis au nord à Mâcon au sud.

L'arbre qui cache la forêt

L'arbre qui cache la forêt : voilà ce que représentent les grands crus, situés uniquement sur les Côtes de Beaune et de Nuits (à l'exception du Grand Cru de Chablis), soit 1% de la production viticole bourguignonne qui, il faut bien l'avouer, occupe les journalistes et tout commentateur zélé de la région. Pourtant, cet ensemble ne constitue pas un isolat, il existe au sein d'un ensemble bien plus étendu, composé d'appellations régionales : crémant de Bourgogne, coteaux bourguignons, bourgogne aligoté... qui représentent plus de la moitié de la production (53 %) et d'appellations villages et premiers crus (46 %).

En tant qu'emblèmes, les côtes de Beaune et de Nuits constituent un barycentre autour duquel gravitent les autres zones viticoles de la région. Ce modèle institue un rapport au terroir d'une extrême précision, autour d'une unité originale, le "climat". Cet idiome désigne un ilot de vignes, identifié et patiemment mis en valeur par des générations vignerons. Et le concept, loin d'être un monopole fait florès. En côte Chalonnaise, dans les villages du Mâconnais, à Chablis et dans le Grand Auxerrois et même dans les Hautes Côtes, les vignerons cultivent le même attachement au terroir. Dans toute la Bourgogne, les vignerons s'adaptent au substrat : la terre.

Une Bourgogne accessible

Les vins de Bourgogne auraient atteint des prix stratosphériques : ce grief, devenu un lieu commun, est surtout injuste parce que le vignoble bourguignon ne se résume pas aux grands crus. Les amateurs éclairés_mais sans fortune_peuvent succomber à des appellations régionales comme Bourgogne Hautes Côtes de Nuits et de Beaune, Côte d'Or, Côte Chalonnaise, ou encore des villages encore méconnus...

Pour prouver qu'on peut trouver de belles cuvées entre 10 et 35 €, la rédaction a sélectionné 71 cuvées dans son numéro d'avril-mars 2026 (117-118), dont voici quelques coups de cœur.

On a goûté, on a aimé :

BOURGOGNE COULANGES-LA-VINEUSE
Domaine Houblin Vernin Les Vignes de l’église 2022, rouge 25 € 

Bienvenue à Coulanges-la-Vineuse, une appellation peu connue qui gagne à l’être ! Sur le terroir argilo-calcaire du lieu-dit des « Vignes de l’Église », réputé dès le XIIe siècle, les vignes de 35 ans s’expriment. Côté cave : levures indigènes et départ pré-fermentaire à froid. L’élevage de 24 mois (12 en cuve, 12 en fûts) affine l’ensemble. Le nez dévoile une pointe d’eucalyptus mêlée à la fraise et à la groseille. La bouche est fine, tendue et épicée. Au top avec des aubergines à la parmigiana. Un vin frais, plein de peps, à découvrir d’urgence !

BOUZERON
Maison Chanzy Les Clous 2023, blanc 24,50 € 

Exposée sud-est, la parcelle « Les Clous » s’étire en longueur sur des sols calcaires et des marnes bleues à proximité des maisons du village de Bouzeron. Pour ceux qui douteraient de la noblesse du cépage aligoté, cette cuvée est un joli démenti. Le nez donne la sensation de plonger dans un bouquet de fleurs jaunes. En bouche, on est séduit par ces parfums de bois blond, de pain à la croûte bien dorée, de noisette grillée et de champ de blé en été. Tout cet enrobage résulte d’un élevage assez long de 12 mois en fût, et vient habiller la colonne vertébrale de fraîcheur portée par les agrumes. 

MÂCON-VERZÉ
Domaine Nicolas Maillet Le Chemin blanc 2024, blanc  22 €

À Verzé, la famille Maillet écrit son style depuis quatre générations, avec une même obsession : laisser parler le vivant, aujourd’hui à travers la biodynamie. Dès l’ouverture, le vin évoque une promenade au printemps, quand la nature s’éveille. Des notes herbacées apparaissent, puis surgissent l’agrume et la fougère, avant que tout ne se transforme avec fluidité. La texture gagne en profondeur, se déploie avec élégance et glisse vers une rondeur fine, subtilement toastée. En filigrane, une nuance pâtissière, une touche de fleur de sel. Un vin qui appelle naturellement la table et s’impose avec évidence sur des sashimis de thon.

POUILLY-FUISSÉ
Domaine Pacaud Les Chevrières 1er Cru, blanc 35 €  

Voici un vin vinifié à quatre mains par les frères Pacaud, Julien et Sébastien, qui tient son rang de premier cru. Issu du climat « Les Chevrières » – l’un des vingt-deux de Pouilly-Fuissé –, il provient de vieilles vignes qui expriment la générosité de ce terroir argilo-calcaire à entroques. Des reflets bouton d’or annoncent un vin riche qu’un bouquet généreux, de noisette, de muguet et de lys confirme. L’attaque est légèrement veloutée, sans lourdeur, avec des arômes qui se déploient sur le zeste de citron confit. L’impression se prolonge, fraîche, sur la pêche blanche et de la poudre de craie.