Des orages combinés à une sécheresse historique: faut-il craindre des inondations avec le retour des intempéries?
Le retour de la pluie et de la fraîcheur s'amorce en France depuis le mercredi 19 août 2026, mettant fin à plusieurs semaines de vagues de chaleur. Une pluie soudaine qui n'est pas sans risque pour les sols déjà particulièrement secs.
Publié aujourd'hui à 13h11
Lire dans l'appBFMOrlane Edouard avec Salomé Robles
Le retour de la pluie et de la fraîcheur s'amorce en France depuis le mercredi 19 août 2026, mettant fin à plusieurs semaines de vagues de chaleur. Une pluie soudaine qui n'est pas sans risque pour les sols déjà particulièrement secs.
Après plusieurs mois de sécheresse exceptionnelle, trois vagues de chaleur et des records de températures, l'Hexagone pourrait bien être confronté à un risque important d'inondations.
Depuis ce mercredi 19 août, la pluie a, en effet, fait son grand retour sur plusieurs départements. Des salves orageuses et des rafales de vent et de grêle vont se succéder tout au long de la semaine, principalement sur le quart du Sud-est.
Mais si elles étaient longuement attendues, certains types de précipitations pourraient bien créer de nouveaux problèmes.
Des "pluies régulières" pour "humidifier les sols"
"Il faut qu'il pleuve mais pas des pluies intenses et courtes, il faut des pluies régulières, sur plusieurs jours, pour qu'elles soient efficaces pour humidifier les sols", avait expliqué début août à BFM David Ratheau, hydrogéologue au sein du BRGM. "Les pluies doivent être continues sur plusieurs jours voire semaines pour qu'elles aient le temps d'imbiber les sols sans repartir par évaporation", abonde dans le même sens Pierre Brigode, hydrologue et enseignant-chercheur à l'ENS Rennes .
Pour le moment, les précipitations se sont concentrées sur le Nord et le quart du sud-est du pays, pas de quoi satisfaire les besoins des sols. Cet après-midi, les orages seront, par ailleurs, "peu mobiles", prévient Météo France dans son bulletin.
Or, "les orages localisés ne suffisent pas, et sur des sols secs, ça crée du ruissellement et des risques d'inondations", explique à cet égard David Ratheau.
Il faut imaginer les sols comme des éponges. Lors d'un épisode de sécheresse comme celui de cet été, elles sont donc très sèches: lorsqu'elles reçoivent une grande quantité d'eau en peu de temps, l'eau ruisselle au lieu de pénétrer à l'intérieur. Plutôt que de s'infiltrer dans les sols ou les nappes phréatiques, les pluies orageuses s'écoulent à la surface, vers les fossés, les cours d’eau et les points bas, ce qui peut parfois générer des crues et des inondations.
Comme pour une éponge, pour enrayer une sécheresse, il faut donc des pluies modérées, régulières et étendues dans le temps afin de permettre à l’eau de s'infiltrer progressivement.
Des sols "très secs"
"Les sols très secs favorisent le ruissellement lors des premières pluies mais ça ne crée pas automatiquement des inondations", temporise toutefois Pierre Brigode. "Elles sont favorisées en cas de pluies intenses, mais il faut la combinaison des deux facteurs", ajoute-t-il.
Manque de chance, le changement climatique rend cette combinaison plus probable. Cet été, la sécheresse des sols a atteint un niveau jamais observé en moyenne sur le pays, d'après les données de Météo France. En août, 77% du territoire est concerné, les sols étant même devenus plus secs qu’ils ne l’étaient à la même période en 2022, année de référence en matière de sécheresse.
Avec la hausse des températures et les précipitations, des inondations peuvent donc survenir à tout moment.
Des violents orages
Selon Météo France, de forts cumuls de pluies entre 50 à 80 mm pourraient tomber en une heure localement ce jeudi après-midi de la Provence à la Côte d’Azur. Plus au nord, les orages seront localement violents de l’est du Massif central à la vallée du Rhône et aux Alpes, avec un risque de fortes pluies, de rafales et de grêle.
Cinq départements du Sud-Est sont placés en vigilance orange ce jeudi après-midi. Dès vendredi, des orages circuleront du littoral provençal et de la Côte d’Azur jusqu’aux Alpes du nord. "Ils pourraient être localement forts et très pluvieux, en particulier vers la Côte d’Azur", prévient Météo France.
Cette nuit, une ligne orageuse particulièrement marquée circule en mer Méditerranée depuis les îles Baléares en direction de la Corse. Elle se manifestera sur la façade ouest de la Corse en début de matinée de ce vendredi avec de violentes rafales de vent de l’ordre de 120 km/h, voire davantage. La Corse-du-Sud et la Haute-Corse passeront en vigilance orange orage
La Méditerranée plus exposée
Par ailleurs, "il y a une inquiétude à plus long terme concernant les remontées cévenoles en régions méditerranéennes en sortie d'été ou à l'automne", note David Ratheau. "Si les sols sont secs, les dégâts peuvent être importants", met-il en garde. Effectivement, "statistiquement, quand les sols sont secs et l'été chaud, la Méditerranée est plus chaude donc on se retrouve dans une situation avec de probables pluies intenses", détaille Pierre Brigode.
Plus les températures moyennes augmentent, plus il y a de vapeur d'eau dans l'air. Un degré de plus dans l'atmosphère correspond à 7% d'humidité supplémentaire et donc à une plus forte probabilité de précipitations. À cela s'ajoute une augmentation de la température de la mer, ce qui conduit également à un surplus d'humidité dans l'air en raison de l'évaporation. Par conséquent, une mer Méditerranée bouillonnante peut entraîner davantage de pluies sur la France.

Autres territoires qui devraient être à risque cette année: les zones sinistrées par des incendies. Alors que près de 117.000 hectares ont brûlé depuis le début de l'année, "ces sols sont temporairement moins perméables et n'ont plus de végétation pour ralentir le ruissellement", pointe Pierre Brigode, qui ajoute également qu'en raison de cette absence de végétaux, qui d'ordinaire stabilisent les sols, ces derniers peuvent être emportés en cas de fortes pluies et créer des coulées de boue.
"Une catastrophe peut en annoncer une autre. L'ensemble de ces forêts et de ces arbres pompait énormément d'eau (...), désormais, on a un risque d'inondation qui peut être important pour l'hiver prochain et sur lesquels les services de la préfecture ont déjà commencé à travailler", avait indiqué en début de semaine Sébastien Lecornu, lors d'un déplacement en Gironde, territoire ravagé par les flammes.