Légalisation des mères porteuses : un débat relancé en Suisse
Publié20. juillet 2026, 20:29Polémique en AllemagneDes élus veulent autoriser les mères porteuses en SuisseLa gestation pour autrui est actuellement interdite chez nous. Mais avec l'affaire du chef des députés ...
Publié20. juillet 2026, 20:29
Polémique en AllemagneDes élus veulent autoriser les mères porteuses en Suisse
La gestation pour autrui est actuellement interdite chez nous. Mais avec l'affaire du chef des députés conservateurs allemands Jens Spahn, le sujet revient sur la table.

Une affaire a fait grand bruit en Allemagne ces derniers jours. Le chef des députés conservateurs allemands, Jens Spahn, a en effet démissionné, après des attaques au sein de son propre camp, la CDU, pour avoir eu avec son mari un enfant via la gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis, une pratique interdite en Allemagne et à laquelle l'élu s'est toujours opposé. Depuis, la question d'autoriser ou non les mères porteuses revient au centre de l'attention, y compris en Suisse. Et certains élus seraient prêts à assouplir la loi actuelle.
«Il faut légaliser la maternité de substitution»
C'est notamment le cas du conseiller national Hans-Peter Portmann (PLR/ZH). Bien qu'il affirme avoir «personnellement certaines réserves» à l'égard de la GPA, il reconnaît que «de nombreuses personnes souhaitent réaliser leur désir d'enfant grâce à cette solution». Le législateur ne devrait pas «jouer les moralisateurs» et pousser ceux qui cherchent de l'aide «à l'étranger, estime-t-il. Nous devons engager le débat politique à ce sujet et il faut légaliser la maternité de substitution.»

À propos du cas de Jens Spahn, Hans-Peter Portmann estime que la politique a besoin de personnalités capables de revoir leurs positions lorsque l'intérêt de la population l'exige. «Mais cela doit être fait publiquement et en toute transparence; on ne peut pas défendre une position officiellement et agir autrement en coulisses», critique le conseiller national PLR.
«Il faut se pencher sur la question»
Son collègue Patrick Hässig (PVL/ZH) adresse, lui aussi, de vives critiques au responsable politique de la CDU. Pour lui, Jens Spahn mène «un jeu politiquement malhonnête»: «On ne peut pas vouloir interdire quelque chose à ses concitoyens dans son propre pays tout en y ayant soi-même recours à l'étranger.»

Pour sa part, Patrick Hässig se dit favorable à la GPA, mais uniquement sous une forme non commerciale. «C'est une réalité de notre société, et il vaut mieux traiter cette question dans notre propre pays plutôt que de contraindre des personnes à aller à l'étranger», fait-il valoir. Dans ces cas-là, la Suisse ne maîtrise en effet plus le cadre légal.
Selon lui, la Suisse a besoin d'une loi avec un cadre juridique clair «qui place au centre les droits des mères porteuses, des parents et surtout de l'enfant». Il ajoute que les considérations éthiques doivent également être intégrées au débat afin de garantir une pratique responsable.
Pour des GPA «altruistes»
À propos de l'affaire Jens Spahn, le conseiller national Michael Töngi (Les Verts/LU) observe que les positions politiques et les décisions privées ne coïncident pas toujours. Mais il ajoute: «Rejeter politiquement la gestation pour autrui tout en y ayant recours dans sa vie privée constitue une contradiction beaucoup trop importante.»

Pour lui, la GPA est une question «éthiquement complexe». «Puisqu'elle existe dans les faits, mais qu'elle est simplement délocalisée à l'étranger, il est nécessaire d'en débattre», affirme-t-il. Outre les GPA commerciales, il existe également une forme altruiste, destinée à éviter que des femmes proposent de porter un enfant pour des raisons financières. «Cette forme mérite une discussion sereine; cela demandera du temps», conclut Töngi.
La Suisse devrait-elle autoriser la gestation pour autrui (GPA)?
Oui, cela aide les couples à réaliser leur désir d'enfant.
Oui, mais uniquement dans un cadre non commercial (GPA altruiste).
Non, c'est problématique et devrait rester interdit.
Je ne sais pas / je n'ai pas d'avis.
«Cela doit absolument rester interdit»
Une légalisation de la GPA risque toutefois de rencontrer une forte opposition au Parlement. La conseillère nationale Nina Fehr Düsel (UDC/ZH) affiche en effet une position très claire. «La gestation pour autrui doit, dans tous les cas, rester interdite en Suisse», déclare-t-elle. «Elle plaide pour que l'administration suisse soit plus sévère avec les personnes ayant recours à la GPA hors des frontières. «Il faudrait plutôt mieux la contrôler, voire à l'interdire également à l'étranger.»
Selon l'élue zurichoise, la priorité est de protéger les femmes. «Il existe un risque que des femmes en situation de détresse financière soient exploitées comme un simple moyen d'atteindre un objectif et qu'elles vendent leur corps ainsi que leur enfant», redoute-t-elle. Elle estime en outre que le corps humain et la procréation ne doivent pas devenir «un objet de commerce financier, de contrats ou d'exploitation».

Nina Fehr Düsel insiste également sur le bien-être de l'enfant, qui, selon elle, a le droit de connaître ses origines. «À qui appartient finalement l'enfant? En tant que juriste et mère, je considère cette question avec beaucoup de scepticisme», explique-t-elle. Elle renvoie les couples qui ne peuvent pas avoir d'enfants à l'adoption. «Les enfants déjà nés seraient heureux de trouver un bon foyer.»
Concernant l'affaire Jens Spahn, Nina Fehr Düsel juge le politicien conservateur allemand «pas crédible» et estime que ses actes devaient avoir des conséquences politiques.

Christina Pirskanen (pir), née en 1996, travaille chez 20 Minuten depuis 2022.