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Des intervenantes voilées d’organismes communautaires scolaires ont…

Au moins six intervenantes d’organismes œuvrant auprès d’élèves montréalais ont perdu leur emploi dans les dernières semaines parce qu’elles refusaient de travailler sans leur voile. Des organismes dénoncent le...

Au moins six intervenantes d’organismes œuvrant auprès d’élèves montréalais ont perdu leur emploi dans les dernières semaines parce qu’elles refusaient de travailler sans leur voile. Des organismes dénoncent les « conséquences inacceptables » de la loi renforçant la laïcité sur les parents et les élèves qui fréquentent ces écoles, notamment dans les quartiers Saint-Léonard, Saint-Michel et Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

La rentrée scolaire s’est faite cette année sans certains acteurs du milieu de l’éducation, à savoir les intervenants et bénévoles qui portent le voile pour des raisons religieuses. Et ce, parce que l’automne dernier, l’adoption du projet de loi 94 a élargi l’interdiction du port de signes religieux, qui s’appliquait déjà aux enseignants, à l’ensemble du personnel scolaire.

« Moi, j’ai trois employées à Je Passe Partout qui ne peuvent pas réintégrer leur poste », soutient le directeur général de l’organisme, Samuel Carrier, en entrevue au Devoir. « C’est des gens qu’on connaît, qu’on apprécie et qu’on côtoie depuis quelques années. »

Si la clause « grand-père » protège lesemployés engagés avant le 19 mars 2025, les intervenantes de l’organisme sont considérées comme « réembauchées » à chaque début d’année. Ainsi, elles ne conservent pas leur droit de travailler avec leur voile, selon l’interprétation faite par les centres de services scolaires.

Au sein de l’équipe de M. Carrier, les émotions sont hautes depuis que la décision a été annoncée. « Il y a beaucoup de frustration, il y a beaucoup de tristesse », dit-il.

Je Passe Partout est un organisme d’environ 60 personnes qui lutte contre le décrochage scolaire. À travers notamment des rencontres à domicile, les intervenants aident les familles durant la période des devoirs et des leçons à la maison. Mais, désormais, les intervenants de l’organisme ne peuvent pas porter leur voile lorsqu’ils offrent ces services. Certaines ont donc pris la décision de quitter l’organisme.

Et ce ne sont pas des cas isolés. « On embauchait, entre autres parce que les métros sont moins accessibles dans ce coin-là, beaucoup des gens locaux pour faire les services dans ce secteur-là [Saint-Léonard]. Et on a eu au fil du temps plusieurs femmes musulmanes », explique M. Carrier.

Pour l’instant, l’organisme a été en mesure de remplir son équipe avec d’autres candidatures, mais cela ne change « en rien l’impact humain » de la loi sur ses employés. « Une des choses qu’on faisait très, très bien, c’est d’intégrer les gens dans leur communauté par le travail. Ces femmes-là qui portent le voile et qui sont des immigrantes, qui veulent contribuer au projet de société, on les bloque de plus en plus dans tous les services publics », résume-t-il.

Désormais, lorsqu’il passe des candidats en entrevue, il doit s’assurer que ceux-ci soient prêts à retirer leurs signes religieux, notamment leur voile, s’ils sont embauchés.

En tout et partout, selon lui, il s’agit d’une loi qui « cause beaucoup de malaise, qui a très peu de soutien et qui cause juste des torts. Je ne vois aucun gain de cette loi-là. »

Des bénévoles et familles affectés

L’élargissement de la loi affecte aussi les parents bénévoles, ceux qui travaillent dans les bibliothèques ou qui accompagnent les enfants lors des sorties scolaires, par exemple. « Dans un quartier comme Saint-Michel, s’il faut appliquer la loi à la lettre, ben on se prive de plusieurs possibilités d’accompagnateurs », résume Chrystelle Robitaille, directrice générale du centre socio-éducatif Lassalien.

Mais surtout, dit-elle, la loi prive les parents d’une occasion d’intégration. « On travaille en partie dans Saint-Michel et dans Parc-Extension. C’est une très très forte proportion de notre clientèle qui provient de l’immigration récente. L’implication à l’école pour les mamans, c’est un levier d’intervention et d’intégration très important. »

Empêchées de travailler ou d’aider dans les écoles de leurs enfants, certaines d’entre elles se sentent « exclues » par le système. Celles-ci sont à risque d’« avoir [moins] envie de s’investir dans les devoirs et dans l’accompagnement de leur enfant. Elles peuvent avoir une image beaucoup moins positive de l’école qui se transmet aux enfants par la suite », dit-elle. Même qu’« un parent qui est impliqué à l’école, principalement en contexte d’immigration, c’est sûr que c’est quelque chose d’important et un facteur de protection à l’échec scolaire ».