Des tenants de la ligne dure désormais aux commandes de l’appareil…
Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a remanié, plus tôt ce mois-ci, les principaux responsables de la sécurité du pays, imprimant sa marque et préparant la République islamique à une confrontation durable...
Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a remanié, plus tôt ce mois-ci, les principaux responsables de la sécurité du pays, imprimant sa marque et préparant la République islamique à une confrontation durable avec les États-Unis.
Au pouvoir depuis la mort de son père, Ali Khamenei, au début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran fin février, Mojtaba Khamenei n’a toujours pas fait d’apparition publique depuis son accession au pouvoir. Son état de santé comme son influence restent incertains.
Les 9 et 10 août, il a pourvu plusieurs postes clés de l’appareil sécuritaire — dont beaucoup étaient restés vacants après la mort de leurs précédents titulaires pendant la guerre — en nommant des figures expérimentées et loyales issues des Gardiens de la Révolution, puissant corps armé de la République islamique.
Parmi elles figurent Mohsen Rezaei, 71 ans, ancien commandant des Gardiens pendant presque toute la guerre contre l’Irak dans les années 1980, et Hossein Taeb, 63 ans, ancien chef du renseignement des Gardiens, brusquement écarté en 2022 dans des circonstances mystérieuses.
Ces nominations sont « révélatrices de l’adoption d’une posture plus offensive et davantage disposée à prendre des risques », estime Jason Brodsky, directeur des politiques du groupe de réflexion américain United Against Nuclear Iran (UANI).
« Elles montrent que l’Iran prévoit et se prépare à rester dans une logique de guerre », ajoute-t-il, estimant que Mojtaba Khamenei a fait revenir « la vieille garde » des Gardiens.
Mais les conséquences de ces nominations sur la diplomatie avec les États-Unis restent à être observées après l’expiration d’un délai de 60 jours fixé pour parvenir à un accord.
Les discussions ont jusqu’ici été menées par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, considéré comme tenant d’une ligne moins dure.
Voici les principales figures de l’appareil sécuritaire iranien :
Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale
Commandant des Gardiens dans les années 1980 et 1990, dont la barbe noire et l’air sévère sont familiers des Iraniens, Mohsen Rezaei n’a jamais quitté le devant de la scène.
Ses tentatives en politique n’ont en revanche pas été couronnées de succès, avec plusieurs candidatures infructueuses à l’élection présidentielle.
Sa nomination à ce poste stratégique, occupé auparavant par Ali Larijani, tué pendant la guerre, a surpris certains observateurs.
En avril, il avait menacé de couler des navires américains dans le détroit d’Ormuz si les États-Unis décidaient d’y « faire la police » et avait affirmé en juin que toute attaque américaine susciterait un « déluge » de missiles.
Sous sanctions américaines depuis 2020, il est accusé d’être impliqué dans l’attentat de 1994 contre un centre communautaire juif en Argentine.
Hossein Taeb, chef des forces du Bassidj
Ce religieux a été nommé à la tête du Bassidj, une branche paramilitaire des Gardiens, tristement célèbre pour son rôle dans le maintien de l’ordre dans la rue iranienne.
Il avait dirigé le renseignement des Gardiens pendant près de quinze ans, jusqu’à son remplacement en juin 2022. Son départ soudain, et dont les raisons sont restées floues, a toutefois coïncidé avec la fuite d’informations concernant un projet présumé visant des Israéliens en Turquie.
La nomination de ce compagnon de route de longue date de Mojtaba Khamenei reflète « la crainte du pouvoir iranien de voir renaître les troubles alors que la situation économique se dégrade, le Bassidj étant appelé à jouer un rôle central dans la répression de futures manifestations », estime Jason Brodsky.
Ahmad Vahidi, commandant en chef des Gardiens
Ex-ministre de l’Intérieur et de la Défense, Ahmad Vahidi est le troisième commandant en chef de cette armée idéologique en moins d’un an, après la mort de son prédécesseur Mohammad Pakpour, puis celle de Hossein Salami.
C’est peut-être la raison pour laquelle il s’est fait discret depuis le début de la guerre et n’est apparu publiquement pour la première fois que lors des funérailles d’Ali Khamenei en juillet.
Plusieurs communiqués avaient été publiés en son nom en tant que commandant des Gardiens, mais le décret de Mojtaba Khamenei constitue la première confirmation officielle de sa promotion.
Il fait l’objet de sanctions américaines depuis les manifestations de 2022, les États-Unis le jugeant responsable de « graves violations des droits de la personne ».
Ali Abdollahi, chef d’état-major des forces armées
Ali Abdollahi avait auparavant dirigé Khatam al-Anbiya, le commandement militaire central interarmées. Son nouveau poste consiste à assurer la coordination entre les forces armées et les Gardiens.
Déjà très présent dans les médias pendant la guerre, il avait averti en juin que si les États-Unis attaquaient à nouveau l’Iran, les flammes de la guerre « s’étendraient davantage et gagneraient en ampleur ».