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Contre la migraine, la révolution des nouveaux traitements pour éviter les crises

Des thérapies innovantes permettent de prévenir les crises. Elles sont proposées à 800 patients au CHU de Nice. Si elles changent la vie des malades, elles ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. Mais la situation pourrait évoluer en 2027.

Elle gâche la vie de celles et ceux qui souffrent des formes les plus sévères. La migraine touche plus de 10 millions de personnes en France. Une sur dix nécessite un suivi médical régulier du fait d’une forme sévère (1). Au plus fort de la crise, ces femmes et ces hommes se retrouvent cloués au lit, dans l’obscurité.

Pour ces patients, l’arrivée de nouveaux traitements de fond, les anticorps monoclonaux anti-CGRP et les antagonistes du récepteur du CGRP (gepants), qui évitent les crises, représentent un véritable espoir.

Car cette maladie, à ne pas confondre avec un simple mal de tête, est très invalidante. Elle se manifeste par des céphalées qui peuvent s’accompagner de nausées, vomissements, auras…

« Les crises durent de 4 à 72 heures », explique le Dr Michel Lanteri-Minet, neurologue responsable médical du service anti-douleur au CHU de Nice.

Quand parle-t-on de migraines sévères ? « Lorsque les patients en souffrent 8 à 14 jours par mois. Et on parle de migraine chronique quand ils connaissent plus de 15 jours de céphalées par mois dont au moins 8 avec des migraines, dont les caractéristiques sont la douleur pulsatile, aggravée par l’effort qui s’accompagne de signes distinctifs associés. »

Les crises de migraines sont très invalidantes.

Un nouveau traitement efficace pour éviter les crises

C’est du côté des traitements de fond, préventifs, que se situe la principale avancée.

La première est une bio-thérapie avec l’arrivée d’es anticorps monoclonaux spécifiques ciblant directement la voie du CGRP, un peptide qui sert de médiateur chimique dans le déclenchement et la douleur de la crise de migraine.

Ces molécules biologiques de nouvelle génération neutralisent directement le peptide ou son récepteur.

"C’est une véritable innovation ! On a des patients qui sont passés de 20 jours de migraine par mois à un jour… ça change leur vie."

« Certaines personnes que je suivais depuis 20 ans et pour lesquelles on était en échec thérapeutique sont, d’’un seul coup, quasiment’guéries’,», témoigne le Dr Michel Lanteri-Minet.

Le traitement se présente soit sous forme d’injection sous-cutanée mensuelle à faire soi-même, soit sous forme de perfusion intraveineuse trimestrielle réalisée à l’hôpital.

« Le problème c’est que les injections sous-cutanées ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. Or ça coûte 300 euros par mois à la charge du patient. Heureusement, la forme intraveineuse est disponible dans certains établissements hospitaliers comme au CHU de Nice, » pointe le neurologue.

800 migraineux sévères traités au centre expert du CHU de Nice

Le Dr Michel Lanteri-Minet, neurologue au CHU de Nice.
Le Dr Michel Lanteri-Minet, neurologue au CHU de Nice.
Sophie Casals

« Nous disposons de cette biothérapie depuis 2023, rembobine le Dr Lanteri-Minet. Notre direction a accepté que nous intégrions ce traitement, sous forme de perfusion dans notre offre de soins, en dépit de son coût encore plus important que les formes sous-cutanées.

Ce financement permet aux migraineux les plus sévères d’avoir accès à cette innovation sans avoir à assumer le coût du traitement. »

D’autres grands centres comme les Hospices civils de Lyon ou Paris, jusqu’à récemment ont refusé ou imposé des quotas stricts.

« Nous avons initié ce traitement chez plus de 800 migraineux, la grande majorité le poursuit. Cette file active nous a imposé une augmentation de la capacité d’accueil de notre hôpital de jour. En dépit de cette augmentation, notre liste d’attente dépasse les six mois et nous avons plus de 100 patients qui attendent d’être traités. »

Un traitement bien toléré et efficace

Le neurologue souligne la très bonne tolérance : le traitement n’induit pas de prise de poids, pas de somnolence. Il peut entraîner une allergie mais, grâce à un partenariat avec l’équipe d’allergologie du service de pneumologie, le CHU de Nice a mis en place un protocole de désensibilisation qui a fait l’objet d’une publication internationale.

Il évoque également quelques rares cas de perte de cheveux ou d’aggravation du syndrome de Raynaud (un trouble temporaire de la circulation sanguine qui touche essentiellement les doigts et orteils.)

Mais le Dr Michel Lanteri Minet insiste sur l’efficacité spectaculaire de cette biothérapie.

« Trois quarts des patients sont répondeurs, contre seulement un tiers pour les anciens traitements chimiques oraux. Chez les répondeurs, 50 % voient leurs crises diminuer au moins de moitié et chez les « supers répondeurs », on assiste à plus de 75 % d’amélioration. »

Vers un remboursement des traitements de fond en 2027 ?

« On est probablement l’un des rares pays, si ce n’est le seul pays à haut niveau de vie, dans lequel les produits sous-cutanés ne sont pas pris en charge, déplore le Dr Lanteri-Minet. Cela crée une injustice sociale dramatique : seuls les patients aisés peuvent s’offrir ces seringues dont le coût représente 15 % du salaire médian. »

Les formes sous-cutanées d’anticorps monoclonaux anti-CGRP ne sont pas remboursées parce que la commission de transparence a donné le niveau le plus bas, à 5, à l’ASMR, Amélioration du Service Médical Rendu.

Pourquoi une si mauvaise note, alors que l’efficacité est réelle ?

