Des frigos de supermarché connectés à internet ? Comment les hackers s’invitent de plus en plus dans notre quotidien
Les supermarchés ne sont pas les seuls à pouvoir être ciblés par les hackers. Les équipements du quotidien sont de plus en plus connectés et donc plus piratables. FRED TANNEAU / AFP This photograph ...
Les supermarchés ne sont pas les seuls à pouvoir être ciblés par les hackers. Les équipements du quotidien sont de plus en plus connectés et donc plus piratables.

FRED TANNEAU / AFP
This photograph shows empty fresh-food refrigerators at an Intermarché supermarket in Névez, western France, on October 12, 2026, following a cyberattack affecting the French supermarket chains Intermarché and Cooperative U that caused their refrigerators to defrost. Some 150 to 200 Intermarché stores were targeted in the attack on October 12, 2026, along with nearly 100 Coopérative U outlets, the retailers said. BFM TV reported that rival giant E. Leclerc was also affected, with hackers “managing to remotely trigger the forced defrosting of refrigeration systems in numerous stores.” (Photo by Fred TANNEAU / AFP)
EN BREF
• Des supermarchés français, dont Intermarché et Carrefour, ont subi une cyberattaque ciblant les systèmes de régulation frigorifique de Danfoss, augmentant la température des congélateurs à 50 °C.
• La connectivité croissante des équipements industriels expose à de nouvelles cyberattaques, comme l’a montré cette attaque inédite.
• Danfoss a reconnu des failles dans ses systèmes obsolètes et recommande des mises à jour pour renforcer la sécurité.
L’IA au HuffPost.
L’attaque est inédite et a surpris bon nombre de consommateurs. Les supermarchés Intermarché/Netto, Coopérative U, E.Leclerc, Carrefour et Monoprix ont été victimes, lundi, d’une cyberattaque visant des centaines de leurs installations frigorifiques. Les pirates ont réussi leur coup en ciblant les systèmes de régulation de température du danois Danfoss, dont dépendent plusieurs groupes de grande distribution en France.
À distance, les hackers sont ainsi parvenus à mettre en dégivrage des chambres froides et des congélateurs, puis à augmenter leur température jusqu’à 50 °C. Les dégâts ont été amplifiés par la durée de l’opération, qui s’est étendue sur huit heures, a rapporté Le Monde.
La cyberattaque révèle surtout la connexion de plus en plus importante de nos installations à des systèmes de pilotage à distance, qui ouvre de nouvelles surfaces d’attaque pour les hackers. Longtemps isolés d’Internet, les équipements industriels sont désormais connectés via des capteurs ou des systèmes de supervision.
Pour les frigos de supermarchés, plusieurs enseignes françaises s’appuient sur le groupe Danfoss, qui propose des systèmes de régulation frigorifique à distance et répond aux normes de l’Union européenne. La réglementation impose en effet que « les locaux d’entreposage et de stockage des aliments surgelés » soient « d’instruments appropriés d’enregistrement » pour contrôler « à intervalles réguliers la température ».
Les frigos de vente sont, eux, dispensés de cette règle, tant qu’un thermomètre est « aisément visible ».
Des vulnérabilités graves sur des serveurs censés être cloisonnés
Concrètement, comme l’explique Numerama, les contrôleurs de froid de Danfoss requièrent un serveur web, mais de préférence cloisonné, pour rendre possible le réglage des installations à distance, sans compromettre la cybersécurité des systèmes de régulation et sans que les techniciens n’aient besoin de se déplacer.
Or, plus de 2 000 interfaces d’un des systèmes de régulation de Danfoss étaient accessibles en ligne à la fin de l’été, selon l’équipe de recherche en cybersécurité Team82, cité par Numérama. Danfoss avait, lui, communiqué fin septembre une faille permettant « à des attaquants d’obtenir un accès en lecture et en écriture aux valeurs internes, de télécharger et d’exécuter » des programmes informatiques non sécurisés.
Dans un communiqué publié après la cyberattaque, le groupe danois a expliqué que « la majorité des unités concernées sont des produits obsolètes (…) qui ont atteint leur fin de vie et ne bénéficient plus de mises à jour logicielles ni de mises à jour de sécurité ». Danfoss a aussi affirmé avoir « recommand[er] depuis longtemps à [ses] clients de maintenir à jour les systèmes pris en charge (...) et de migrer les systèmes obsolètes vers des solutions de dernière génération ».
Des équipements du quotidien de plus en plus ciblés
Pour Antoine Hautin, secrétaire général d’Almond, un cabinet de conseil en cybersécurité, interrogé par Le Figaro, « les cyberattaques visant les systèmes industriels ne sont pas nouvelles » mais « le phénomène prend de l’ampleur à mesure que convergent les systèmes informatiques classiques (IT) et les technologies opérationnelles (OT) », tels que les systèmes de pilotage.
Le Monde estime en effet que le ciblage des systèmes de supervision exposés et mal protégés est devenu courant, citant des attaques contre des logiciels de caisse de restaurant récemment. Les systèmes de signalisation ferroviaire peuvent également être à risques.
« Historiquement, les frigos, ascenseurs et les autres équipements étaient déconnectés. Mais, pour des raisons d’optimisation et de pilotage, les systèmes IT et OT convergent », a expliqué le spécialiste Antoine Hautin, faisant le constat que les entreprises investissent dans la protection de leur informatique, mais moins dans celle des équipements connectés.
« À chaque fois que l’on connecte quelque chose à Internet ou qu’un système peut être piloté à distance, on crée une nouvelle surface d’attaque », a résumé le secrétaire général. « Les gens prennent peut-être conscience des réelles répercussions qu’une cyberattaque peut avoir dans la vie », a complété le hacker éthique SaxX auprès de Ouest-France. La double cyberattaque visant les Finances publiques cet été avait déjà largement fait réagir.
Si les cyberattaques contre les équipements du quotidien sont ainsi de moins en moins inédites, elles méritent de continuer à être interrogées dans le débat public. « Comment expliquer que plusieurs enseignes de supermarchés, appartenant à des marques différentes, puissent être touchées ? », s’est interrogé le spécialiste Antoine Hautin, regrettant qu’une grande partie de la distribution ne repose sur Danfoss.