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Des centaines de manifestants contre un futur barrage alimentant le canal de Panama

Menacé par la sécheresse, le canal de Panama doit commencer, début 2027, la construction d'un barrage destiné à alimenter en eau douce cette voie de passage majeure entre les Caraïbes et le Pacifique, par où 5% du trafic maritime mondial transite. Les riverains menacés d'expulsion et d'expropriation manifestaient ce lundi aux côtés d'associations pour contester ce projet.

Menacé par la sécheresse, le canal de Panama doit commencer, début 2027, la construction d'un barrage destiné à alimenter en eau douce cette voie de passage majeure entre les Caraïbes et le Pacifique, par où 5% du trafic maritime mondial transite. Les riverains menacés d'expulsion et d'expropriation manifestaient ce lundi aux côtés d'associations pour contester ce projet.

Publié le : 04/08/2026 - 19:29

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« Non au barrage », pouvait-on lire notamment sur des banderoles, lundi 3 août, dans la capitale panaméenne. Drapeau national à la main, près de 300 personnes se sont réunies, notamment des habitants et paysans menacés d'expropriation, riverains du fleuve Indio qui se jette dans la mer des Caraïbes. Maricel Sanchez étaient parmi les manifestants. Devant la presse, elle a assuré qu'elle et ses voisins ne partiront pas, « ni vivants, ni morts ». « L'État panaméen a été absent depuis des décennies de notre éducation, de notre système de santé et de nos terres. Il réapparaît [...], non pas pour nous protéger, mais pour nous arracher ce que nous avons défendu pendant des générations : la terre, l'eau et la vie », a-t-elle poursuivi au micro.

Environ 2 000 personnes vont être expropriées pour laisser place à ce barrage qui doit devenir un grand réservoir d'eau douce pour le canal. Huit cimetières seront aussi déplacés. Les corps qu'ils contiennent seront exhumés pour être enterrés ailleurs. Des habitants ont déposé, lundi 3 août devant la cour suprême, un recours contre les travaux.

« Ce sont eux qui ont l'eau que nous avons besoin d'utiliser pour la donner à la moitié des habitants de ce pays, expliquait en 2024 Ricaurte Vasquez, alors administrateur du canal de Panama, au sujet des riverains du Rio Indio et du projet de barrage. La construction devrait durer environ quatre ans. Ensuite, tout va dépendre du niveau et de l'intensité des pluies avant que la retenue d'eau puisse être remplie. On ne peut pas prédire exactement le temps que ça prendra ». Cela pourrait prendre jusqu'à deux années supplémentaires, estimait-il alors auprès de médias panaméens.

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Un canal ultra-dépendant à l'eau douce

Contrairement au canal de Suez, le canal de Panama n'est pas plat : il traverse une petite chaîne de montagnes et un grand lac artificiel, le lac Gatún, via un système d'écluses. Le système ne repose pas sur de l'eau de mer qui circulerait facilement d'un bout à l'autre – comme à Suez –, mais principalement sur l'eau de ce lac. À chaque passage de bateau, l'équivalent de plus de 80 piscines olympiques d'eau douce, soit 200 millions de litres d'eau, sont déversées dans les Caraïbes ou le Pacifique. L'avenir de ce système est incertain, à cause du dérèglement climatique.

« Deux raisons principales expliquent ces travaux. La première, c'est qu'en 2023, le Panama a été confronté à une sécheresse historique, en raison d'une baisse de pluviométrie de 41% », explique Sylvain Domergue, géographe, enseignant à Sciences po Bordeaux, et auteur du livre Géopolitique des espaces maritimes (Armand Colin, 2025). Cette sécheresse avait obligé le canal, par où passe près de 5% du trafic maritime mondial, à diminuer la taille et le nombre de bateaux autorisés à passer. Il n'y avait pas assez d'eau dans le lac Gatún, qui alimente aussi en eau potable près de la moitié des Panaméens.

La hausse des besoins en eau potable, notamment dans la capitale, est la deuxième raison de ces travaux colossaux, estimés à 1,6 milliard de dollars : le futur barrage doit permettre de sécuriser l'approvisionnement si la sécheresse affectait trop les deux retenues d'eau déjà existantes autour du canal.

Les barrages remis en question, l'opposition encore trop localisée

Les scientifiques sont partagés sur l'utilité des barrages face au dérèglement climatique. Selon certains, c'est une fausse solution, car ces retenues interrompent le cours naturel des rivières, inondent des vallées et tuent une partie de la faune et des arbres. Ces derniers se décomposent ensuite dans l'eau et libèrent des gaz à effet de serre, qui contribuent au dérèglement climatique.

Pour le moment, l'opposition reste principalement circonscrite aux habitants qui seront expropriés et à quelques associations. « Le Panama n'existe historiquement qu'en raison du canal. Si les États-Unis n'avaient pas creusé le canal et fondé le pays par un tour de passe-passe diplomatique au début du XXe siècle, il n'existerait pas en tant qu'État », rappelle le géographe Sylvain Domergue pour expliquer pourquoi le mouvement d'opposition n'a pas pris plus d'ampleur jusqu'ici. « De plus, une grande partie de son économie et de ses emplois repose sur le canal, malgré une diversification importante autour de la finance par exemple, et du tourisme », conclut-il.

D'après l'Autorité du canal de Panama, un accord d'indemnisation a déjà été trouvé avec la majorité des familles affectées par le projet. « On ne demande pas aux gens s'ils sont pour ou contre le projet. On leur demande quelle compensation, quelle indemnité leur paraît correcteC'est là-dessus qu'on s'est mis d'accord avec plus de 70% des habitants, pour leur logement, leur terrain, leur activité économique, qui doivent être relocalisés », a précisé le mois dernier la nouvelle administratrice du canal, Ilya Espino de Marotta, lors d'une conférence de presse.

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