« Elle s’explique par l’absence d’études comparatives directes avec les anciens traitements exigées par la commission, les laboratoires ayant préféré se comparer à un placebo. Avec un ASMR 5, la règle est exige d’aligner le prix sur le traitement le moins cher du marché (les bêtabloquants à 3 € par mois), tandis que les laboratoires demandent au moins 250 € pour la seringue mensuelle. Les négociations sont donc totalement bloquées. »

Mais la situation pourrait évoluer favorablement dans les prochains mois.

Face à la colère légitime des associations de patients et des médecins, la Haute Autorité de Santé (HAS) s’est autosaisie du dossier. « Elle a demandé aux laboratoires de fournir les données d’efficacité en vie réelle, notamment celles de nos larges cohortes de Nice. Si les laboratoires font un effort sur les tarifs, nous espérons vivement un remboursement des formes sous-cutanées pour le début de l’année prochaine, soit début 2027. »

Les nouveaux médicaments pour traiter les crises

En cas de crise de migraine, il faut prendre des cachets le plus tôt possible.
En cas de crise de migraine, il faut prendre des cachets le plus tôt possible.
Liderina / Getty Images

Quand les crises de migraine surviennent comment soulager les maux de tête ?

« Le traitement classique repose essentiellement sur les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et les triptans qui luttent contre l’inflammation neurogène et la dilatation vasculaire. »

Le spécialiste recommande de prendre ces médicaments le plus tôt possible, car « dès que la crise est engagée, ils marchent moins bien. »

Le Dr Michel Lanteri-Minet met néanmoins en garde les patients contre le risque de surconsommation.

« Les indications c’est de ne pas en prendre plus de 2 fois par semaine, soit pas plus de 8 fois par mois, car l’abus d’anti-inflammatoires cause des problèmes rénaux. Nous voyons régulièrement des femmes jeunes de 40 ans faire de graves insuffisances rénales fonctionnelles. »

Par ailleurs, une surconsommation de médicaments peut participer à l’entretien de la migraine.

Dans l’arsenal des nouveaux traitements de crise, arrivent les gépants.

« Ils sont intéressants pour les patients qui ne répondent pas aux triptans, pour ceux qui présentent des contre-indications et chez les sujets très âgés où on ne souhaite pas induire une vasoconstriction. »

Néanmoins, le neurologue pointe leur moindre efficacité comparée aux triptans et leur coût prohibitif : 80 euros la boîte de 2 comprimés, qui n’est pas remboursée par la Sécurité sociale.

« Certains gépants peuvent également être utilisés comme traitement préventif à l’instar des anticorps monoclonaux », souligne le neurologue. Mais ils ne sont pas non plus remboursés par la Sécurité sociale à ce jour. (2)

Une forte altération de la qualité de vie

L’impact quotidien, psychologique et professionnel de la migraine est colossal. Elle pousse de nombreux patients à s’isoler ou à vivre une vie « ratatinée » et dictée par la peur de la crise.

La céphalée de la migraine sévère oblige le patient à rester au lit, dans l’obscurité, parfois pendant 24 à 72 heures, voire plus dans le cas des crises menstruelles. Elle peut s’accompagner de nausées et vomissements épuisants.

Pour environ 20 % des patients, la douleur est précédée de signes neurologiques transitoires, les auras, qui durent en général moins d’une heure mais sont très invalidants et angoissants.

« Dans le cas de ces migraines avec aura, il s’agit de pertes visuelles, les scotomes scintillants, d’engourdissements s’étendant de la main au visage et à la langue, ou de troubles du langage, avec une incapacité à trouver ses mots ou à s’exprimer, » décrit le neurologue.

Ces crises contraignent le migraineux à arrêter immédiatement toute activité. Il ne peut plus travailler, se concentrer sur un écran, conduire…

Anxiété, stress, dépression

Les crises de migraines sont très invalidantes.
Les crises de migraines sont très invalidantes.
Staras / Getty Images

« Les migraineux sont beaucoup plus sujets à l’anxiété, à la mauvaise gestion du stress et à la dépression », poursuit le neurologue. La migraine touchant majoritairement les femmes, elle subit encore une certaine condescendance machiste dans le milieu médical.

« Les malades se heurtent souvent à des praticiens non formés qui psychologisent leur douleur (« c’est dans la tête, elle est déprimée »). »

Par peur de déclencher une crise les malades s’interdisent des activités simples comme des sorties, des dîners ou du sport. Une conduite d’évitement qui peut les conduire à s’isoler.

Le but des traitements est donc de desserrer l’étau de la maladie pour que les patients ne focalisent pas toute leur vie sur cette peur de la crise.

Le coût annuel de la migraine : 18 milliards d’euros

La maladie représente un coût économique majeur pour la France. C’est le résultat d’une étude réalisée pour l’Union Européenne par le Dr Lanteri Minet. Elle chiffre la perte de compétitivité à 18 milliards d’euros.

Si, contrairement aux idées reçues, les migraineux sévères s’arrêtent peu, ils pratiquent le présentéisme. « Ils se rendent au travail mais y sont totalement hors circuit. Incapables de rédiger, de se concentrer ou de réfléchir, leur état nécessite l’aide de leurs collègues. »

Contact. Service d’évaluation et de traitement de la douleur du CHU de Nice.

Tél : 04.92.03.77.40. Mail : [email protected]

1. Sur les 10 millions de personnes souffrant de migraine, un sur deux justifie d’un avis médical à un moment donné de sa vie

2. Ils font l’objet de l’auto-saisine de la Haute Autorité de Santé laissant espérer une future prise en charge.